VIDEO. Loi de moralisation: Comment Macron a mis en scène la promulgation du texte

COM' Emmanuel Macron a signé, en direct à la télévision, la nouvelle loi dite de moralisation de la vie politique, premier chantier de son quinquennat...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron a signé la promulgation de la loi de moralisation de la vie politique le 15 septembre 2017.

Emmanuel Macron a signé la promulgation de la loi de moralisation de la vie politique le 15 septembre 2017. — LUDOVIC MARIN / AFP

  • Emmanuel Macron a promulgué la loi pour rétablir la confiance dans la vie politique.
  • Il a signé ce texte devant les caméras, en direct à la télévision, une première en France.
  • En tranformant cette formalité en événement médiatique, le président montre une fois de plus l'importance qu'il attache à sa communication.

Un stylo qui griffonne, des flashs qui crépitent. La scène se passe à l’Elysée ce vendredi matin. Devant les caméras, Emmanuel Macron signe les deux lois « pour rétablir la confiance dans la vie politique » (une étant organique et l’autre ordinaire), assis à son imposant bureau doré. Puis il prononce quelques mots au sujet de ces « deux textes importants », sous le regard impassible des ministres Nicole Belloubet et Christophe Castaner, debout derrière le président de la République. C’est pour ces deux petites minutes que photographes et vidéojournalistes ont été invités au palais présidentiel.

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« Communication très cadrée » et « présidentialisation forte »

Retransmise en direct sur les chaînes d’information, cette signature de loi est inédite en France et elle évoque le cérémonial présidentiel américain. Les prédécesseurs d’Emmanuel Macron n'effectuaient pas cette formalité devant les caméras. Cette promulgation très médiatisée découle de la volonté du président. « Le président a voulu donner toute la solennité nécessaire à ce moment », a déclaré Christophe Castaner lors d’une conférence de presse ce vendredi. « Pour lui, cette signature est un acte symbolique fort qui montre son implication dans cette loi en particulier », indique à 20 Minutes sa conseillère presse Sibeth N’Diaye. Emmanuel Macron n’exclue pas de médiatiser à nouveau ce rituel pour « des textes considérés comme majeurs au cours du quinquennat ».

Cette mise en scène « fait partie de la politique de communication très cadrée du président. Une fois de plus, il utilise tous les éléments possibles du fonctionnement présidentiel [ici, la promulgation systématique de la loi par le président] pour ajouter un élément de communication marquant une forte présidentialisation », observe auprès de 20 Minutes Philippe J. Maarek, professeur de communication politique à l’Université Paris Est-UPEC. « Cela a un double effet, c’est gagnant-gagnant pour le président car cela affirme la présidentialisation et cela donne un coup d’éclat à cette loi », poursuit-il.

François Bayrou remercié

Une loi dont l’élaboration a été émaillée de démissions - celle de l’éphémère garde des Sceaux François Bayrou et des ministres MoDem du gouvernement empêtrés dans l’affaire des assistants parlementaires européens - et de couacs lors des débats parlementaires. « Emmanuel Macron veut montrer que ce processus est terminé et qu’il reprend la main », observe Philippe J. Maarek. Cela coïncide selon le chercheur avec le deuxième temps de la communication du président. « Après une phase de relatif silence, calquée sur la politique de communication rare élaborée par Jacques Pilhan [communiquant de François Mitterrand et Jacques Chirac], il redevient plus visible ».

Au premier plan de cette signature, Emmanuel Macron a déclaré « ce que nous avions promis, nous l’avons fait », après avoir énuméré trois mesures de la loi dite de moralisation de la vie politique : l’interdiction des emplois familiaux, l’obligation d’avoir un casier judiciaire vierge pour les parlementaires et l’impossibilité de ne pas rendre compte de ses indemnités. Il a remercié François Bayrou et Nicole Belloubet, qui lui a succédé en juin.

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Une loi incomplète

Relégués au second plan, la garde des Sceaux et le ministre chargé des relations avec le Parlement ont ensuite repris peu ou prou les mêmes exemples lors d’une conférence de presse sans surprise. Christophe Castaner a mis l’accent sur la rapidité de la promulgation de la loi, « à peine trois mois après sa présentation en Conseil des ministres ». La ministre de la Justice a loué un texte « marqueur » qui pose des « arêtes essentielles » comme « la suppression de la réserve parlementaire ».

Le chantier n’est pourtant pas tout à fait achevé. Plusieurs associations, comme Transparency France et Anticor, saluent les avancées du texte mais soulignent ses lacunes.

La suppression de la réserve ministérielle, bloquée par le Conseil Constitutionnel, pourrait être débattue « dans le cadre de la loi de finances », a indiqué la garde des Sceaux. Quant à la limitation du cumul des mandats dans le temps, autre promesse de campagne d’Emmanuel Macron, elle relève de la révision constitutionnelle, pour laquelle le gouvernement aura besoin du soutien des trois cinquièmes des parlementaires (sauf à passer par un référendum).