Corinne Lepage: Pour réussir, Emmanuel Macron doit «changer sa méthode»

INTERVIEW L’ancienne ministre chiraquienne Corinne Lepage, soutien d’Emmanuel Macron, publie ce jeudi « A bout de confiance» (éd. Autrement, 17 euros), où elle déplore la manière de faire du président...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Corinne Lepage, presidente de Cap21, Rassemblement Citoyen, soutien d'Emmanuel Macron, 
22 février 2017 à Paris

Corinne Lepage, presidente de Cap21, Rassemblement Citoyen, soutien d'Emmanuel Macron, 22 février 2017 à Paris — IBO/SIPA

  • Corinne Lepage publie ce jeudi « A bout de confiance» (éd. Autrement, 17 euros), où elle déplore la manière de faire du président de la République.
  • Ancienne ministre de l'Environnement sous Jacques Chirac, l'avocate a soutenu Emmanuel Macron durant la campagne pour la présidentielle.
  • Refusant un livre à charge, elle critique cependant « l’hyperprésidentialisation [du régime], la destruction systématique des contre-pouvoirs, la transformation d’un parti venu du terrain [En Marche] en une organisation proche du "centralisme démocratique" ».

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et soutien d’Emmanuel Macron publie ce jeudi A bout de confiance (éd. Autrement, 17 euros). La présidente de  Cap21/Rassemblement citoyen critique la « méthode » utilisée par le chef de l’Etat. L’ancienne eurodéputée Modem pointe trois dérives : « l’hyperprésidentialisation [du régime], la destruction systématique des contre-pouvoirs, la transformation d’un parti venu du terrain [En Marche] en une organisation proche du "centralisme démocratique" ». A la veille de la publication de son ouvrage, Corinne Lepage s’est confiée à 20 Minutes.

Pourquoi ce titre « A bout de confiance, de la morale en politique » ?

Je pense que la question de la confiance est centrale, et la confiance passe par la morale. Il y a un lien entre les deux. A force de redonner confiance puis la perdre à nouveau, on arrive au bout d’un système.

Vous parlez de « système ». Faites-vous référence à Emmanuel Macron ?

Je ne cible pas Emmanuel Macron mais je parle de ce que, pour moi, était le cœur de la campagne présidentielle, c’est-à-dire le fait de dire aux gens : "reprenez en main votre destin. La France peut changer grâce à vous". Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? On a un régime qui est hyperprésidentialisé, avec des contre-pouvoirs qui ont du mal à fonctionner, et une participation des Français [dans le parti présidentiel] qui est très modeste. Je distingue les décisions elles-mêmes qui sont globalement conformes à ce qui a été dit pendant la campagne, et la manière de faire qui est franchement très différente de ce qui a été dit. Je pose la question : avec sa méthode, les engagements d’Emmanuel Macron ont-ils été tenus ?

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Vous estimez que continuer avec la « méthode » Macron « pourrait être suicidaire », soulignant d’éventuels « risques démocratiques ». Pourquoi ?

Je veux le succès d’Emmanuel Macron et de son projet, mais je ne m’y retrouve pas. Je pense qu’il faut vraiment changer la manière de faire, la méthode d’Emmanuel Macron, pour parvenir au succès.

Pourquoi dites-vous que la réforme sur la moralisation de la vie publique est décevante ?

Quand on regarde le texte, on voit des progrès indéniables, mais cela ne suffit pas. La manière dont ont été gérées « les affaires » [Fillon, Ferrand…] n’a pas permis de montrer que l’on mettait les actes en accord avec les paroles. Le départ des ministres [Modem] du gouvernement en juin [à la suite de soupçons sur le travail d’assistants au Parlement européen] n’a pas du tout été présenté et reconnu comme un acte de volonté de moraliser la vie politique. Et aujourd’hui, il y a des personnes qui sont au gouvernement et qui sont dans la même situation que ceux qui l’ont quitté… Il y a deux points, deux mesures, et cela est incohérent.

Vous déplorez « la concentration des pouvoirs à l’Elysée » et une « remise en cause de la séparation des pouvoirs » par Emmanuel Macron. A propos de quel exemple ?

Il y a eu plusieurs exemples cet été, le dernier en date étant le choix, par le président de la République, du président d’En Marche. On voit bien que le président est à tous les niveaux, tant au niveau du parti qu’au niveau du fonctionnement de l’Assemblée nationale où Richard Ferrand est président du groupe [de députés] majoritaire. Par conséquent, on est loin d’une conception de Montesquieu de la séparation des pouvoirs…

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Pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, ne pressentiez-vous son vœu d'« hyperprésidentialisation » ?

Pas vraiment. Mais ce livre n’est pas à charge. D’un côté, je trouve que sa manière de gérer la politique internationale est très bien. Ce qui me gêne, c’est la partie nationale.

« A quoi bon changer les visages si l’objectif est de faire de la vieille politique ? », écrivez-vous à propos de la communication. Rien n’a donc changé ?

J’ai le sentiment que la communication du président ne vise pas l’information, mais que c’est une communication régie, verrouillée par l’Elysée. On est dans un système très différent de l’information. Je ne suis pas la seule à le voir, un certain nombre de journalistes s’en plaignent d’ailleurs.