«Make our planet great again»: «En termes de communication, Macron a fait très fort»

COMMUNICATION Entre concours de circonstances et coups de com' savamment orchestrés, retour sur trois épisodes marquants de ce début de quinquennat...

Dorian Debals

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Emmanuel Macron s'impose comme un as de la com' : dernier «coup» en date, son allocution en direct et en anglais reprise par toutes les chaînes de TV américaines.

Emmanuel Macron s'impose comme un as de la com' : dernier «coup» en date, son allocution en direct et en anglais reprise par toutes les chaînes de TV américaines. — AFP

  • Emmanuel Macron réussit un sans-faute en termes de communication
  • Il faut attendre les actes pour juger, explique un politologue
  • La presse internationale s’emballe pour son « Make our planet great again »

Cela paraît facile, mais encore faut-il le faire. Si Emmanuel Macron reste en retrait sur le plan national, il a grandement profité de ses premiers rendez-vous internationaux pour essayer de redonner une voix audible à la France sur le plan diplomatique. Retour sur trois « temps forts » de ses premières semaines sur la scène internationale.

1. L’attraction principale du sommet de l’OTAN et du G7

Pour son premier grand rendez-vous diplomatique, Emmanuel Macron a multiplié les gestes symboliques : mise en scène de son apparente complicité avec Justin Trudeau et Angela Merkel, poignée de main musclée avec Donald Trump. Il a ainsi tenté de remettre la France et l’Europe au centre du jeu. Si son snobisme ostensible envers le président américain et La Marseillaise fredonnée par les dirigeants européens qui l’accueillaient était peut-être un peu too much, cela lui a permis de se poser en « anti-Trump » dès ses premiers pas. Pour Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l’IRIS, Emmanuel Macron profite cependant d’un « concours de circonstances », car les deux autres grandes puissances européennes que sont le Royaume-Uni et l’Allemagne voient leurs chefs de gouvernement respectifs se battre pour leur réélection. Et se concentrent donc peu sur l’international. « C’est une chance qu’il a su saisir habilement. De plus, il bénéficie du contraste saisissant avec son prédécesseur, un président impopulaire qui n’avait plus de légitimité. »

Si Emmanuel Macron n’a pas été élu que pour son programme, sa ligne pro-européenne a été claire tout au long de la campagne, et lui sert aujourd’hui. Comme l’explique Yannik Hennequin, cofondateur de l’agence de communication politique Plebiscit, « les soucis rencontrés par l’Union européenne ont été comme balayés d’un revers de la main depuis son élection. On n’arrêtait pas de dire que la France était en train de se replier sur elle-même. Lui amène l’inverse avec sa ligne assumée. De ce point de vue, cela fonctionne en termes de communication ». Mais « il faut être prudent sur le terme de "leadership", met en garde Eddy Fougier. Car pour l’instant, même s’il y a eu un "ouf" de soulagement grâce à son élection, aucun acte concret n’a été posé. On ne construit un leadership qu’avec des initiatives. »

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2. Poutine à Versailles

Même si c’était peut-être « dealé » à l’avance, les remontrances frontales faites au président russe Vladimir Poutine, notamment à l’encontre de médias proches du Kremlin accusés d’avoir mené une campagne de calomnies contre Macron ont fait leur effet. Le président de la République, accueillant le président russe à Versailles, y est apparu solide. Il en avait besoin pour montrer une stature présidentielle. « Il a réussi à montrer les biceps de façon subtile sans être dans une logique où il écrase l’autre. On le voit encore, il n’y a aucun loupé sur le plan international depuis le début du quinquennat. Tout le monde attendait de voir son comportement. Et il arrive depuis son investiture à se poser en président jeune tout en restant très classique dans la forme. », analyse le spécialiste de communication politique.

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Ce n’est cependant pas nouveau pour un président tout juste élu : s’appuyer sur les rendez-vous internationaux pour se mettre au-dessus de la mêlée et imprimer ainsi sa « patte ». Une guerre de l’image donc, car « ici encore, aucune initiative concrète n’a été prise. Emmanuel Macron saisit toutes les fenêtres d’opportunités qu’il a. Mais on ne peut qu’analyser la forme pour l’instant. On est purement dans la communication. Et il ne faut pas oublier qu’il est suspendu au fait qu’il a besoin d’une majorité pour gouverner », poursuit Eddy Fougier

3. « Make our planet great again »

Dernier épisode en date, le « make our planet great again » de ce jeudi soir. Réagissant à l’annonce de Donald Trump de sortie de l’Accord de Paris, son appel aux chercheurs et entrepreneurs américains, plaçant la France en terre d’accueil, est un remake de celui fait pendant sa campagne. Une sorte de pied-de-nez à ceux qui ne cessent de montrer l’hexagone comme un pays bloqué et peu attrayant. Si, en l’absence de véritables mesures d’accueil, cela peut apparaître comme un vœux pieux, Macron a réussi un joli coup en s’exprimant en anglais et en direct ce jeudi soir. « Il y a une véritable dimension tactique à dire d’emblée que l’accord n’est pas négociable. Et de s’exprimer rapidement en anglais pour être repris partout dans le monde cela permet de couper court à toute envie d’autres pays de sortir de l’accord », estime Eddy Fougier.

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Le locataire de l’Elysée porte l’héritage de la conférence de Paris, il se devait donc de réagir. Mais c’est la forme qui alerte. « Il profite des errances outre-atlantique pour envoyer pleins de messages. Cet opportunisme paraît facile mais il fallait le faire. Réaliser son propre doublage, en termes de communication, c’est très fort, étonnant même. D’autant plus que les présidents français ont la réputation de parler très mal l’anglais », analyse Yannik Hennequin.