• Depuis 2004, la France est divisée en huit circonscriptions pour les élections européennes.
  • Le président souhaite revenir à un scrutin avec des listes nationales et il consulte les partis politiques sur cette réforme.
  • Ce scrutin, première élection intermédiaire de son mandat, constitue un enjeu très important pour le président de la République, dont le parti LREM a encore peu d'ancrage territorial.

Le sujet peut sembler technique et l’échéance lointaine. Pourtant les modalités des élections européennes de 2019 sont au cœur de l’agenda d’ Emmanuel Macron, qui a reçu lundi et ce mardi les différents dirigeants politiques français. Il les a notamment consultés sur un retour à des listes nationales. Pourquoi le président est-il tenté de « macroniser » ce scrutin qui constituera la première élection intermédiaire de son mandat ?

Installer un « match » national entre eurosceptiques et pro-UE

Depuis 2004, la France est découpée pour les élections européennes en huit circonscriptions, des « eurorégions » créées par le gouvernement Raffarin. La réforme territoriale de 2014 et le passage de 22 à 13 régions ouvre la voie à une nouvelle carte des circonscriptions et à un retour à une circonscription unique nationale, en vigueur entre 1979 et 2004.

« Ce n’est pas une réforme technique, c’est très politique », estime Emmanuelle Reungoat, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Montpellier. « Faire campagne dans huit circonscriptions demande plus de moyens, un ancrage local. C’est peu adapté aux partis qui n’ont qu’un ou deux leaders forts mais peu de seconds couteaux, qui manquent de ressources militantes ou qui ont peu de ressources financières », souligne-t-elle.

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Avec un parti jeune, dont l’ancrage territorial est encore en construction, et qui peine à faire émerger des têtes d’affiche, La République en marche (LREM) pourrait donc bénéficier d’un scrutin à listes nationales. L’autre avantage pour Emmanuel Macron, qui a fait campagne sur la « refondation de l’Europe », serait de « rendre les choses lisibles, simples », selon un de ses proches cité par Le Parisien.

Les macronistes souhaitent que le scrutin de 2019 soit l’occasion d’un affrontement entre proeuropéens et eurosceptiques. « Ça les arrange d’installer ce match, Mélenchon et le FN aussi. Mais Emmanuel Macron n’a pas le monopole européen ! » s’agace David Cormand, chef de file d’EELV. Un « match » que la majorité veut aussi jouer sur des symboles : Richard Ferrand devrait déposer avant la fin du mois de novembre une proposition de résolution sur les symboles européens, alors que Jean-Luc Mélenchon s’est bruyamment opposé à la présence du drapeau européen dans l’hémicycle.

Le PS et LR en difficulté

Mais le risque est grand de voir ce scrutin de mi-mandat se transformer en référendum sur l’action du gouvernement, deux ans après l’élection d’Emmanuel Macron. C’est ce qu’espère déjà une partie de l’opposition. D’où l’importance accordée à la « grande marche pour l’Europe » qui doit être lancée en 2018 et au projet d’organiser des « conventions démocratiques » dans les pays de l’Union. « C’est stratégique, Macron essaie de se positionner comme le rassembleur de l’électorat proeuropéen, il a raison car ce sujet clive le PS et LR », analyse Emmanuelle Reungoat. « Une campagne nationale aurait aussi plus de retentissement médiatique », ajoute-t-elle.

Les partis français sont divisés sur cette réforme électorale. La droite s’oppose au projet de listes nationales pour les Européennes. « Cela crée des députés européens hors-sol », s’alarme le député européen Alain Lamassoure (ex-LR), à l’unisson avec son ancien parti. Les républicains sont aussi gênés par une éventuelle alliance entre Alain Juppé et Emmanuel Macron qui menacerait un peu plus l’unité de leur camp.

« En 2003, l’argument pour les eurorégions était de rapprocher les eurodéputés des citoyens, mais après 15 ans, ce n’est pas très probant », rétorque David Cormand, favorable aux listes nationales, comme le PS et le FN. « Les listes nationales permettent aux électeurs français de mieux connaître leurs représentants européens », juge l’eurodéputé frontiste Edouard Ferrand. Le même argument est avancé par les Patriotes de Florian Philippot.

Le 29 novembre prochain, c’est le Premier ministre Edouard Philippe qui recevra à son tour les dirigeants de partis pour poursuivre cette consultation. L’exécutif souhaite trancher début décembre, date à laquelle un projet de loi de réforme électorale doit être envoyé au Conseil d’Etat.