• Le sociologue et essayiste québécois Mathieu Bock-Côté, 37 ans, intervient régulièrement dans les médias au Québec, mais aussi en France depuis quelques années.
  • Il intervient dans le débat d'idées en politique, à propos de la souveraineté ou du multiculturalisme notamment.

Héraut de la « renaissance intellectuelle du conservatisme », le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté s’est fait une place dans les médias français pour débattre de politique. Intervenant régulier à la radio et télés canadiennes depuis 2005, chroniqueur régulier au Journal de Montréal, ce chargé de cours à HEC Montréal a depuis passé l’Atlantique et collabore au Figaro Vox, à Valeurs Actuelles, Le Point, le site Causeur.fr, quand il n’est pas invité sur France 2… La nouvelle voix de la droite conservatrice en France serait-elle québécoise ?

Souveraineté, nation, liberté, Mathieu Bock-Côté parle aussi de multiculturalisme, sujet de son avant-dernier ouvrage Le multiculturalisme comme religion politique ( éd. du Cerf, 2016). A propos de l’identité, il estime que « le souci d’appartenance ne devrait pas être disqualifié. Sous la pression idéologique de certains multiculturalismes, la référence nationale a été mise en procès », expliquait-il notamment le 19 octobre dans  L’Emission politique-la suite sur France 2.

Raymond Aron et Charles de Gaulle

Une analyse sur l’identité qui prend source « dans la société multiculturelle québécoise dans laquelle la population francophone se sent marginalisée », précise Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. « Le fait d’avoir un pied au Québec et un autre en France lui apporte un œil nouveau, et sa pensée apporte incontestablement au débat d’idée à droite même si ce ne sont pas mes opinions politiques. Et c’est assez rare, pour un intellectuel étranger, de se faire une place dans le débat d’idée à droite au sein de grands journaux généralistes », ajoute le chercheur qui l’a rencontré.

S’il dit détester le jeu des étiquettes politiques, Mathieu Bock-Côté se dit aussi « pleinement à l’aise » avec celle d’« indépendantiste québécois ». De ce côté de l’océan, il préfère se dire « gaulliste, dans la mesure où le gaullisme me semble être une forme de conservatisme romantique à la française ». Ses références intellectuelles, notamment françaises, sont « Raymond Aron, d’abord et avant tout ». « Aron est un libéral conscient que le libéralisme doit être transcendé par le sentiment d’appartenance à une communauté politique », estime Mathieu Bock-Côté.

En politique, figure «le général de Gaulle, cela va de soi ». « J’ajoute son plus bel héritier, Philippe Seguin. Très jeune, je me suis passionné pour lui », ajoute le trentenaire. Mais après un « engagement de jeunesse » au parti indépendantiste québécois, Mathieu Bock-Côté ne verse plus dans le militantisme depuis près de quinze ans. Il affirme ne pas avoir « d’affinités avec un parti en particulier, et ne [s]'identifier à aucun d’entre eux. » Ce qui ne l’empêche pas d’être apprécié à droite, notamment au parti Les Républicains (LR) où il a été invité à parler à l’occasion d’un «  atelier de la refondation » le 11 octobre.

« Environnement idéologique » jugé hostile

Laurent Wauquiez, candidat favori à la présidence de LR, louait auprès du Point le 19 octobre « l’extraordinaire fertilité du débat avec des figures comme François-Xavier Bellamy, Alain Finkielkraut, Mathieu Bock-Côté ou même Michel Houellebecq, qui secouent notre soumission ». « Mathieu Bock-Côté a une fraîcheur de pensée et sa parole, notamment sur la liberté ou la souveraineté, n’est pas aseptisée », glisse Guillaume Peltier, député LR du Loir-et-Cher qui l’a rencontré. « Il représente sans nul doute une figure montante dans le débat politico-médiatique », juge l’ancien initiateur du mouvement « Droite forte ».

Mais les sirènes de la politique « active » ne semblent pas attirer Mathieu Bock-Côté. « J’ai toujours préféré la vie intellectuelle qui est beaucoup plus libre. Je n’aime pas me laisser enrégimenter et répéter le slogan du jour. Question de tempérament je suppose », affirme-t-il. Le goût pour la joute l’a mené à intervenir de plus en plus régulièrement dans les médias canadiens à partir de 2005. Invité à débattre en France par Alain Finkielkraut en 2007, il collabore depuis 2014 au Figaro.

Intervenant régulier des médias depuis plus de douze ans, l’homme n’en est pas moins très critique du « système médiatique ». Dans Valeurs Actuelles, il cible d’ailleurs « le journaliste de gauche » capable de «  déclencher une purge médiatique pour exclure de la vie publique ceux qui l’exaspèrent », estime-t-il. « Je critique le système médiatique et sa manière de représenter le débat public et qui souvent, tend à pathologiser ceux qui ne chantent pas l’esprit de l’époque. Cela ne veut pas dire ensuite qu’il n’est pas possible de s’y faire entendre, mais le conservateur est appelé à évoluer dans un environnement idéologique où il est toujours suspect et obligé de justifier ses idées, comme si elles avaient une inquiétante part d’ombre », ajoute-t-il. Continuera-t-il à participer au débat des idées dans notre pays ? « La France me semble être un laboratoire intellectuel et politique unique », juge Mathieu Bock-Côté.