Vœux à la presse: Macron veut censurer les «fake news» et prône une «saine distance» entre pouvoir et médias

DISCOURS Le chef de l’Etat, qui a limité les contacts avec la presse depuis son élection, s’est trouvé un ennemi commun avec les médias : les « fake news »…

Laure Cometti

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Emmanuel Macron lors de ses vœux à la presse le 3 janvier 2017 à l'Elysée.

Emmanuel Macron lors de ses vœux à la presse le 3 janvier 2017 à l'Elysée. — Ludovic Marin/AP/SIPA

  • « 20 Minutes » était invité à l’Elysée ce mercredi pour la cérémonie des vœux à la presse du président de la République.
  • Emmanuel Macron a annoncé vouloir censurer les « fake news » en faisant évoluer la loi.
  • Il souhaite aussi présenter un projet de loi de réforme de l’audiovisuel public « avant la fin de l’année ».

Entre deux bourrasques glacées, des journalistes s’amusent à compter le nombre d’interviews accordées à la presse française et étrangère par Emmanuel Macron depuis son élection. « Six, sept ? ».

Ce n’est pourtant pas ce soir qu’ils pourront poser des questions au chef de l’Etat même s’il les a invités ce mercredi à l’Elysée pour leur adresser ses vœux pour la nouvelle année, une tradition de la Ve République.

Environ 400 journalistes présents

Sur les 35.000 journalistes recensés dans l’Hexagone, environ 400, de médias nationaux et internationaux, sont présents dans le luxueux salon de l’Elysée. On croise dans la foule quelques « stars » comme Anne Sinclair, Christophe Barbier, Michel Denisot ou Jean-Pierre Elkabbach.

Moins connue du grand public, Élizabeth Pineau, la présidente de l’association de la presse présidentielle ouvre la cérémonie. Elle souligne dans son discours la distance prise par Emmanuel Macron avec les journalistes, qui ne doit pas selon elle, devenir « une source de malentendus ». « Pour faire notre travail, nous avons besoin d’avoir l’accès le plus large à vos actions, à votre pensée, aussi complexe soit-elle », argue-t-elle, faisant sourire la salle.

Une loi pour censurer les fake news

Sur ses contacts limités avec les journalistes depuis son élection, Emmanuel Macron ne lui répondra pas immédiatement. Le chef de l’Etat ouvre sa longue allocution (plus d’une demi-heure) par un hommage aux journalistes tués et emprisonnées en 2017 et réaffirme son attachement à la liberté de la presse (« malmenée jusqu’en Europe » selon lui dans des « démocraties illibérales »), un passage quasi obligé de ce rituel des vœux à la profession.

Sans évoquer la Chine, où il se rendra en visite d’Etat dès samedi, il assure qu’il abordera la « situation des journalistes emprisonnés » avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lors de leur entretien à l’Elysée vendredi.

Puis Emmanuel Macron s’est trouvé un ennemi commun avec les médias : la lutte contre « les fausses nouvelles, ou fake news comme le disent les Anglo-saxons ». Il annonce vouloir « faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles ». Etonnement dans l’assistance qui ne s’attendait pas vraiment à des annonces. Le président affirme qu’en période électorale, « les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus ».

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Les pistes esquissées par le président ce mercredi permettraient de saisir le juge afin de censurer les fake news. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pourrait à l’avenir « lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers », poursuit-il dans une allusion à peine voilée aux médias russes Russia Today et Sputnik, qu’il avait déjà critiqués devant son homologue Vladimir Poutine le 29 mai dernier. Dans la salle, l’idée semble plaire. Elle pose toutefois de nombreuses questions sur l’identification de ces fake news et la capacité à sanctionner les géants transnationaux du Web.

La réforme de l’audiovisuel public lancée avant fin 2018

Emmanuel Macron invite aussi les journalistes à mener « une réflexion » déontologique, tout en louant « la démarche de Reporters sans frontières d’inventer une sorte de certification des organes de presse respectant la déontologie du métier ».

Le président embraye sur un dossier sensible, le chantier de la réforme de l’audiovisuel public, qui aboutira à un projet de loi « avant la fin de l’année ».

Une « saine distance » entre Macron et la presse

Emmanuel Macron sait ménager son suspense. Ce n’est qu’à la fin de son discours qu’il répond à Elizabeth Pineau sur les relations entre le président et la presse, en réaffirmant ses principes et en taclant une énième fois, sans le nommer, son prédécesseur François Hollande. « Trop souvent, pouvoir et médias ont donné l’impression d’une complicité, et parfois d’une brutalité qui était son revers, dont (la) dignité démocratique fut la première victime ». Il plaide pour une « distance légitime, saine (…) celle qui existe entre le pouvoir et le contre-pouvoir ».

« La volonté légitime de questionner un texte, une politique, je ne la remettrai jamais en cause. Mais cette obsession de vouloir comprendre le contexte pour ne jamais parler du texte de l’action, elle n’est pas légitime. Savoir si je prépare mes vœux de jour, de nuit, s’ils seront debout, assis, couchés, n’a aucun intérêt ». Rien de nouveau sur ce sujet. Après les applaudissements, et tandis que les petits fours et les coupes de champagne apparaissent, Emmanuel Macron est néanmoins descendu de son estrade pour discuter avec les journalistes pendant près de deux heures.