Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour de l'élection présidentielle, sur le plateau du JT de France 2, le 24 avril 2017.
Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour de l'élection présidentielle, sur le plateau du JT de France 2, le 24 avril 2017. - AFP

Aux Etats-Unis, Sean Spicer et Kellyanne Conway, les lieutenants de Donald Trump, ont inventé le concept des « fais alternatifs ». Marine Le Pen a poussé l’idée plus loin, mardi soir, sur TF1. Alors que les journalistes soulignaient que selon l’Insee, les prix n’avaient pas explosé après le passage à l’euro, la candidate du Front national a rétorqué, sans sourciller : « Les chiffres mentent ». De quoi faire s’étrangler les professeurs de mathématiques.

Un chiffre, dans ce contexte de l’inflation, c’est une comparaison entre des prix. Si une baguette de pain coûtait en moyenne 87 cents en 2014 contre 68 cents en 2002, son coût a augmenté de 28 %. C’est un fait. Et à moins de vouloir remettre en question les règles de l’arithmétique, un chiffre, par essence, ne connaît pas le concept du mensonge. L’homme, en revanche, c’est une autre affaire.

« L’explosion des prix » à cause de l’euro

Marine Le Pen l’affirme, « les Français ont constaté l’explosion des prix au moment du passage à l’euro ». Les journalistes de TF1 la contredisent alors : « Tous les chiffres, de l’Insee et Eurostat, disent le contraire, l’euro a permis de limiter l’inflation », et depuis son lancement en 2002, « les salaires ont augmenté en France plus vite que les prix ».

Amusée, la candidate répond d’abord en parlant de l’immigration puis revient à l’inflation. « Et bien madame, les chiffres mentent », répond Marine Le Pen, répétant la fin de la phrase de son interlocutrice.

Une inflation relativement constante

Dans les faits, l’inflation, qui était supérieure à 3 % au début des années 90, a oscillé atour de 2 % depuis (moyenne de 1,4 % par an exactement), sous l’effet de la politique de la Banque centrale européenne.

Ce qui induit en erreur, c’est que même si l’inflation semble faible chaque année, les montants se multiplient, par la formule des intérêts composés. En regardant l’inflation cumulée, on voit que les prix ont globalement grimpé d’environ 50 % depuis 1991. Mais la progression reste relativement constante, avant et après l’euro.

L’inflation n’est pas le coût de la vie

Ce que Marine Le Pen peut en revanche contester avec justesse, c’est que l’inflation, comme le rappelle l’Insee, est différente du coût de la vie. L’inflation est basée sur l’indice des prix à la consommation, qui mesure l’évolution d’un panier de biens et de services pour l’ensemble de la population. Mais elle ne prend pas en compte les différences de consommation de chaque foyer.

Si le prix de l’essence explose, un fermier sera plus affecté qu’un Parisien qui prend le métro. Et un ouvrier consacre une part plus importante de ses revenus à son logement qu’un cadre. « Nous ne sommes pas égaux face à l’inflation », rappelait dans une tribune l’ancien président de l’Association pour l’emploi des cadres, Eric Verhaeghe. En somme, les chiffres ne mentent pas à l’échelle nationale, mais la réalité et le ressenti sont différents pour chaque électeur. Et Marine Le Pen l’a bien compris.

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