Pourquoi Emmanuel Macron plaît-il autant aux Français de l'étranger?

INTERNATIONAL L’Assemblée des Français de l’étranger, instance représentative d’un électorat plutôt séduit par Emmanuel Macron, s’est tenue de lundi à vendredi à Paris…

Laure Cometti

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Emmanuel Macron en meeting à Londres le 21 février 2017.

Emmanuel Macron en meeting à Londres le 21 février 2017. — Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

  • L’Assemblée des Français de l’étranger s’est réunie à Paris cette semaine.
  • Emmanuel Macron est venu prononcer un discours à l’attention de cet électorat qui a très majoritairement voté pour lui à la présidentielle.
  • La popularité du fondateur d’En marche chez les expatriés s’explique par plusieurs facteurs.

L’Assemblée des Français de l’étranger qui se réunissait à Paris de lundi à vendredi a reçu cette année la visite d’Emmanuel Macron, une première pour un Président de la République. Le chef de l’Etat a choisi de réaffirmer sa volonté de réformer le pays devant cette instance de 90 conseillers consulaires qui représente les Français installés hors de l’Hexagone.

Ces derniers ont très majoritairement soutenu le fondateur d’En Marche ! - à des degrés variables selon les pays - à en juger par le score du candidat à la présidentielle ( 40,4 % des suffrages exprimés au premier tour, 93 % au second), les dix députés LREM élus dans les onze circonscriptions de l’étranger et le dynamisme de certaines cellules du parti à l’étranger, que 20 Minutes a pu observer pendant la campagne. Comment expliquer la popularité d’Emmanuel Macron auprès des Français de l’étranger ? Ce soutien perdure-t-il cinq mois après l’élection présidentielle ?

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Parce que la peur du FN

Plus d’1,26 million d’électeurs sont inscrits sur les listes des Français de l’étranger. L’abstention est historiquement supérieure à la moyenne nationale. La faute à de multiples facteurs, comme le nombre restreint de bureaux de vote. « Mais en 2017, la participation a été plutôt bonne », analyse Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay.

« Dans un contexte post Brexit, la grande peur de cet électorat était Marine Le Pen, qui a été très médiatisée à l’étranger, en tout cas dans certains pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Suisse, où de nombreux Français vivent », poursuit Bruno Jeanbart. « Il y a eu un effet d’amplification avec l’élection de Donald Trump, les Français de l’étranger étaient encore sous le choc », abonde le socialiste Yan Chantrel, conseiller consulaire au Canada.

Parce qu’il donne une bonne image de la France

« Macron représente une certaine image de la France, qu’on a envie de voir depuis l’étranger », avance Emmanuelle, installée depuis huit ans à Tokyo, qui souligne l'« éloquence » d’un candidat qui « dégageait quelque chose de positif, successful [qui a réussi] ». Cadre sous contrat local, ex-encartée au Parti socialiste (pendant deux ans), elle s’est impliquée dans la cellule locale d’En Marche !. « Il y a eu un vrai engouement pendant la campagne ».

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Parce que son discours sur l’international et l’Europe leur parle (plus que le reste)

Autre critère qui « matche » entre Emmanuel Macron et les Français de l’étranger : ses positions sur l’international. « On est sensibles à ses discours sur l’Europe, car on vit à l’étranger », souligne Emmanuelle depuis Tokyo. « Et quand il tient tête à Trump ou qu’il défend ses positions sur l’accord sur le climat, on est fier ». Un sentiment partagé par les nombreux Français installés à Londres que 20 Minutes a rencontré en février dernier  en marge d’un meeting.

« Il a réussi à communiquer un sentiment de retour de la France, l’idée que la France va peser à nouveau avec son rétablissement économique. Plus que les programmes, qui ne les concernent pas totalement, les Français de l’étranger sont sensibles à l’image que renvoie le pays », juge Bruno Jeanbart.

Parce qu’il leur ressemble (un peu)

Tous les Français de l’étranger ne sont pas expatriés (avec un contrat de travail français et non local), « mais ce sont surtout ces derniers qui votent », observe Bruno Jeanbart. Or cet électorat « penche plutôt vers le centre-droit ». Un bon terreau pour l’homme politique qui se dit « ni de gauche, ni de droite ». Autre caractéristique de cet électorat, « les cadres et les jeunes sont sur-représentés ». Un autre atout pour un candidat jeune, passé par le monde des affaires.

« On est la France pour qui tout va bien, on est assez privilégiés, donc forcément on a voté Macron », lance Bastien, le mari d’Emmanuelle, installé au Japon depuis plus de dix ans. « Il représente les grandes écoles, ce parcours royal français, dont on sort tous les deux », enchaîne Emmanuelle.

« La population des Français de l’étranger, dans son grand stéréotype, est Macron-compatible », résume Thomas Bajas, responsable LREM des Français de l’étranger. « De l’étranger, le clivage gauche-droite paraissait vraiment désuet. Avec la logique proeuropéenne et l’expertise économique de Macron à Bercy, ça a fait un bon mix ». Dès l’été 2016, le mouvement d’Emmanuel Macron dit avoir reçu de nombreuses sollicitations d’expatriés souhaitant s’impliquer dans la campagne.

Parce qu’il les a chouchoutés

Les marcheurs n’ont pas négligé ces appels et ont même élaboré un questionnaire adressé à tous les Français de l’étranger inscrit sur les listes consulaires. « On leur a demandé pourquoi ils avaient quitté la France, ce qui selon eux ne fonctionnait pas en France. Et on a eu plus de 10.000 réponses », affirme Thomas Bajas. Campagne sur les réseaux sociaux, déplacements à Berlin, Londres, New York, questionnaires ciblés… Le mouvement a multiplié les initiatives pour conquérir les électeurs installés à l’étranger.

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Derrière ces attentions, il y avait selon le socialiste Yan Chantrel un enjeu financier : « pour lui, c’est une niche très importante en termes de levées de fonds. Or sa vision des Français de l’étranger est réductrice, il n’y a pas que des acteurs économiques ou des start-uppers, mais des acteurs de l’éducation, de la recherche, de la culture, de l’humanitaire. », s’agace le conseiller consulaire.

Et maintenant ?

Cinq mois après le second tour, les Français de l’étranger interrogés par 20 Minutes confient suivre moins passionnément la vie politique française et les premiers mois du quinquennat Macron. Le parti présidentiel, en pleine réorganisation, devrait nommer d’ici la fin du mois d’octobre des référents territoriaux à l’étranger, dans l’optique de retrouver un souffle sur le terrain.

Quant aux représentants des expatriés, ils sont particulièrement soucieux de l’impact des coupes budgétaires sur le réseau éducatif, culturel et diplomatique français à l’étranger. Les arbitrages du gouvernement pourront avoir des conséquences sur la lune de miel des expatriés et du nouveau président.