VIDEO. Front national: Marine Le Pen remobilise ses troupes à Carpentras

REPORTAGE L'ombre de Marion Maréchal-Le Pen plane toujours dans cette circonscription perdue par le Front national... 

Mathilde Ceilles

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Marine Le Pen avant de prendre la parole lors de son meeting dans le Vaucluse

Marine Le Pen avant de prendre la parole lors de son meeting dans le Vaucluse — A-C. Poujoulat / AFP

Le FN joue le grand spectacle. Imaginez plutôt : une imposante piscine, avec de grands jets d’eau, et même un aquabike. Une immense terrasse sur laquelle trône un buffet gargantuesque. Leur présidente arrive dans ce restaurant sous les acclamations, avec, en fond, une musique digne des scènes finales des blockbusters américains. Six cents militants du Front national, venus de tout le sud de la France, ont assisté ce dimanche au meeting de Marine Le Pen à Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse.

Nous ne sommes qu’à trois kilomètres de ce qui a été pendant cinq ans la permanence parlementaire de Marion Maréchal-Le Pen à Carpentras. Un petit local, dans une rue proche de la gare de cette commune du Vaucluse, où trônent encore quelques photos de l’ancienne députée qui, depuis, s’est éclipsée. C’est là que les militants du département ont vécu les soubresauts de cette année électorale, les deux tours de la présidentielle, le fameux débat… et la défaite face à Emmanuel Macron et aux législatives. La députée du secteur est désormais une autre femme, Brune Poirson, actuelle secrétaire d’Etat au gouvernement.

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« Marion manque beaucoup, ça fait un grand vide »

Depuis, le FN a traversé quelques mois difficiles, sur le plan national comme dans le Sud-Est, notamment dans son bastion historique du Vaucluse, désormais orphelin de sa notoire chef de file. « La démission de Marion est une grosse perte, note Guy, militant depuis treize ans à Cavaillon. On a besoin désormais de soutien, d’organisation et d’ordre. » « Marion manque beaucoup, ça fait un grand vide », abonde Agnès, responsable du FN à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

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Il y a quelques jours, un conseiller municipal de Carpentras, Alain Defossé, élu sur la liste Rassemblement Bleu Marine, a annoncé sa démission du FN. Un autre conseiller municipal de la même liste, Julien Langard, en avait fait de même en mai dernier. « Avec les échecs de Marine et Marion, bien sûr que le bateau tangue !, reconnaît Patrick Suisse, adjoint FN au maire du Pontet. Mais déjà, on ne quitte pas le navire quand il tangue. Et il tangue, mais il ne coule pas, il va repartir ! »

Une visite comme « signal »

La capitaine a donc profité de sa tournée des fédérations pour venir remettre le bateau à flot, en ces mers qu’elles n’avaient pas traversées depuis plusieurs années. Un choix qui n’est pas dénué de sens. Venir à Carpentras n’est pas une opération de « reconquête », assure Marine Le Pen, qui concède toutefois envoyer par sa visite un « signal ». « C’est aussi un remerciement aux électeurs qui nous ont fait confiance. Nous avons fait ici un score important à la présidentielle. »

Des électeurs dont elle a besoin alors que la députée des Hauts-de-France appelle à une complète refondation de son parti. Terrorisme, sécurité, défense des agriculteurs dans le cadre de la mondialisation… Aucun thème de prédilection du Front national ne passe à la trappe dans ce discours devant les militants, qu’elle tient également à rassurer. Evoquant de possibles alliances locales avec d’autres partis, Marine Le Pen a toutefois assuré que cela ne doit pas se faire au détriment de compromissions.

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« Je suis fidèle au Front, mais c’est le Front qui change »

Il faut dire que, entre une saucisse et un verre de vin, les inquiétudes pointent. Chaque militant est invité à écrire sur un bout de papier une question à transmettre à leur présidente. « Quid de notre monnaie », s’interroge ainsi Didier, d’Avignon. « Faut-il vraiment changer de nom ? Car moi j’y suis attaché », fais valoir son voisin de table. « Tout sera sur la table, sans scrupule, sans tabou, sans nostalgie non plus », a assuré Marine Le Pen.

« La problématique dépasse la frontière du Vaucluse, assure Hervé de Lépinau, candidat malheureux à la succession de Marion Maréchal-Le Pen à l’Assemblée. Il y a une vraie défiance vis-à-vis du politique. Marine Le Pen veut restaurer la confiance vis-à-vis du FN et vis-à-vis de la politique. » Mais dans cette refondation totale, ne risque-t-elle pas de faire fuir les militants de la première date, nombreux dans ce secteur ? « Moi, je suis pour le père, prévient Jean-Marie, un Vauclusien frontiste depuis 53 ans. Je suis fidèle au Front, mais c’est le Front qui change. J’attends, et je verrais… »