Harcèlement sexuel: Dans le monde politique, «on se protège, on reste en famille»

POLITIQUE L'appel #BalanceTonPorc atteint le monde politique qui semble rester très discret, malgré des prises de paroles individuelles...

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de l'Assemblée nationale, à Paris

Illustration de l'Assemblée nationale, à Paris — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

  • L’appel #BalanceTonPorc atteint le monde politique, notamment à travers les récentes accusations d'agressions sexuelles à l'encontre de l'ancien ministre Pierre Joxe.
  • Dans les partis, on préfère laver son linge sale en famille et discrètement, raconte une élue.
  • La libération de la parole des victimes va faire changer les choses dans le monde politique, estime une professeure d’université spécialiste des questions de genre en politique.

L’appel #BalanceTonPorc visant à dénoncer harcèlement et agressions sexuels atteint le monde politique. Des accusations spécifiques ont surgi ces derniers jours, des membres de parti ou de cabinets accusant des collègues de paroles déplacées, voire d’agression. Jeudi, la fille de l’ancien ministre Eric Besson a accusé Pierre Joxe,  membre du gouvernement de François Mitterrand, d’agression sexuelle. Dans un long message publié sur Internet, Ariane Fornia appelle à ce que « la honte change de camp ». Les organisations politiques ont très peu réagi ces derniers jours, à part quelques prises de paroles individuelles. Un silence synonyme de gêne ?

« Dans un parti, on est en famille, on se protège », estime l’élue Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l’égalité et membre du CESE. Entrée au Parti socialiste en 1993, l’élue de Paris désormais ex-PS explique que si la question des droits des femmes est bien discutée au sein des formations politiques, certaines pratiques n’évoluent que très lentement. « Il y a eu le cas d’un sénateur, il y a quelques années, qui avait été condamné et nous avons demandé qu’il soit sorti du parti. Cela s’est fait, mais pas tout de suite. On nous a dit que c’était difficile, qu’il avait des responsabilités, qu’il était élu… », raconte-t-elle.

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« On cache, on calfeutre, on se protège car dans un parti, on reste en famille. On est mal à l’aise de faire sortir quelqu’un sur ces histoires que l’on qualifiait, il y a à peine dix ans, de bonnes femmes », ajoute Olga Trostiansky. La peur « de la stigmatisation », « de l’attaque globale » contre les autres élus conduit au silence, ou du moins à mettre en sourdine les problèmes pour les régler discrètement.

Un « écosystème bienveillant envers le prédateur »

« Si les agressions sexuelles existent dans le monde du pouvoir, c’est parce qu’il y a une culture de la connivence et de la complicité. L’entourage, et plus largement l’écosystème bienveillant envers le prédateur doit faire son examen de conscience et c’est très difficile. Cependant, je crois au cliquet d’irréversibilité. Nous avons passé un seuil et nous ne pourrons pas retourner en arrière », estime Marie-Joseph Bertini, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université Nice Sophia Antipolis, spécialiste de la construction des normes de genre et des usages culturels, sociaux et politiques du genre.

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La viralité de cet appel #BalanceTonPorc, à la suite du scandale Weinstein aux Etats-Unis,  pourrait faire changer les choses selon cette professeure qui métaphorise : « Il y a 20 ans, un basculement s’est opéré entre les fumeurs et les non-fumeurs. Le rapport de force s’est renversé, pas très facilement, pas en un jour, mais cela s’est produit. Je pense que c’est en cours avec le harcèlement. On va l’objectiver, le nommer pour en parler et lutter contre. Et les élus vont s’autoréguler, car leur carrière est en jeu », ajoute Marie-Joseph Bertini.

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Croire au « changement juridique »

Le gouvernement prépare pour 2018 un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles. La verbalisation du harcèlement de rue, une zone grise que le législateur va devoir définir, représente l’un des points phares du texte. Mais il laisse dubitatif plusieurs associations féministes qui craignent que sa portée reste limitée. « C’est le kairos, le "moment" en grec, et je pense que l’on ne pourra plus revenir en arrière grâce à la caisse de résonance des médias et l’instantanéité de l’information », juge la professeure Marie-Joseph Bertini.

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« Il y a de grandes évolutions à orchestrer dans le monde politique qui est et restera violent, car il y a des rapports de force », résume l’élue Olga Trostiansky. « Mais je pense que le changement juridique reste indispensable pour que les choses évoluent », selon cette élue.