VIDEO. Macron et les médias: Retour sur une semaine qui a redéfini les relations entre l'Elysée et la presse

ÉLYSÉE En une semaine, les relations entre le nouveau président de la République et les médias ont été mouvementées...

Laure Cometti, vidéo Émilie Petit

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Emmanuel Macron, le 17 mai 2017.AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN Lancer le diaporama

Emmanuel Macron, le 17 mai 2017.AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN — AFP

Une grille fermée a déclenché de vives réactions il y a une semaine dans la presse française. Pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agissait de celle de l’Elysée, habituellement ouverte à la sortie du Conseil des ministres afin de permettre aux journalistes de filmer, photographier et interroger les membres du gouvernement au sortir de ce rendez-vous hebdomadaire.

 

Pendant que le tout nouveau gouvernement posait pour une photo officielle dans le vestibule, les journalistes ont été priés de sortir de la cour du palais présidentiel.

Sarkozy et Hollande, les anti-modèles de la com' macronienne

Ce mercredi, retour à la normale au Château : la cour est restée ouverte une demi-heure à la presse après la fin du Conseil des ministres. « C’était une demande exceptionnelle », justifie Sylvain Fort, le responsable communication du président de la République, au sujet de l’épisode du 17 mai dernier. Mais le changement de style imposé par Emmanuel Macron depuis son élection est fait pour durer, selon Sylvain Fort.

« Les citoyens sont conscients du fait que la communication de l’Elysée a été extrêmement mal gérée ces dernières années. Il est tout à fait regrettable que des secrets d’Etat aient été divulgués, des journalistes s’en sont d’ailleurs indignés, ou que le people se soit immiscé dans la politique », poursuit le conseiller, visant explicitement les quinquennats de François Hollande (2012-2017) et Nicolas Sarkozy (2007-2012), anti-modèles d’Emmanuel Macron, « qui ont joué un jeu souvent malsain avec les médias. Nous voulons revenir à une relation normale », dit-il, citant Jacques Chirac et François Mitterrand. « Il faut que l’on tienne ce cap ».

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Un déplacement au Mali très cadré

Si l’épisode de la grille fermée peut sembler anecdotique, la semaine écoulée a été marquée par d’autres turbulences entre le nouveau président et les journalistes, après que la cellule communication de l’Élysée a contacté directement des journalistes pour leur proposer de couvrir le déplacement présidentiel au mali vendredi dernier. Les sociétés de journalistes de 25 médias, ainsi que Reporters sans frontières, ont cosigné une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour signaler leurs « inquiétudes quant à l’organisation de la communication présidentielle ». « Il n’y a pas de raison de crier à la censure ou au contrôle, nous n’avons pas la volonté de sélectionner ou trier les journalistes », balaie Sylvain Fort.

L’exécutif a d’ailleurs cherché à apaiser la situation : le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a invoqué un « délai très court » pour organiser le déplacement présidentiel à Gao et l’Elysée a répondu à RSF. «On ne pouvait pas emmener beaucoup de journalistes et on a exprimé le souhait d’avoir des journalistes spécialisés en défense, cette double contrainte a été mal comprise», reconnaît Sylvain Fort.

Pas de off et peu de commentaires d’actualité

Reste que l’Elysée maintient sa volonté d’imprimer une nouvelle communication présidentielle. Pendant la visite d’Emmanuel Macron au Mali, les journalistes accrédités, « peu nombreux », comme l’écrit le journaliste Bruno Dive sur son blog, « n’ont pas eu droit aux confidences qu’aimaient à distiller Nicolas Sarkozy au début de son mandat et François Hollande tout au long du sien ». Pas de off, donc (comme durant sa campagne présidentielle), mais de belles images destinées à forger l’image de chef de guerre du nouveau président de la République. « Gare au journaliste qui se trouvait dans le champ des caméras quand le président saluait les soldats : il devait déguerpir pour ne pas gâcher la photo », témoigne le journaliste de Sud-Ouest.

En plus de cette communication soignée dans les moindres détails, la parole présidentielle s’est raréfiée par rapport au quinquennat précédent : Emmanuel Macron n’a réagi que sur un seul sujet d’actualité durant ces sept derniers jours, l’attaque terroriste de Manchester. Deux semaines après sa prise de fonctions, il est difficile de savoir si ce nouveau style pourra s’inscrire dans la durée. Le politologue Thomas Guénolé soulignait vendredi dans nos colonnes les risques d’une raréfaction de la parole présidentielle. Cette stratégie pourrait être mise à l’épreuve dans les jours à venir par les révélations concernant Richard Ferrand, proche du président.