Benoît Thieulin: «C’est la fin du off pour les politiques»

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Publié le 27 février 2008.

INTERVIEW - Benoît Thieulin, directeur de l’agence La Netscouade, conseiller en nouvelles technologies auprès de Ségolène Royal...

Rama Yade accusant la gauche d’être raciste, Ségolène Royal et les 35 heures pour les profs, Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture... Les vidéos des politiques saisies contre leur gré pullulent, occultant tout discours stratégique. Interview de Benoît Thieulin, directeur de l’agence La Netscouade, conseiller en nouvelles technologies auprès de Ségolène Royal.

Avez-vous donné des consignes à celle qui était la candidate du PS?
Depuis que chacun est un petit journaliste en puissance, ayant la possibilité d’appuyer sur le bouton «enregistrer» de son téléphone ou de sa caméra, et que les moyens de diffusion se sont démocratisés, cela fait deux ans que c’est la fin du off pour les politiques, mais ils ont encore du mal à l’intégrer. Dès le début de campagne présidentielle, en 2006, j’avais rédigé une note en plusieurs points sur la stratégie à tenir sur le Net pour Ségolène Royal. Parmi ces règles, il y en avait une qui stipulait «tout ce que vous dites pourra être potentiellement filmé, donc faites attention aux propos que vous tenez, même si vous pensez le dire dans un cadre privé.».

La politique française tarde-t-elle à prendre en compte les phénomènes issus du Net?
Oui, même si, ces derniers mois, les cas de vidéos prises contre le gré des politiques se sont multipliés. Pourtant, on est encore très en deçà de ce qui se passe aux Etats-Unis. Là-bas, certaines personnes sont payées pour suivre, caméra à la main, le camp adverse, et guetter la moindre bourde des candidats. Le piège est tendu en permanence.

Le Net peut aussi être un formidable outil de propagande pour les hommes politiques. Pourquoi n’en jouent-ils pas plus?
Quand, en juin dernier, Patrick Devedjian, le secrétaire général délégué de l'UMP, a traité l'ancienne députée du Rhône, Anne-Marie Comparini, de «salope», on a l’impression qu’il ne se rend pas compte qu’il est filmé.
En revanche, ce mois-ci, lorsque Françoise de Panafieu, candidate UMP à la mairie de Paris, dit que Bertrand Delanoë est un «tocard», il me semble qu’elle regarde la caméra un bref instant. Cet instant fait toute la différence.
Recueilli par Alice Antheaume
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