• Au premier tour dimanche, les nationalistes sont arrivés largement en tête avec 45,36 %.
  • Les Corses veulent montrer que ce vote n’est pas seulement contestataire mais qu’il y a des idées sur le long terme pour l’île de Beauté.

Vague nationaliste en Corse. Dimanche, la coalition nationaliste est arrivée largement en tête au premier tour des élections territoriales corses avec 45,36 % des voix. La liste d’union Pè a Corsica (Pour la Corse), qui  rassemble les autonomistes de Gilles Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni, a devancé celle de la droite régionaliste (14,97 %) et celle des Républicains (12,77 %), réalisant une percée historique.

« Ce score étonnant est une confirmation. Après un succès aux législatives de juin dernier (et l’élection de trois députés), les nationalistes ont réussi à élargir encore leur base électorale », assure André Fazi, maître de conférences en science politique à l’université de Corse. « La dynamique importante chez les jeunes, qui ont une place centrale dans le nationalisme corse, explique en partie cette percée. D’après les enquêtes des précédentes élections, le vote nationaliste chez les jeunes est toujours plus élevé que la moyenne », poursuit le chercheur.

« J’ai envie de vivre ma culture, parler ma langue »

« Ici quand on est jeunes, on a déjà vu passer des gens de droite, de gauche… Ce qu’on attend n’arrive jamais. Moi, j’ai toujours voté nationaliste. Car j’ai envie de vivre ma culture, parler ma langue, des choses primordiales », témoigne Barthélémy, 27 ans, habitant un petit village proche d’Ajaccio. « Ce savoir-faire, ce savoir-vivre propre à la Corse se meurt petit à petit. Il faut mettre les moyens nécessaires pour maintenir cette flamme ».

Pascal de Ville-di-Pietrabugno, en Haute-Corse précise : « Nous avons fait élire à l’Assemblée nationale trois députés nationalistes, on nous dit que c’est un vote de contestation. On ne les écoute pas. Non seulement Paris rejette les propositions votées par l’Assemblée de Corse, mais également celles de nos députés », s’agace le jeune homme de 29 ans. « Les lois tels que la reconnaissance de la co-officialité de la langue, la mise en place d’un statut de résident corse, les arrêtés Miot, sont des lois indispensables, mais Paris nous les refuse. J’ai voté nationaliste car c’est le seul moyen pour que notre culture continue à vivre ».

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La revendication culturelle n’est pas nouvelle, mais le succès des nationalistes peut s’expliquer par un changement de structure politique dans l’île. « Les structures traditionnelles, qui s’appuyaient sur la famille et les réseaux d’élus municipaux et départementaux, se sont délitées. Face à elles, les nationalistes s’appuient sur une force militante très nombreuse, avec un leader très rassurant et maîtrisant très bien la communication, analyse André Fazi. Les nationalistes ont également une domination quasi hégémonique sur les réseaux sociaux ».

« Les nationalistes apportent également des solutions sur le plan économique et social »

« De 2010 à aujourd’hui, la Corse a connu de grands événements politiques. Il y a eu une prise de conscience d’un certain clanisme existant depuis des décennies, et le dépôt des armes du FLNC (Front de libération nationale de la Corse) a permis de libérer la parole. La jeunesse a fait confiance aux nationalistes qui incarnaient ce renouveau », indique Ange Chiodi, le président du syndicat étudiant Cunsulta di à Ghjuventu Corsa [Conseil de la jeunesse corse].

« On ramène toujours le discours nationaliste au volet culturel, mais les nationalistes apportent également des solutions sur le plan économique et social, car peu de choses ont été faites pour permettre à la région de se développer. Près de 20 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté et l’île a plus de 22.000 chômeurs, c’est alarmant », dénonce le militant. Chez les jeunes, le taux de chômage est ainsi de 28 % contre 24-25 % au niveau national.

« Certains pays européens reconnaissent, protègent et donnent plus d’autonomie à leurs régions afin qu’elles prospèrent au sein du pays. La Corse, elle, meurt doucement mais sûrement », se désole Pascal. « Les années chaudes, les guerres fratricides, on ne les a pas vécues. Le nationalisme a évolué aujourd’hui et beaucoup de jeunes se sentent impliqués pour cette cause-là, développe Barthélémy. J’espère qu’on pourra avoir des discussions ouvertes avec Paris. C’est un travail sur le long terme ».