Macron à Las Vegas: La ministre du Travail informée du coût du déplacement

ENQUETE De nouvelles révélations du journal «Le Monde» contredisent la version de Muriel Pénicaud...

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, en déplacement au CES de Las Vegas, en janvier 2016.

Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, en déplacement au CES de Las Vegas, en janvier 2016. — R.BECK / AFP

Muriel Pénicaud était-elle au courant des modalités du déplacement d’Emmanuel Macron à Las Vegas ? C’est l’un des éléments centraux de l’enquête pour « favoritisme et recel de favoritisme », Et selon Le Monde, la ministre du Travail, qui était à l’époque directrice de Business France (BF), l’organisme chargé d’organiser en urgence une soirée à Las Vegas le 6 janvier 2016, avait bien été informée du coût de 289.019 euros d’un événement confié à Havas sans appel d’offres. La justice soupçonne BF, qui dépend notamment de Bercy, d’avoir enfreint la réglementation sur les marchés publics. 

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L’enquête instruite notamment par le juge Renaud Van Ruymbeke, selon Le Monde, doit déterminer si Muriel Pénicaud a pu être informée en amont de dysfonctionnements, ce qu’elle nie. Dans son édition de samedi, le quotidien affirme au contraire qu’elle « était bien mieux informée (…) qu’elle ne veut le dire ». Selon le quotidien, « de nouveaux éléments étayent le récit d’un dérapage sous la pression du cabinet du ministre Macron ».

« Budget : 300KEUR »

Il cite notamment un courriel, récemment versé au dossier, suggérant qu’elle était au courant du coût prévisionnel de la soirée dès le 20 novembre 2015. Ce jour-là, la directrice adjointe de la promotion et de la communication de BF, Julie Cannesan lui écrit : « ''Muriel, nous avons eu le cab (cabinet) Macron en ligne (…) Parmi les ''points à retenir'' s’agissant du CES, celui-ci : » Budget : 300 KEUR (300.000 euros, ndlr) «, rapporte Le Monde. » Cet e-mail ne caractérise pas une alerte sur un problème de régularité juridique «, a réagi dans le journal l’avocat de Muriel Pénicaud Me Fabrice Dubest, évoquant des indices budgétaires » pas définitifs".

D’après le quotidien, Fabienne Bothy-Chesneau, à l’époque directrice de la communication de BF a suggéré lors son audition à l’office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff) que son ancienne patronne ne pouvait être tenue dans l’ignorance des modalités d’organisation.

Elle a ainsi évoqué une première réunion « en octobre ou en novembre 2015 » à laquelle Mme Pénicaud (…) nous a enjoint d’aller, soulignant qu’il était important de renforcer les liens avec le cabinet Macron», selon le quotidien. Ensuite, lors de plusieurs comités de direction, «l’organisation de la soirée a été largement évoquée sans jamais soulever l’opposition de Muriel Pénicaud», a-t-elle dit aux enquêteurs.

Climat « d’urgence »

Fabienne Bothy-Chesneau a aussi évoqué un climat d'« urgence » au sein de BF face aux exigences supposées du cabinet Macron, à mesure que l’échéance approchait. « M’opposer à cela aurait signifié un ''non'' que j’aurais dit au ministre et à son cabinet », selon elle.

Un courriel de décembre 2015 de Mme Bothy-Chesneau, révélé par le JDD, suggérait que Mme Pénicaud avait été « briefée » à propos des difficultés, une version qu’elle a de nouveau contestée cette semaine par la voix de son avocat. « Muriel Pénicaud n’a pas participé à la passation des marchés pour cette soirée. Informée a posteriori (février 2016, ndlr) de dysfonctionnements possibles, elle a diligenté un audit externe », a affirmé Me Fabrice Dubest.

Cet audit a donné lieu à un rapport en juin 2016, puis à une note juridique en septembre 2016. Ce dernier document, consulté par l’AFP, n’a pas exclu que sa « responsabilité » puisse être engagée, même si sa « participation personnelle dans le cadre du marché (…) n’a pas été identifiée ».