Roselyne Bachelot sur «Beethoven»: «le principe de précaution doit être mis en oeuvre»

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Publié le 3 avril 2008.

INTERVIEW EXCLUSIVE - La ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports répond à 20minutes.fr...

Différents responsables politiques ne sont pas restés sourds à l'annonce de la diffusion en France d'un répulsif anti-jeunes à ultrasons appelé «Beethoven». La ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Roselyne Bachelot, fait part, en exclusivité pour 20minutes.fr, de son indignation.

Le dispositif anti-jeunes par ultrasons Beethoven provoque une polémique. Avez-vous été surprise d'apprendre son existence et sa commercialisation en France lorsque la presse en a parlé mercredi?

Je savais que ce genre de dispositifs existait depuis un certain temps en Grande-Bretagne où 3.500 appareils ont déjà été vendus. Son introduction a gagné du terrain en Belgique puis en Suisse. Mais je le connaissais jusqu'alors sous le nom de «Mosquito». J'y suis absolument opposée sur un plan éthique. Il s'agit d'une provocation. Un tel dispositif criminalise la jeunesse, assimile les jeunes à des voyous. Comment un dialogue entre voisins et et quartiers pourrait-il s'établir avec un tel appareil? Une société qui arriverait à un tel degré acterait l'échec du dialogue entre générations. Je doute enfin de sa compatibilité avec la convention internationale des Droits de l'enfance, ratifiée il y a de nombreuses années par la France.

En tant que ministre de la Santé, pensez-vous que ce boîtier soit sans danger pour la santé?

Non, cela m'interpelle. Ce n'est pas sans susciter des interrogations. La fréquence de «Beethoven» est comprise entre 17 et 18.000 hertz: nous ne disposons d'aucune étude sur son effet. La question de son innocuité est donc posée pour les jeunes mais également pour les femmes enceintes. Puisqu'il s'agit d'une question de santé, le principe de précaution doit être mis en œuvre.

C'est-à-dire?

Je souhaite qu'il soit purement et simplement interdit quelle que soit la forme juridique que cela prenne. J'en ai d'ores et déjà parlé avec mon secrétaire d'Etat à la Jeunesse, Bernard Laporte. Cette interdiction demande un travail interministériel: nous nous concertons donc avec d'autres membres du gouvernement depuis que l'affaire a surgi dans le débat public.

Justement, comment expliquez-vous qu'un appareil que vous critiquez aussi bien moralement que sanitairement ait pu être mis en vente en France depuis plusieurs mois sans problèmes?

S'agissant d'un appareil électronique, habituellement anodin, il n'y a pas besoin d'autorisations d'Etat pour le vendre. Ce n'est pas comme le marché des médicaments. Mais une fois son effet contestable remarqué sur la santé, il en va autrement.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer
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