Une interview du ministre de l’Éducation nationale disparaît mystérieusement

GOUVERNEMENT L’association SOS Éducation a préféré retirer l’interview de son site internet, craignant qu’on ne lui colle une image « droitière »… 

C. Ape.

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Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

C’est une disparition qui interpelle. Une interview de Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l’Education nationale, donnée à l’association SOS Education, s’est volatilisée deux jours après sa nomination, rapporte les Inrocks.

Dans cette interview, le ministre donnait sa vision de l’éducation et les grandes lignes de son projet pour le ministère.

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Mais qu’est ce que cette association, qualifiée d'« anti-avortement et proche de l’extrême droite » par les Inrocks ? Le magazine indique que SOS Education, créée en 2001, revendique plus de 60.000 membres, dont des parents et des professeurs qui ont pour objectif d’améliorer l’école. Une association sur le papier apolitique, mais pas vraiment. Cette dernière serait en effet proche de Sens Commun, avec qui, en 2014, ils avaient participé à l’élaboration d’un programme éducatif à défendre au sein de feu l’UMP.

Une association apolitique ?

De son côté, Libération, explique qu'« indépendante au plan légal, [elle n’est pas neutre] au plan politique : elle se rattache à une nébuleuse parfaitement identifiée. On la retrouve sur le site Internet conscience-politique.org pour lequel elle a réalisé l’analyse d’un manuel d’histoire jugé trop complaisant sur les morts du communisme. Que trouve-t-on sur ce site ? Des références aux ultralibéraux tendance Reagan, aux mouvements anti-avortement et à la mouvance des évangélistes américains, le tout nimbé d’une proximité assumée avec l’ extrême droite. »

Mais que dit le ministre exactement ? Que l’on assiste « depuis l’après-guerre [à] une dérive de l’éducation due au fait qu’elle a été trop saisie par la temporalité politique, par les effets d’alternance et de stop-and-go. » Sa solution, « passer par une dépolitisation – il faut dépasser le clivage droite-gauche – puis par une repolitisation, pour faire comprendre que l’éducation est le sujet le plus important ».

L’association affublée d'« une étiquette conservatrice et parfois droitière »

Interrogé sur l’éventualité de voir apparaître « une offre scolaire autonome », sujet au combien sensible, Jean-Michel Blanquer a expliqué que « sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d’accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs ».

Paul Devin, inspecteur de l’Éducation nationale s’en émeut et dénonce sur Twitter « une privatisation du service public » à venir.

Pourquoi cette interview est-elle portée disparue ? La réponse est donnée par Jean-Paul Mongin, directeur général de l’association, au Figaro. « Je n’ai reçu aucune consigne de leur part. J’ai décidé de moi-même d’effacer ces textes, craignant que l’étiquette conservatrice et parfois droitière de SOS Éducation ne cause du tort à ces deux hommes lorsque, par exemple, ils auraient à négocier avec les syndicats d’enseignants », explique-t-il, craignant « les caricatures récurrentes » concernant l’association.