• Emmanuel Macron s’est rendu ce mercredi à Alger pour une « visite de travail et d’amitié ».
  • Il en a profité pour aller à la rencontre des habitants de la capitale, lors d’une promenade sous haute surveillance.

De notre envoyée spéciale à Alger (Algérie),

La place de l’émir Abdelkader donne à voir « toute l’histoire de l’Algérie », selon Benjamin Stora. L’historien fait partie des personnalités qu’ Emmanuel Macron a emmené à Alger ce mercredi. Cette place, ornée d’une statue du héros algérien qui a remplacé en 1968 celle du maréchal français Bugeaud, jouxtée par le Milk Bar, cible d’un attentat du FLN en 1956, est le point d’arrivée de la « déambulation » (c’est le terme officiel) du chef de l’Etat.

Il a beau être pressé, lui qui ne passe qu’une douzaine d’heures à Alger, Emmanuel Macron a pris le temps de s’offrir un bain de foule en parcourant la rue Larbi Ben M’hidi sur environ 200 mètres, sous la haute surveillance des autorités algériennes.

Une « déambulation » sous haute surveillance

« On n’a jamais aussi bien roulé à Alger ! » Il n’a fallu que quelques minutes au cortège présidentiel pour se rendre du Mémorial des martyrs au centre-ville, dont plusieurs rues ont été bouclées pour l’occasion. De nombreux policiers algériens, en uniforme, et d’autres en civil, s’assurent que les badauds restent derrière des barrières disposées le long des trottoirs.

Au milieu de la voie, Emmanuel Macron, encerclé d’un bloc compact mêlant gardes du corps, policiers, journalistes, ministres, serpente. Il va à droite, puis à gauche, au contact des Algériens qui l’interpellent derrière les barrières. Ça pousse, ça crie. « On étouffe ! » lance un homme. « Vous n’avez qu’à vous desserrer » répond le président. A ses côtés, en l’absence du président Abdelaziz Bouteflika, le ministre algérien des Affaires étrangères, le maire d’Alger et le président du Conseil de la nation.

Des réseaux téléphoniques brouillés

Le décor a été ravalé jusqu’à tard dans la nuit de mardi à mercredi : un coup de peinture blanche sur les troncs des arbres, fraîchement taillés et un peu de ciment pour reboucher les fissures des façades. Des curieux enthousiastes mais calmes y attendent le président français. Des hommes et des femmes sont attablés en terrasse et attendent patiemment. Au balcon, smartphone à bout de bras, certains filment la scène, d’autres jettent des confettis. Des femmes en haïk, sur talon aiguille à strass, suivent le président en ponctuant sa marche de youyous.

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Les réseaux téléphoniques sont brouillés pendant cette promenade, une pratique courante en Algérie où le régime, fébrile, scrute les réseaux sociaux.

Les échanges entre Emmanuel Macron et les habitants sont directs, brefs, sur la colonisation notamment :

- Un jeune homme : « il faut que la France assume son passé colonial vis-à-vis de l’Algérie »

- Emmanuel Macron : « mais vous savez, ça fait longtemps qu’elle l’a assumé ». (…) « on a cette histoire entre nous, mais moi j’en suis pas prisonnier. Vous avez quel âge ? »

- « 26 ans ».

- « Mais vous n’avez jamais connu la colonisation ! Qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça ! »

Mais les habitants sont plus nombreux à demander « plus de visas pour les Algériens ». « Nos jeunes peuvent pas rester ici ! » s’emporte un homme. « Il faut que la jeunesse d’Algérie reste pour développer son pays », répond le dirigeant français.

Une incertitude qui pèse sur le pouvoir politique

La veille, Lila, 30 ans, nous assurait que sa génération « s’en fout de la colonisation. Ce qu’on veut c’est du boulot, du changement, et ici beaucoup de choses sont bloquées pour nous ». « Il y a une incertitude qui pèse sur le pouvoir politique, on n’arrive pas à se projeter », renchérissait une jeune entrepreneure.

Un père de famille qui a interpellé Emmanuel Macron sur « les élites algériennes » nous confie : « il ne m’a pas répondu, mais j’étais content de lui parler, c’est bien qu’un président vienne nous voir ». Surplombant la place de l’émir Abdelkader, un immense portrait d’Abdelaziz Bouteflika, avec une colombe, lui sourit.

Une affiche représentant le président algérien Bouteflika à Alger, le 6 décembre 2017.
Une affiche représentant le président algérien Bouteflika à Alger, le 6 décembre 2017. - L. Cometti / 20 Minutes