Les mots pour gagner de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE – Un livre à paraître jeudi passe au crible plus de 300 discours du Président depuis 2004…

Catherine Fournier

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L'action de Nicolas Sarkozy comme président de la République est approuvée par 67% des Français, soit 24 points de plus que celle de Jacques Chirac à la fin de son quinquennat, et les débuts du mandat Sarkozy sont jugés plutôt réussis par 76% contre 23%, selon le tableau de bord de l'Ifop à paraître jeudi dans Paris Match.

L'action de Nicolas Sarkozy comme président de la République est approuvée par 67% des Français, soit 24 points de plus que celle de Jacques Chirac à la fin de son quinquennat, et les débuts du mandat Sarkozy sont jugés plutôt réussis par 76% contre 23%, selon le tableau de bord de l'Ifop à paraître jeudi dans Paris Match. — Robert François AFP/Archives

Et si la rupture tant promise par Nicolas Sarkozy n’était que linguistique? C’est par cette hypothèse que s’ouvre le livre de Louis-Jean Calvet et Jean Véronis, «Les mots de Nicolas Sarkozy», à paraître jeudi (Editions du Seuil).

Une hypothèse étayée par l’étude, grâce à des outils d’analyse informatique, de plus de 300 discours du ministre et de l’ex-candidat à la présidentielle, entre 2004 et mai 2007, puis du Président, jusqu’au mois de septembre dernier.

Les deux linguistes constatent qu’un virage linguistique s’opère à partir du discours du 14 janvier 2007, date de son investiture au Congrès de l'UMP. Exit les mots «Karcher» et «racaille», les tics nerveux et les lunettes noires. Le futur Président «a changé». Il le répètera dix fois ce jour-là. Derrière ce «tournant décisif dans son vocabulaire et dans sa rhétorique» se cache une plume, celle d’Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.



Congrès UMP: Nicolas Sarkozy 14.01.07
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C’est lui «qui sera en charge pendant la campagne de tous les grands discours généralistes» du candidat, rappellent Louis-Jean Calvet et Jean Véronis. Lui qui opérera cette «vampirisation linguistique» à l’égard des discours de la gauche, citant Blum et Jaurès (50 fois pour le premier, 97 fois pour le second pendant la campagne), de l’extrême droite, s’appropriant le thème de «l’identité nationale» (utilisé près de 90 fois pour 1.000 mots vers la fin de la campagne), et enfin du centre, Nicolas Sarkozy se découvrant «humaniste» fin 2006.



Ce discours rassembleur, vidant de sa substance celui de ses adversaires, a pu se résumer en un seul mot, prononcé 22 fois un peu avant la victoire (le 23 avril à Dijon): «l’ouverture». Henri Guaino, «le ventriloque», et «sa poupée», Nicolas Sarkozy, ont alors achevé de couper l’herbe sous le pied des autres candidats pendant la campagne, puis de l’opposition après sa victoire.

Une question se pose, formulée ainsi par les auteurs de l’ouvrage: «Si un autre qu’Henri Guaino avait été aux commandes sémantiques et lexicales de sa campagne ( …), aurait-il au bout du compte gagné?» Et de citer quelques boulettes d’un Nicolas Sarkozy retrouvant son autonomie sur TF1 en février 2007 et évoquant «ces moutons qu’on égorge dans les appartements». L’inverse est vraie, quand le candidat s’aperçoit juste avant de monter sur scène de la «mauvaise foi» d’une phrase choc sur l’école («Entre Jules Ferry et mai 1968, ils ont choisi mai 1968»).


Sarkozy mouton
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Après l’élection, «le duo Sarkozy-Guaino semble n’avoir plus aussi bien fonctionné», estime Jean Véronis, du discours de Dakar en juillet 2007, «porteur d’une vision anthropologique rétrograde» aux récents dérapages verbaux qui ont fait chuter la cote de popularité du Président. Mais selon le linguiste, «c'est surtout le décalage entre la rupture annoncée et incarnée par le discours et la politique menée après l'élection qui est à l'origine de cette baisse dans les sondages. Il(s) n’aurai(en)t pas tant promis, même à la gauche avec la fameuse ouverture, la chute serait moins dure», affirme-t-il à 20minutes.fr.

Sorti des chiffres et des analyses linguistiques sur la forme, Jean Véronis ne voit aucun signe de rupture sur le fond: «Sur le plan économique, Nicolas Sarkozy reste sur une tendance gaulliste-social à la Jacques Chirac et sur le plan des mœurs, il mène une politique conservatrice à l’américaine». Les mots vont-ils dès lors se transformer en maux? «L’avenir (à commencer par les échéances électorales de dimanche, ndlr) nous le dira», conclut le livre.

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