• La nette victoire des nationalistes au premier tour des élections territoriales devrait leur donner un argument suppleméntaire afin d'ouvrir des négociations avec Paris.
  • Les élus de la coalition Pè à Corsica réclament l'autonomie, pas l'indépendance.

Et soudain, les projecteurs se braquent sur la Corse. La campagne s’est déroulée dans le plus grand des anonymats (y compris sur l’île, d’ailleurs). Mais les résultats du premier tour font la Une de l’actualité. Le champ lexical ayant été à peu près épuisé par nos confrères, on va se contenter de les citer : « raz-de-marée électoral », « tsunami », « tremblement de terre ». Vous pigez l’idée.

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La coalition nationaliste emmenée par Gilles Simeoni (autonomiste) et Jean-Guy Talamoni (indépendantiste) a remporté une victoire impressionnante au premier tour, avec 45,46 % des voix. Les deux leaders ont fêté la victoire drapeaux aux vents, hier soir, dans leur QG bastiais. Ce lundi matin, ils déroulent leur programme dans les matinales parisiennes : Europe 1 pour Simeoni, France Inter pour Talamoni. Que veulent-ils pour la Corse ?

>> L’ouverture d’un dialogue avec Paris (et plus vite que ça). Cela fait des années que les nationalistes le réclament. Ils ont désormais un nouvel argument : l’ampleur du score, et le fait qu’ils soient confirmés par les électeurs lors d’une troisième élection consécutive (territoriales 2015, législatives 2017, territoriales 2017) : « A Paris de faire sa part de chemin pour qu’ensemble nous élaborions une solution politique », a déclaré Gilles Simeoni quelques minutes après la proclamation des résultats.

La dernière fois qu’un Premier ministre s’est rendu en Corse, c’était en juillet 2016, et ça s’était très mal passé. Manuel Valls, qui avait refusé toutes les revendications des nationalistes, avait été hué. « Pour nous, il existe un peuple corse, et ce peuple corse doit être reconnu », a développé Simeoni, ce lundi matin, sur Europe 1. Cela passe, forcément, par une révision constitutionnelle.

>> Trois mesures concrètes d’urgence. « Il faut ouvrir des discussions avec la Corse, prendre en compte nos orientations qui datent de la mandature précédente et qui ont été validées par l’électorat », abondait, quasiment en même temps, Jean-Guy Talamoni, au micro de France Inter. Trois mesures principales sont mises sur la table :

  • La co-officialité de la langue corse. Il s’agit, selon ses défenseurs, de « garantir l’emploi officiel du Français et du Corse à parité sur le territoire de la Corse » : les institutions seraient obligées de proposer une alternative in lingua nustrale. Manuel Valls, encore lui, avait refusé ce projet.
  • L’amnistie pour les « recherchés et les prisonniers politiques. » Une autre « ligne rouge » pour l’ancien Premier ministre. Et un point crucial pour la coalition Pè a Corsica. Est-ce que cette amnistie inclue ceux qui ont été condamnés pour crime de sang, demandait Patrick Cohen sur Europe 1 ? « Nous n’excluons aucun fait du périmètre de la loi d’amnistie », a répondu Gilles Simeoni.
  • Un statut de résident contre la spéculation immobilière. En clair : il faudrait habiter depuis cinq ans sur l’île pour pouvoir acheter une maison ou un appartement. « Les prix ont été multipliés par 20, par 30, ce qui empêche un grand nombre de Corses d’accéder à la propriété », précise Simeoni.


>> Un nouveau statut et l’autonomie d’ici dix ans. Les négociations évoquées plus haut ne peuvent avoir qu’un seul objectif, pour la coalition : l’autonomie de la Corse. Le programme commun signé par les indépendantistes et les autonomistes, alliés pour ce scrutin, prévoit « l’obtention d’un statut d’autonomie dans les trois ans et sa mise en œuvre dans les dix ans. »

La Corse serait une collectivité indépendante, dotée de ses propres pouvoirs législatifs, réglementaires, fiscaux. Mais elle restait dans le giron de la République française. L’indépendance n’est absolument pas au programme : « La composante indépendantiste est minoritaire dans la coalition », a rappelé Simeoni. « Il n’y aura pas d’indépendance si les Corses ne le veulent pas majoritairement… Et ce n’est pas le cas aujourd’hui », reconnaît Talamoni.

Pour l’heure, ni Edouard Philippe, ni Emmanuel Macron n’ont réagi aux résultats du premier tour.