Visite de François Hollande au siège du Grand Orient de France: Pourquoi le Président est-il allé chez les francs-maçons?

VISITE François Hollande a rendu visite – la première pour un président de la République en exercice – au siège du Grand Orient de France ce lundi…

L.C.

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François Hollande en visite au musée de la Franc-Maçonnerie, le 27 février 2017 à Paris.

François Hollande en visite au musée de la Franc-Maçonnerie, le 27 février 2017 à Paris. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL / AFP

Une visite historique. François Hollande est devenu le premier président français en exercice à se rendre au siège parisien du Grand Orient de France, la principale obédience maçonnique, ce lundi. Pourquoi ce déplacement ? Sur le papier, il s’agit de célébrer la naissance de la franc-maçonnerie moderne, il y a trois siècles, à Londres. Mais quel est le sens de cette visite ?

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« Un signe assez ostensible de sa conception laïque de l’Etat »

La franc-maçonnerie comprend différentes obédiences. Le choix du Grand Orient de France (GOF) « n’est pas anodin », explique Serge Moati*, ancien initié de la Grande Loge de France, qui « comme la Grande Loge nationale française, est plus spiritualiste ». En revanche, « au sein du GOF, on débat des choses de la cité et notamment de la laïcité, car la loge a été l’artisan de la loi de 1905 [sur la séparation des Eglises et de l’Etat] ».

Pour l’historien Jean Garrigues**, cette visite est « un signe assez ostensible de la conception laïque de l’Etat » du chef de l’Etat. Lorsqu’il était candidat à la présidence, en 2011, François Hollande était venu au siège du GOF, comme d’autres candidats. Il s’était notamment engagé à inscrire le principe de la loi de 1905 dans la Constitution, une promesse non tenue. « Cette visite, c’est une sorte de salut, alors qu’il s’en va, à une force spirituelle et républicaine avec laquelle il a sûrement des affinités », estime Serge Moati, qui a réalisé deux documentaires sur la franc-maçonnerie (Voyage au pays des francs-maçons en 1989 et Mes questions sur la franc-maçonnerie en 2014).

Un symbole à la portée électorale limitée

A moins de trois mois de la fin de son mandat, le chef de l’Etat a souligné dans son discours l’engagement des francs-maçons pour la laïcité, en insistant sur les principes de la « neutralité de l’Etat » et l'« impartialité des fonctionnaires ». « Je n’accepterai jamais que l’on puisse mettre en cause les fonctionnaires dans notre République au prétexte qu’ils appliquent la loi et qu’ils font en sorte que la justice puisse travailler », a-t-il affirmé, dans une allusion à peine voilée aux attaques de Marine Le Pen, dimanche. Rappelons que le GOF accueille des membres de toute sensibilité politique, à l’exception de l’extrême droite.

Pour un président qui ne se représente pas et qui ne soutient pas officiellement de candidat à sa succession, l’intérêt électoral d’une telle visite semble toutefois limité. « Il ne va pas chercher des voix. C’est plutôt une opportunité de rappeler les grands principes fondamentaux de la République », note l’historien de la franc-maçonnerie Denis Lefebvre***. Et de « sculpter son image pour la postérité, de travailler son legs en insistant sur la laïcité », complète Jean Garrigues.

Est-ce parce qu’il ne se représente pas que François Hollande a décidé de rendre un hommage appuyé aux francs-maçons ? Cette visite a suscité l’indignation d’une partie de l’extrême droite, historiquement opposée aux francs-maçons. Elle pourrait aussi générer des questions chez les Français, la franc-maçonnerie n’ayant pas toujours bonne presse. Et si c’était les francs-maçons qui avaient le plus à y gagner ? « Cette visite est très importante pour l’image de la franc-maçonnerie, c’est une reconnaissance de sa place dans la société », estime Denis Lefebvre.

 

* auteur de Juifs de France, pourquoi partir ? (Stock, 2017).

** auteur avec Jean Ruhlmann d’Elysée circus. Une histoire drôle et cruelle des présidentielles (Tallandier, 2016).

*** auteur d’Arthur Groussier : le franc-maçon réformiste (Conform Editions, 2016).