Emmanuel Macron et François Bayrou, alliés, lors d'un meeting à Pau le 12 avril 2017.
Emmanuel Macron et François Bayrou, alliés, lors d'un meeting à Pau le 12 avril 2017. - Bob Edme/AP/SIPA

Alors que le mandat d’Emmanuel Macron débute aujourd’hui, 20 Minutes a demandé à trois experts de décrypter l’idée qu’il se fait de la fonction présidentielle. Christian Delporte est historien spécialiste d’histoire politique, Bruno Cautrès chercheur au CNRS et au Cevipof, et Eddy Fougier politologue et chercheur associé à l’Iris.

A quoi fait référence le terme président « jupitérien » ?

Christian Delporte. A un président qui prend de la hauteur, du recul, qui fixe le cap. Un chef de l’Etat au-dessus de la mêlée : c’est finalement un retour aux sources de la Constitution de la Ve République. Cela correspond à ce qu’attendent majoritairement les Français de leur président : une volonté de s’inscrire dans une histoire longue, au-delà des querelles partisanes.

Bruno Cautrès. C’est une formule que l’on utilise depuis peu, dans la lignée des figures de styles telles que « maître des horloges » ou des « pouvoirs régaliens » du président de la République. Une référence à la mythologie romaine où Jupiter est le maître des autres dieux et de tous les êtres vivants. Cela décrit un président qui représente pleinement le pouvoir exécutif suprême.

Eddy Fougier. Avec le président « jupitérien », on évoque le monarque républicain à la parole rare. C’est un retour au schéma « rassurant » de l’exercice de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand qui collait à l’esprit de la Ve République.

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Que cela dit-il du style de la présidence d’Emmanuel Macron ?

B. C. Il souhaite restaurer la solennité du pouvoir présidentiel, en rupture avec le mandat de François Hollande, mais aussi celui de Nicolas Sarkozy. Cela s’inscrit par ailleurs dans le « renouvellement » qu’il prône et va aussi lui permettre de balayer les critiques sur son jeune âge, le fait qu’il n’ait jamais été élu auparavant. Il s’est rendu compte que, depuis dix ans, il n’y avait pas eu de fil rouge, de narration du mandat : il veut y remédier. C’est d’ailleurs frappant de constater que depuis son élection il est désormais dans un registre sobre, loin du style flamboyant, lyrique, de ses meetings de campagne.

C. D. Il veut resacraliser la fonction, redorer le blason présidentiel. La parole omniprésente de Nicolas Sarkozy et la présidence de l’anecdote de François Hollande ont abouti à une baisse de portée de la parole présidentielle, qui a elle-même affaibli les institutions. Il s’agit de retrouver le respect pour la fonction qu’il n’y a plus aujourd’hui. C’est finalement un retour à une certaine normalité, à ce que doit être un président sous la Ve.

E. F. J’y vois une cohérence avec sa façon de remettre en cause la façon de faire de la politique. Peut-être aussi une volonté de vraie rupture avec François Hollande, puisqu’on l’a accusé pendant la campagne d’être son héritier. Emmanuel Macron, pour quelqu’un de moins de 40 ans, a finalement une vision très classique de la fonction présidentielle.

A l’heure des réseaux sociaux et de l’emballement médiatique, est-il encore possible d’incarner ce type de présidence ?

B. C. Oui, sa chance est que les Français ont élu Emmanuel Macron plutôt que le numéro 1 d’En marche ! Il incarne un projet sur son seul nom. Il pourra ainsi être un président-gouvernant qui impulse, tout en gardant de la distance. Mais c’est avant tout un communicant et un homme de son époque : je le vois s’adresser beaucoup aux Français, rendre des comptes. Il sera de ce point de vue très intéressant de voir quel rôle aura son Premier ministre, on peut penser à un retour par la même occasion à sa fonction originelle de « fusible ».

E. F. Non, il y aura une pression quotidienne sur lui pour qu’il se positionne sur tel ou tel sujet. A la différence de Nicolas Sarkozy, il ne sera pas tout le temps dans les médias, mais l’époque fait qu’il sera obligé de descendre dans l’arène. Il devra aussi faire attention à ce que, par son positionnement « jupitérien », il ne renvoie pas l’image de quelqu’un de reclus sous les dorures de l’Elysée, loin des préoccupations quotidiennes des Français.

C. D. Ce sera toute sa difficulté : concilier la modernité de son action et de son énergie avec sa volonté de s’inscrire dans la continuité du temps long. D’autant plus qu’il est le plus jeune président de la Ve République et que les Français le perçoivent pour l’instant plus comme un manager. En revanche, il sera l’anti-Trump : on ne le verra pas tweeter, par exemple.

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