Plainte contre un photographe: «Macron veut rester celui qui décide de ce qui peut être publié»

INTERVIEW Emmanuel Macron a porté plainte mardi pour « harcèlement » et « tentative d’atteinte à la vie privée » contre un photographe…

Caroline Politi

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Emmanuel Macron à l'Elysée, à Paris, le 16 juin 2017.

Emmanuel Macron à l'Elysée, à Paris, le 16 juin 2017. — Thomas SAMSON / AFP

  • Emmanuel Macron a déposé plainte contre un photographe mardi.
  • Les présidents de la République à avoir porté plainte contre des photographes sont très peu nombreux.

Poser en bermuda et en polo avec des salariés d'un chantier naval, pas de problème. Pas plus qu’être pris en photo lors d’un entraînement avec les joueurs de l’OM. Mais le président de la République tient à contrôler son image : Emmanuel Macron a annoncé mardi avoir porté plainte pour « harcèlement » et « tentative d’atteinte à la vie privée » contre un photographe. L’analyse d’Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de la communication à l’université Bourgogne-France-Comté et auteur de Lectures, critiques en communication.

Comment explique-t-on qu’Emmanuel Macron, qui semblait depuis la campagne plutôt apprécier la présence de photographes, a porté plainte contre l’un d’eux ?

Sa mise en scène à travers les médias est totalement verrouillée, rien n’est laissé au hasard. Même en vacances, un président reste un président et Emmanuel Macron ne veut pas que des photos volées puissent nuire à sa fonction. Il ne faut pas donner l’image d’un président déconnecté, loin du peuple, comme l’avait, par exemple, fait Nicolas Sarkozy sur son yacht. A l’inverse, il ne faut pas paraître trop accessible, serrer des mains à longueur de journée, ça paraît trop démagogique. C’est sûrement parce que ce photographe tentait de voler des photos, qui échappaient donc à son contrôle, qu’Emmanuel Macron à porter plainte. Il y a, par ailleurs, un aspect sécuritaire puisqu’il cherchait - semble-t-il - à s’introduire dans la villa.

Avant Emmanuel Macron, seul Nicolas Sarkozy a porté plainte après une photo volée. Comment explique-t-on que ce type de procédure soit si rare ?

Un président se doit d’être dans une relative neutralité. S’il porte plainte contre les médias, il donne le sentiment de porter atteinte à la liberté de la presse. Or, avoir l’image d’un président censeur est désastreux. Par ailleurs, porter plainte contre les photographes le prive des fausses paparazzades. Ces images des présidents à la plage, prenant l’apéritif en terrasse, faisant du jogging sont essentielles pour leur communication : elles leur donnent un supplément d’âme. Implicitement, elles veulent dire aux Français : « Regardez nous sommes comme vous, nous faisons la même chose pendant les vacances. » Nicolas Sarkozy ou François Hollande en étaient friands. Emmanuel Macron a également bien compris l’importance de ces images. D’autant que son épouse est très appréciée et représente également un élément de communication.

Il y a donc une sorte d’entente cordiale entre les présidents et les photographes ?

Oui, implicitement, il y a une forme d’entente. Tant qu’il n’y a pas de stratégie de diffamation en mettant en scène le candidat de manière désobligeante, il y a un relatif statu quo. Les deux parties savent qu’elles doivent s’appuyer sur l’autre.

En portant plainte, Emmanuel Macron a-t-il rompu l’équilibre ?

Il y a en tout cas une volonté de marquer son territoire, montrer qu’il reste celui qui décide de ce qui peut ou non être publié. Il choisit de publier des photos de lui jouant au foot avec les joueurs de l’OM, rendant visite à des salariés d’un chantier naval, mais refuse que des photos de son intimité soient publiées.