Candidats d'extrême droite surcrédités dans les sondages?: «En ligne, il n’y a pas de vote honteux»

INTERVIEW Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique chez Harris Interactive, analyse pour 20 Minutes les intentions de vote des électeurs de l'extrême droite...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Marine Le Pen en meeting à Saint-Raphaël (Var), le 15 mars 2017.

Marine Le Pen en meeting à Saint-Raphaël (Var), le 15 mars 2017. — BORIS HORVAT / AFP

A entendre les sondages, c’est Marine Le Pen qui est en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle en France, le 23 avril prochain, talonnée de très près par Emmanuel Macron (25,5 %), selon un sondage Ifop-Fiducial diffusé mercredi. Mais, faute de boule de cristal, il faudra s’armer de patience pour voir si les prévisions étaient justes.

Ce mercredi aux Pays-Bas, le candidat populiste et anti-islam d’extrême droite a quant à lui été battu aux élections législatives, lui qui a longtemps été donné favori dans les sondages. Faut-il s’attendre à un scénario similaire en France ? Les intentions de vote des électeurs FN sont-elles « surcréditées » ? Y a-t-il encore aujourd’hui un vote honteux ? Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique chez Harris Interactive, répond aux questions de 20 Minutes.

Geert Wilders, battu ce mercredi aux législatives néerlandaises, a longtemps caracolé en tête des sondages. Aujourd’hui, c’est Marine Le Pen qui est en tête des intentions de vote en France : est-elle « surcréditée » ?

Il faut tout d’abord relever qu’il y a eu une inflexion des intentions de vote aux Pays-Bas. Longtemps en tête, Geert Wilders a baissé dans les sondages à mesure que se rapprochait le scrutin. Mais quand on observe les chiffres depuis 2012, on constate toutefois qu’il y a eu une progression de l’extrême droite néerlandaise en termes de voix. Il y a eu une montée indéniable, mais elle a été moins importante que ce que donnaient les sondages.

En France, les dynamiques sont bien identifiées, et les intentions de vote ne se regardent pas sous la même lumière qu’aux Pays-Bas, on n’est pas dans le même registre. Ici, on observe, en particulier depuis 2012, que les scores crédités au FN par les instituts de sondages sont très proches des résultats réels exprimés dans les urnes. Qu’il s’agisse du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, des élections européennes de 2014, où le FN a rencontré un grand succès, ou encore les régionales de 2015, auxquelles le parti frontiste a battu un record de voix, les intentions de vote ont globalement été bien identifiées et créditées.

Lorsqu’ils sont sondés, les électeurs d’extrême droite livrent-ils ouvertement leurs intentions de vote ?

Absolument, d’autant plus qu’ils sont sondés par Internet. En ligne, il n’y a pas de vote honteux. Les électeurs sont donc tous très libres de dire ouvertement pour qui ils ont l’intention de voter, même ceux de François Fillon qui, sondés par Internet, n’ont pas de souci particulier à assumer leur choix.

Par ailleurs, à la différence d’autres pays, dont les Pays-Bas, le vote d’extrême droite en France ne se structure pas qu’autour du rapport à l’islam, à l’immigration et à la sécurité. Les électeurs du FN se reconnaissent aussi dans les valeurs défendues autour de la République en général, et dans de nombreux domaines, de la solidarité aux retraites, en passant par les services publics.

Et cette libéralisation du vote FN s’est aussi renforcée sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, qui a, avec un succès mitigé, dragué cet électorat, contribuant à opérer une droitisation de l’échiquier politique.

Marine Le Pen pourrait-elle, comme Geert Wilders, trébucher à la veille du scrutin ?

L’un des atouts majeurs de Marine Le Pen, c’est qu’elle bénéficie d’une situation plutôt favorable où elle n’a pour l’instant pas besoin de faire campagne en tant que tel pour être identifiée par son électorat. Pour l’instant, il n’y a pas encore eu de grands débats, mais il est intéressant de voir comment, dans les prochaines semaines, elle va ou non réussir à se démarquer et conserver son avance à mesure que les débats vont s’intensifier et que les autres candidats vont eux aussi rentrer dans le dur de la campagne.