«L'Elysée, ça va d’un drame majeur à de la tactique politicienne», retient Feltesse, l'ex-conseiller politique de Hollande

POLITIQUE Vincent Feltesse, ex conseiller politique de François Hollande, vient de sortir ce jeudi un livre intitulé « Et si tout s’était passé autrement » (Plon). L'ancien président de la communauté urbaine de Bordeaux raconte son expérience à l’Elysée…

Propos recueillis par Elsa Provenzano

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Vincent Feltesse, alors président de la communauté urbaine de Bordeaux, lors de l'inauguration du pont Chaban-Delmas le 16 mars 2013, en présence du président de la République François Hollande. - Photo : Sebastien Ortola

Vincent Feltesse, alors président de la communauté urbaine de Bordeaux, lors de l'inauguration du pont Chaban-Delmas le 16 mars 2013, en présence du président de la République François Hollande. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA

  • Vincent Feltesse raconte les coulisses de l’Elysée, qu’il a fréquenté pendant trois ans en tant que conseiller politique du président, dans un livre intitulé « Et si tout s’était passé autrement », publié chez Plon.
  • S’il reconnaît que des erreurs ont été commises collectivement, il souligne aussi des points positifs comme la gestion des attentats et la signature du pacte pour le climat à Paris.

En mai 2014 le socialiste Vincent Feltesse, qui a coordonné la campagne de François Hollande sur internet en 2012,  devient conseiller chargé des relations avec les élus et les formations politiques auprès du président de la République François Hollande. Ce jeudi vient de paraître son livre Et si tout s’était passé autrement, chronique secrète de l’Elysée sous François Hollande. Il revient pour 20 Minutes sur son expérience au plus près du pouvoir présidentiel.

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Dans le quotidien harassant de conseiller que vous décrivez, ponctué de réunions, qu’est-ce qui a été une surprise pour vous ?

Ce qui m’a le plus surpris c’est la diversité des sujets que vous évoquez en réunion dans la journée : ça va d’un drame majeur, on en a connu beaucoup malheureusement, à de la tactique politicienne dans le pire de ce qu’il peut y avoir, à la rédaction d’un discours pour une Légion d’honneur pour lequel il n’y a pas beaucoup d’enjeux. C’est à la fois grisant et impressionnant car vraiment tout remonte à l’Elysée.

Autre surprise, je ne pensais pas qu’on allait être bousculés comme ça. Les gens retiennent toujours les problèmes politiques mais pas ce n’est pas grand-chose par rapport à la crise européenne, les attentats, la progression de Daesh, Germanwings etc. Il n’y a jamais deux ou trois jours de calme, il y a toujours une nouvelle catastrophe qui arrive parce que le monde est fait de troubles et de tumultes.

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Vous admirez beaucoup François Hollande, cela transparaît clairement dans le livre. Diriez-vous qu’il a été un homme grave, écrasé sous le poids de sa fonction ?

François Hollande a beaucoup d’humour, d’ironie, y compris pour lui-même. Le 28 novembre 2016 juste avant son renoncement [à se représenter à l’élection présidentielle], une vidéo circule dans laquelle l’Etat Islamique dit qu’il veut tuer Valls. Il a plaisanté en lançant : « Je vous jure que ce n’est pas moi derrière la cagoule ». On pouvait aussi rire, c’était une façon de détourner l’attention. Il faut comprendre que cette fonction n’accorde aucun répit, même quand on vit une situation personnelle délicate. Je pense au livre de Valérie Trierweiler (Merci pour ce moment), sorti au moment où se tient un sommet de l’Otan, au sujet de l’Etat islamique justement. Et bien sûr, il n’est pas question de se faire porter pâle. C’est sûr que c’est une charge très lourde.

Quelle était la relation de François Hollande avec Emmanuel Macron ?

Quand il est conseiller c’était une relation de très grande proximité, d’affection et de connivence intellectuelle. Et, quand il devient ministre, il nous demande de l’accompagner et de le protéger par rapport aux autres, il avait peur qu’il se brûle trop vite tel Icare. François Hollande ne parvient pas forcément à lui trouver la bonne place et il ne croit pas qu’il puisse s’émanciper alors que le monde politique est en train de changer. Ce n’est pas le seul à s’être trompé, personne ne pensait qu’on pouvait avoir comme Président de la République quelqu’un qui n’avait jamais été élu, qui n’avait pas de parti et qui était un inconnu trois ans auparavant.

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Après avoir pris du recul, notamment avec ce livre, quel regard portez-vous sur le quinquennat ?

Dans ce quinquennat ce qui est particulier, c’est que même quand vous prenez les résultats tangibles qui sont là (l’accord sur le climat, la lutte contre la corruption qui a permis de récupérer des milliards, une fiscalité davantage redistributive, la petite baisse de la pauvreté etc.), le bilan politique et personnel est extrêmement négatif. François Hollande n’a pas été suffisamment pédagogue dans ses objectifs et on avait le sentiment qu’il avançait en crabe, c’est pour ça que moi j’ai plaidé en faveur de grands discours présidentiels. Il y avait une fronde forte et des médias pas tendres, donc cette posture n’était pas une bonne chose.

Ou alors on considérait qu’il fallait unir la gauche et il ne fallait pas aller sur la loi Travail et le pacte de responsabilité. Ou, on considérait, et c’était le sentiment du Président, que le plus important c’était le redressement du pays, dans la justice. Mais il fallait peut-être trouver une autre assise politique.

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Vous évoquez longuement les attentats du 13 novembre dans votre ouvrage. Comment jugez-vous la gestion de ces événements ?

Entre le 13 novembre et le 13 décembre, la gestion est assez exemplaire, ce qui évite que le pays parte dans toutes les sens alors qu’on est face à un choc incroyable. Après, à partir de mi-décembre, on confirme la déchéance de nationalité, ce qui a vraiment été une erreur d’appréciation et de symbole. Le Président était obsédé par le fait qu’il y allait avoir de nouveaux attentats. Il ne voulait pas que le pays bascule et il disait qu’il fallait une sorte de pacte Républicain avec la droite. Sauf que cela ne s’est pas passé comme ça et au contraire ça a participé à la fragmentation du pays.

Le début 2016 est terrible : Macron s’émancipe, la gauche est encore plus fracturée, il y a les manifestations contre la loi Travail et beaucoup de violences pendant ce premier semestre. Mais l’histoire se finit plutôt bien, même si je ne suis pas toujours d’accord, loin de là, avec la politique de Macron. Quand on voit comment le populisme progresse ailleurs avec Trump aux Etats-Unis et le Brexit, par exemple. Nous, on a un nouveau jeune président qui incarne l’espoir, notamment au niveau européen.

Que pense François Hollande du livre ?

Je l’avais averti que je faisais ce livre assez tôt. Je lui ai déposé les épreuves avant de signer le bon à tirer mais on n’en a pas reparlé récemment. Je ne pense pas qu’il éprouve un sentiment désagréable vis-à-vis du livre, loin de là.