Le premier gouvernement Macron est enfin connu
Le premier gouvernement Macron est enfin connu - Michael Kappeler/AP/SIPA
  • Jusqu’ici, la présidence a verrouillé la communication pour éviter les faux pas
  • François Bayrou et Nicolas Hulot vont-ils déroger à la solidarité gouvernementale?

Le quinquennat du « président jupitérien » a débuté sous les meilleurs auspices. Après un score très large obtenu au second tour, Emmanuel Macron a nommé son Premier ministre et dévoilé son premier gouvernement. Un début de présidence réglé comme du papier à musique. Ce verrouillage de la communication permettra-t-il d’éviter les couacs ? Pas évident. Car la diversité des ministres d’ Edouard Philippe laisse entrevoir quelques orages (et Nicolas Hulot pourrait prendre la pluie).

1. Notre-Dame-des-Landes

Le projet de transfert de l’aéroport au nord-ouest de Nantes pourrait être un dossier épineux pour l’exécutif. Nicolas Hulot, nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, est un opposant historique. L’écologiste a participé à plusieurs reprises à des manifestations contre l’aéroport. Un projet « vicié, gangrené [qui] porte en lui les racines de la discorde », estimait-il fin 2015. Une discorde qui pourrait naître au sein du gouvernement : Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et président de la Bretagne, ainsi qu’Edouard Philippe sont favorables au transfert. Les partisans du projet rappellent que le nouveau ministre de l’Ecologie s’était rangé derrière le « oui » du référendum de juin 2016. La nomination d’un médiateur viserait-elle à l’enterrer ?

>> A lire aussi : Notre-Dame-des-Landes: La nomination de l'opposant Hulot donnera-t-elle un coup d’arrêt au projet?

2. La question du nucléaire

Autre point délicat pour Nicolas Hulot : le nucléaire. L’ancien animateur estimait en 2011, après la catastrophe de Fukushima, que la sortie du nucléaire était « un objectif prioritaire ». Emmanuel Macron s’est pour l’instant placé dans les pas de François Hollande, annonçant vouloir « réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75 % aujourd’hui à 50 % à l’horizon 2025 ». Le Premier ministre ne sera pas d’une grande aide pour l’écologiste : Edouard Philippe a passé trois ans comme directeur des affaires publiques chez Areva, fleuron du nucléaire français.

Le ministre, qui a régulièrement critiqué les dérives du capitalisme, pourrait avoir à manger son chapeau écolo à plusieurs reprises, notamment sur le Ceta défendu par le président. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement a prévenu : « Un ministre ne pose pas de conditions ni au Premier ministre ni au président de la République. Il doit appliquer la feuille de route ».

3. Bayrou, l’imprévisible

A propos des investitures, le torchon avait failli prendre feu la semaine dernière. « Macron va devoir changer de logique », avait fulminé François Bayrou dans l’Obs, s’estimant lésé sur les circonscriptions. Le patron du MoDem avait montré qu’il n’était pas du genre à se laisser impressionner.

Mais la colère n’a pas plu au chef de l’Etat et à ses soutiens, rapporte le Canard enchaîné : « Bayrou veut jouer les marionnettistes. Il considère qu’il m’a fait roi, que je lui dois tout, que j’ai été élu uniquement grâce à lui et qu’il a fait l’élection Il veut jouer le président délégué, mais ça ne se passe pas comme ça avec moi », aurait déclaré le président.

François Bayrou avait également émis des doutes sur la méthode des ordonnances, privilégiée par Emmanuel Macron pour réformer le Code du travail. Autre sujet délicat : la loi sur la moralisation de la vie publique, credo du Béarnais, n’est pas vraiment du goût de son Premier ministre. « L’impératif de transparence absolue ne m’a jamais enchanté à titre personnel », a encore déclaré Edouard Philippe sur France Inter jeudi.

4. Quid de Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ?

Les deux élus de droite tiennent les cordons de Bercy. Le premier à l’Economie, le second au Budget. Les deux hommes n’ont pas été toujours très tendres avec Emmanuel Macron. Sur le fond, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin devront faire campagne sur un programme différent de celui qu’ils défendaient il y a encore quelques jours. Sur la CSG, l’ancien candidat de la primaire mettra en place une hausse de 1,7 point, alors qu’il proposait cet automne une baisse générale. Même problème concernant la baisse du nombre de fonctionnaires (moins importante), l’âge de départ à la retraite, la baisse des dépenses publiques, etc.

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