Il se confie. L’ancien chef d’état-major des armées Pierre de Villiers, qui a démissionné avec fracas le 19 juillet après avoir été recadré par Emmanuel Macron, défend et explique sa décision dans un livre intitulé Servir (Fayard), publié ce mercredi.

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Sa démission, fait sans précédent sous la Ve République, avait pour origine des économies de 850 millions d’euros réclamés cette année aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales, que le gradé n’a pas accepté.

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L’ancien gradé estime avoir été « critiqué publiquement et explicitement » par Macron

« La vraie loyauté consiste à dire la vérité à son chef », écrit le général de Villiers. « La vraie liberté est d’être capable de le faire, quels que soient les risques et les conséquences (…) La vraie obéissance se moque de l’obéissance aveugle. C’est l’obéissance d’amitié », écrit-il dans son livre de 250 pages. Pour autant, le général ne dévoile pas la teneur de son dernier entretien avec le président Macron. « Vous me permettez de garder pour moi » cet échange.

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Assurant qu’avant la crise qui l’a conduit à quitter son poste, ses relations avec le président ont d’abord « été empreintes de franchise, de confiance et de cordialité », il estime toutefois qu’après avoir été « critiqué publiquement et explicitement » par le chef de l’État lors d’un discours le 13 juillet, « le lien de confiance entre le chef des armées et son chef d’état-major était trop dégradé pour que je puisse continuer à mon poste ».

« La loyauté n’est pas l’esprit de cour »

Connu pour son franc-parler, Pierre de Villiers avait déclaré, lors d’une audition à huis clos à l’Assemblée nationale sur ces questions budgétaires qu’il « n’allait pas se laisser baiser » et que la situation « n’était pas tenable ». Détaillant dans son livre les restructurations imposées aux armées au cours des dernières années, le général écrit : « On a déjà donné. On a déjà tout donné ». « Le ministère de la Défense a été le plus important contributeur de la révision générale des politiques publiques (RGPP) instaurée en 2007 (…) En poste à Matignon entre 2008 et 2010, j’ai pu le vérifier, chiffres à l’appui (…) Lorsque les engagements opérationnels sont en hausse et le budget en baisse, j’appelle cela un grand écart », estime-t-il.

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Se plaçant dans la position du serviteur de l’État et de l’armée française qui choisit de dire ce qu’il a sur le cœur, au risque de devoir sacrifier sa carrière, il affirme que « la loyauté n’est pas l’esprit de cour ni l’assentiment permanent à ce qui peut être utile pour se faire bien voir. Le silence est parfois proche de la lâcheté ».

Concluant son livre sur la haie d’honneur et les applaudissements que les personnels du ministère de la Défense lui ont réservé le jour de son départ, Pierre de Villiers « lit dans les regards la déception, la colère parfois, l’incompréhension, mais aussi la fierté retrouvée d’un chef qui est allé au bout de ses convictions ».