Macron: Un premier gouvernement taillé pour les législatives... et tant pis pour les promesses!

COMPOSITION Emmanuel Macron a nommé notamment des grognards de la politique dans la perspective des législatives…

Thibaut Le Gal

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Photomontage Macron, Le Drian et Le Maire

Photomontage Macron, Le Drian et Le Maire — DR

Cette liste-là, on l’attendait un peu comme celle d’un sélectionneur des Bleus avant une Coupe du monde de football. Il faut dire qu’Emmanuel Macron avait fait monter la sauce en repoussant l’annonce de 24 heures. Le chef de l’Etat avait aussi fait pas mal de promesses sur ce futur gouvernement. Au final, l’équipe d’Edouard Philippe, le Premier ministre, alterne poids lourds aux postes clés et société civile avec l’objectif d’obtenir une majorité aux législatives de juin prochain.

« Des promesses tenues »… en partie

« Les promesses sont tenues », s’enthousiasme Aurore Bergé, soutien de Macron et candidate La République en marche dans les Yvelines. « Sur le renouvellement, la diversité politique, l’introduction de la société civile [11 membres sur 23] et la parité, le président a tenu parole sur les objectifs fixés ». Si l’on regarde dans le détail, la réalité est plus nuancée.

Macron candidat, promettait que son équipe gouvernementale serait composée « pour moitié de femmes, y compris à des ministères de premier plan ». La parité stricte est bien respectée (11 femmes, 11 hommes sans compter le Premier ministre), mais les trois ministres d’Etat sont donnés aux hommes, et seule un ministère régalien sur quatre est dirigé par une femme, Sylvie Goulard aux Armées. Oublié aussi, le «  ministère plein et entier des Droits des femmes ».

« Je note qu’on a un ministre des Armées qui est une femme, et un ministre des Sports [Laura Flessel] qui est une femme, les symboles sont là et la parité respectée », défend Aurore Bergé.

« Un gouvernement à deux facettes »

Emmanuel Macron avait également promis le « renouveau des visages » au sein de sa future équipe fin mars, laissant entendre qu’il n’installerait pas d’anciens ministres. Jean-Yves Le Drian, Bruno Le Maire, François Bayrou, et Annick Girardin sont finalement de la partie.

« C’est un gouvernement à deux facettes : on trouve des vieux routiers de la politique, Le Drian, Collomb, Bayrou et aussi des professionnels issus de la société civile comme Macron s’y était engagé, avec une éditrice à la Culture, un médecin à la Santé… », note Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l’Iris. « Les figures connues et populaires de la classe politique sont là pour rassurer sur les questions régaliennes et contrebalancer l’image d’un président de 39 ans qui n’avait jamais été élu, et un Premier ministre de 46 ans qui n’a pas d’expérience ministérielle ».

« Important d’avoir des combattants pour nous aider aux législatives »

Les briscards seront d’ailleurs utiles pour obtenir une majorité à l’Assemblée. « C’est important d’avoir de bons chefs de file, des combattants pour nous aider aux législatives », reconnaît Aurore Bergé. « Le gouvernement aura un double objectif : mettre en place le projet et faire campagne pour La République en marche ».

Dans cette perspective, l’alliage politique de la nouvelle équipe n’est pas anodin : quatre socialistes (dont deux avaient rejoint En marche!), deux radicaux de gauche, trois centristes, trois LR, et un symbole écolo avec Nicolas Hulot. « C’est un microcosme de ce que pourrait être la future majorité, même s’il n’y a ni UDI, ni proches de Valls », avance Eddy Fougier.

Pour le politologue, les prises de droite sont maigres, mais devraient déstabiliser Les Républicains. « Certes, Le Maire, Darmanin et Philippe ne sont pas des poids lourds et LR limite la saignée annoncée : pas de Borloo, de NKM ou de Raffarin, mais sur le fond, le gouvernement sera difficile à attaquer. La droite tient Matignon et Bercy, Jean-Michel Blanquer à l’Education est un proche de Baroin et Collomb et Bayrou pourront difficilement être taxés de laxisme à l’Intérieur et la Justice ».

En réponse, Bernard Accoyer, secrétaire général du parti, a lui tranché : ceux qui ont rejoint le gouvernement « ne font plus partie des Républicains ».