VIDEO. Macron: Un gouvernement pour seulement un mois, ça va servir à quoi?

POLITIQUE Le premier gouvernement d'Edouard Philippe devrait durer jusqu'aux législatives...

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron lors de sa visite à Berlin pour rencontrer Angela Merkel, le 15 mai 2017.

Emmanuel Macron lors de sa visite à Berlin pour rencontrer Angela Merkel, le 15 mai 2017. — action press/Shuttersto/SIPA

Un gouvernement déjà condamné. Emmanuel Macron  a enfin mercredi la première équipe de son quinquennat. Ce gouvernement resserré « sera rassembleur de compétences », a précisé Edouard Philippe, le nouveau Premier ministre mardi soir. Les 22 ministres ne devraient pourtant pas faire long feu.

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« C’est une coutume républicaine : le gouvernement démissionne traditionnellement après les élections législatives. Il est normal que le premier gouvernement ne dure que quelques semaines. Cela a été le cas par le passé de Mauroy 1, Rocard 1, Raffarin 1, Fillon 1 et Ayrault 1 », énumère Michel Lascombe, agrégé en droit public et professeur de droit constitutionnel Sciences-Po Lille. Reste une question : que peut faire un gouvernement pendant un tout petit mois ?

1. Faire campagne

Ce sera le gros du boulot. Edouard Philippe, qui sera en première ligne pour cette bataille, ne s’en est d’ailleurs pas caché : le gouvernement devra « donner une majorité de progrès » au président de la République.

« Le premier gouvernement répond généralement à une logique de commando, pour espérer surfer sur la présidentielle et avoir la majorité après les lésiglatives. Le choix d’Edouard Philippe pour attirer la droite modérée correspond à cette logique », avance Nicolas Roussellier, historien et enseignant à Sciences po. « De mai à juin, ce sera le gros du travail. Le chef du gouvernement et ses ministres vont faire campagne et la tournée des meetings », ajoute l’auteur de La Force de gouverner (Gallimard).

Généralement, le parti perdant en mai fait campagne pour limiter la casse. « Mais cette fois, le scrutin est inédit », précise Michel Lascombe. « Jusqu’à présent, on occultait un peu les législatives car le résultat confirmait la présidentielle. Cette fois, PS et LR ont un esprit de revanche. »

2. Dessiner les contours du futur projet (sans faire de boulette)

Les ministres ont quelques semaines pour montrer les grandes orientations à venir. « Comme le parti qui remporte la présidentielle gagne généralement les élections, le gouvernement se place dans cette hypothèse : il commence à préparer les textes de la session parlementaire exceptionnelle de juillet », avance Nicolas Roussellier. Premiers chantiers annoncés : le projet de loi de moralisation de la vie publique, attendu en Conseil des ministres avant les élections législatives et la loi d’habilitation qui permettrait la réforme du droit du Travail par ordonnances.

Mais attention aux boulettes. En 2007, le ministre de l’Economie Jean-Louis Borloo avait évoqué la TVA sociale, piégé par Laurent Fabius le soir du premier tour. Un aveu qui aurait coûté plus de 50 sièges à la droite.

3. Faire face à l’imprévu

« Ce n’est pas écrit dans la Constitution, mais c’est une tradition républicaine : l’exécutif attend que le peuple s’exprime avant de mettre en place son projet. Il peut y avoir des décrets mais sur des lois déjà votées, ce sera marginal », assure Michel Lascombe. Pour le reste, les ministres expédient les affaires courantes, et doivent se tenir prêts en cas d’imprévu, poursuit Nicolas Roussellier. « S’il y a un attentat, ou une catastrophe naturelle, le ministre responsable doit être réactif. Enfin, Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait réformer la haute administration, et les ministres y seront associés ». Un petit mois finalement bien chargé.