Laïcité: La ministre de l'Enseignement supérieur déclare que les convictions religieuses doivent rester «dans la sphère privée», puis rectifie

RÉTROPÉDALAGE La définition de la laïcité de la ministre de l'Enseignement supérieur a suscité des critiques, avant que son auteure ne corrige le tir sur Twitter...

20 Minutes avec AFP

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La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, le 30 octobre 2017 à Paris.

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, le 30 octobre 2017 à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

Le sujet est toujours aussi sensible. Interrogée sur la laïcité, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a estimé que les convictions religieuses devaient rester « uniquement » dans « la sphère privée » ce dimanche sur France 3, avant de revenir sur ses propos dans un tweet, après de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux.

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« La laïcité (…) c’est mettre dans la sphère privée les convictions philosophiques, religieuses »

Invitée à la mi-journée de l’émission Dimanche en politique, la ministre avait été appelée à réagir à l’expression « radicalisation de la laïcité ». Ces mots avaient été, selon des représentants des cultes reçus à l’Elysée en décembre, utilisés à cette occasion par Emmanuel Macron pour alerter sur les risques d’une conception intolérante de la laïcité.

« Lorsqu’on utilise la laïcité pour poser le débat de l’islam, c’est une erreur », a répondu Frédérique Vidal, en accord avec le chef de l’Etat. « La laïcité, ce n’est pas "Je mets en avant ou j’oppose telle religion à telle religion"», a-t-elle fait valoir alors que le sujet enflamme régulièrement le débat public.

« La laïcité », a-t-elle développé, « c’est la liberté de conscience, et c’est mettre dans la sphère privée - et uniquement la sphère privée - les convictions philosophiques, religieuses, etc., des individus pour garantir que ces convictions, ils puissent continuer à les avoir. Mais elles n’ont pas à rentrer dans la sphère publique, voilà. » Cette définition, qui ne correspond pas à la loi de 1905 [à laquelle la ministre s’est pourtant dite « profondément attachée » ce dimanche] a rapidement suscité de nombreuses réactions négatives sur les réseaux sociaux.

De nombreuses critiques

« Inquiétant et navrant », a tweeté le président du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), Etienne Lhermenault.

Sur Twitter également, l’abbé blogueur Pierre-Hervé Grosjean a jugé que la sortie de la ministre de l’Enseignement supérieur était « loin de l’esprit de la loi de 1905 et de la conception de la laïcité que développe le président de la République ».

Une nouvelle définition quelques heures plus tard

Dans l’après-midi, la ministre est finalement revenue sur ses propos dans un tweet. Elle a au passage largement remanié sa définition de la laïcité donnée le matin même. « Ayons des échanges sereins sur ces questions », a-t-elle écrit. « La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans le respect de l’ordre public. »

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Interrogée sur l’opportunité d’interdire le port de signes religieux sur les bancs des facs, Frédérique Vidal s’est dite opposée à une loi interdisant le voile dans l’enseignement supérieur. Avec les étudiants, « on a affaire à des adultes. L’idée c’est que, effectivement, le trouble à l’ordre public, le prosélytisme doivent être combattus. Ensuite, la façon dont les gens s’habillent pour venir à l’université… », a-t-elle ajouté.