Clash entre communistes et mélenchonistes: Ce que disent ces prises de bec

POLITIQUE Derrière les déclarations hostiles entre communistes et mélenchonistes ce week-end à la Fête de l’Humanité, se joue le rapport de force entre deux forces autrefois partenaires…

Anne-Laëtitia Béraud

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Collage SIPA 20 Minutes de Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) et de Pierre Laurent (Parti communiste français)

Collage SIPA 20 Minutes de Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) et de Pierre Laurent (Parti communiste français) — 20 Minutes/SIPA

La Fête de l’Humanité n’a pas été une réunion où l’on s’est envoyé des bisous cette année. Entre les communistes et les mélenchonistes présents à l’événement en Seine-Saint-Denis, les prises de bec se sont multipliées. Au-delà du ping-pong verbal, se joue le rapport de force changeant entre ces deux formations, et l’incarnation de l’opposition face à la majorité d’Emmanuel Macron…

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Entre les anciens amis du parti communiste (PCF) et de France insoumise (FI), les hostilités ont débuté samedi. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a critiqué l’absence de Jean-Luc Mélechon devant des membres de France insoumise. Le sénateur en campagne a notamment estimé que « personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul ». Un commentaire très mal reçu par les représentants de Jean-Luc Mélenchon, qui s’en sont plaints sur Twitter, avant d’être à leur tour critiqués. Depuis La Réunion où il était en déplacement, Jean-Luc Mélenchon a évoqué dimanche une « direction communiste en perdition ».

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France insoumise « a du mal avec le débat »

« Je suis étonné par les réactions des membres de la France insoumise ce week-end. Elles sont délirantes », confie ce dimanche Ian Brossat, conseiller PCF de Paris et adjoint à la maire de Paris. « Pierre Laurent a dit que personne ne détient la vérité à lui tout seul, la belle affaire ! Ils [FI] n’ont pas l’habitude d’entendre des voix divergentes. Pendant la campagne pour la présidentielle, nous n’allions pas émettre d’avis divergents, mais depuis la situation a changé. Ils ont du mal avec le débat », déplore ce communiste.

Selon Thomas Guénolé, politologue membre de France insoumise, les déclarations des communistes ne relèvent pas de l’ode à la différence. « Elles visent pourrir l’image publique de Jean-Luc Mélenchon et de France insoumise » car « les communistes n’ont plus de levier pour peser sur France insoumise », tranche ce « rallié ».

Visibilité de Jean-Luc Mélenchon

L’image et la place qu’occupe le chef de file de France insoumise dans les médias agace. Surtout quand Jean-Luc Mélenchon prétend incarner le premier opposant à Emmanuel Macron. Pour le député PCF des Bouches-du-Rhône Pierre Dharréville, « il y a un récit médiatique en cours qui n’est pas juste ».

Mais à propos de la voix déclinante des communistes sur la place publique, l’élu des Bouches-du-Rhône reconnaît que « les communistes ont des progrès à faire car nous ne sommes pas aujourd’hui assez visibles ». Une stratégie médiatique est en cours de reformulation chez les communistes, mais Pierre Dharréville repousse tout « marketing médiatique ». « Je fais de la politique pour et avec les gens, pas pour les grands médias », affirme cet élu.

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Rapport de force entre le PC et FI

Un autre point sensible concerne le rapport de force entre ces deux formations autrefois partenaires au sein du Front de gauche. Selon Thomas Guénolé, « le PCF est un astre électoralement quasi-mort. Il n’a pas été en mesure d’imposer un chantage aux signatures pour que Jean-Luc Mélenchon aille à la présidentielle. Il n’a plus la masse militante. Il tente seulement de survivre ».

Une vision battue en brèche par le député Pierre Dharréville, qui estime que si le parti communiste pêche sur sa communication, la force du mouvement et de ses partisans reste intacte. « Nous existons, nous avons les ressources en nous. La Fête de l’Huma en est un exemple ».

Stratégie de conquête du pouvoir

Enfin, la stratégie de conquête du pouvoir divise les deux partis. Le politologue Thomas Guénolé se félicite que « France insoumise accueille tous ceux qui veulent la rejoindre, refusant les accords électoraux [avec d’autres formations]. Elle est devenue une force politique dominante sans avoir eu recours au cartel des gauches [coalition électorale des gauches victorieuse durant l’entre-deux-guerres] ».

Les élus communistes, eux, ne jurent que par l’union des forces. « Si la France insoumise pense qu’elle peut se permettre d’être seule pour gagner, elle se trompe et Emmanuel Macron et ses partisans resteront longtemps au pouvoir. Il faut un rassemblement avec les communistes, des socialistes comme Benoît Hamon, des écologistes… », liste l’adjoint à la maire de Paris Ian Brossat. Et qui sait, peut-être un jour avec les mélenchonistes, pense le député Pierre Dharréville.

« Entre Jean-Luc Mélenchon [à la tête du Parti de Gauche puis de France insoumise] et le PCF, nous avons toujours été des forces politiques différentes. Ce qui ne veut pas dire que nous n’ayons pas des convergences, que nous ne pouvons pas travailler ensemble, notamment à l’Assemblée nationale. Ces convergences sont aujourd’hui supérieures à celles avec la force socialiste », estime le député communiste des Bouches-du-Rhône.