Anonymat, profils étonnants... Pourquoi le départ des 100 marcheurs de LREM interroge

POLITIQUE La plupart des signataires sont restés anonymes et le profil des militants connus pose question...

T.L.G. avec L.C.

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Le congrès de La Republique en Marche, le 8 juillet 2017 à Paris.

Le congrès de La Republique en Marche, le 8 juillet 2017 à Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

  • Une pétition annonce que 100 marcheurs quittent le mouvement de La République en Marche vendredi.
  • Plusieurs questions se posent sur ce départ de militants, pour la plupart anonymes.

Mise à jour du 17 novembre 2017 : La République en marche a contacté vendredi soir 20 Minutes pour indiquer que sur les 100 personnes qui ont notifié leur départ du parti, 24 ne figurent pas dans la base de données d'adhérents.

Cette fois, ils coupent le cordon. Une centaine de membres de La République en marche ont annoncé ce mardi dans une tribune publiée par Franceinfo qu’ils quitteront le mouvement vendredi. Les marcheurs en colère dénoncent notamment le manque de démocratie interne. Mais l’anonymat entourant les départs et le profil détonnant des initiateurs de cette tribune posent question. 20 Minutes fait le point.

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Pourquoi les 100 marcheurs quittent-ils le parti ?

« La République en Marche offense les principes fondamentaux de la démocratie avec un mode d’organisation digne de l’Ancien Régime », écrivent les signataires. Dans leur viseur, la désignation de Christophe Castaner, seul candidat au poste de délégué général, à la tête du parti, « le jeu des statuts » et « l’opacité des instances ». « Le mouvement contrôle tout mais n’écoute pas leur base. En interne, il n’y a aucune instance pour réguler les abus de pouvoir », se désole Tiphaine Beaulieu, l’une des signataires.

« On a tout essayé, mais on ne veut pas de nous. Pour reprendre la formule de Christophe Castaner, c’est comme dans un couple : on reste en espérant changer les choses mais si l’autre ne change pas, on s’en va », poursuit la présidente du collectif des Marcheurs en colère, devenu Confédération des marcheurs de la République. Guy Contrastin confirme à BFMTV : « Les ordres et les idées viennent du haut, et comme dans une secte, on doit les appliquer à la lettre », a-t-il regretté.

Pourquoi la lettre est-elle anonyme ?

Une chose paraît surprenante : seuls trois noms ont émergé dans la presse : Tiphaine Beaulieu, Guy Contrastin et Emmanuel Drouin. Pourquoi les autres signataires sont-ils restés anonymes (alors même qu’ils quittent le parti) ? Tiphaine Beaulieu évoque « des pressions » : « Ceux qui sont sortis du bois pour expliquer qu’ils ne voulaient plus soutenir LREM, on leur a répondu « t’es mort politiquement » », indique la militante, qui évoque également « des snipers du mouvement » actifs sur les réseaux sociaux, sans donner plus de précisions. Une adhérente nous confirme connaître certains des « 100 démocrates », mais assure : « ils souhaitent rester anonymes parce qu’ils ont peur de pressions ». Là encore, sans plus de détails.

En quoi le profil de certains partants est surprenant ?

« C’est une tribune anonyme, on ne connaît pas les signataires. On va attendre de voir car on ne sait pas quelle crédibilité donner au texte tant qu’on ne sait pas qui est derrière, relativise-t-on au parti. Si c’est Tiphaine Beaulieu, on lui avait déjà notifié son exclusion depuis son défilé avec le FN et Debout la France cet été. Depuis son adhésion, elle cherche à nous déstabiliser ». L’intéressée reconnaît avoir marché aux côtés des deux partis « lors d’une manifestation générale de contestation contre Richard Ferrand et ses affaires ». Elle confirme également avoir reçu « une procédure d’exclusion le 24 octobre » dernier.

« Elle fonctionne à l’affect, elle n’est pas super-fiable, estime Rémi Bouton à Libération. Le militant à l’origine cet été de la contestation en justice contre les nouveaux statuts de LREM a lui choisi de rester au mouvement. « Le collectif des marcheurs en colère me rend perplexe car ils étaient dès le départ dans une critique constante du parti, et ils n’ont jamais voulu nous dire combien ils étaient vraiment », ajoute Nicolas Grilly, animateur d’un comité local à La Rochelle, qui souhaite lui aussi changer le fonctionnement interne du mouvement depuis l’intérieur.

Autre profil étonnant, celui d’Emmanuel Drouin, enseignant en économie et conseiller municipal à Segré (Maine-et-Loire). Dans une note de blog, datée du 21 avril dernier, il indique qu’il votera… Benoît Hamon au premier tour de l’élection. Adhérent depuis mai dernier, il n’aurait d’ailleurs participé à aucune action ni aucune campagne, rapportent des élus locaux dans le Courrier de l’Ouest. « Il était au PS dont il n’a pas démissionné et il vient de démissionner d’En Marche où il n’a jamais été », ironise un élu dans Ouest-France. L’intéressé avoue n’avoir rendu sa carte du Parti socialiste que mardi dernier. A deux jours du Congrès de la République en marche, ces départs font malgré tout désordre. Mais pour le chef de file LREM au Sénat François Patriat, il s’agit plutôt d’un « mouvement d’humeur, de pureté idéologique », où se mêlent « ambitions déçues » et « besoin de reconnaissance ».