Marine Le Pen, féministe? «Une belle arnaque», estime Osez le féminisme

FRONT NATIONAL « Pour la présidente du FN, les femmes ne sont qu’une cagnotte électorale », explique l’association qui lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes…

Propos recueillis par H.B.

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Marine Le Pen a refusé de porter le voile pour rencontrer le mufti de Beyrouth.

Marine Le Pen a refusé de porter le voile pour rencontrer le mufti de Beyrouth. — Hussein Malla

Marine Le Pen, fervente défenseure des droits des femmes ? C’est en ces termes que Florian Philippot, vice-président du Front national, a qualifié ce mardi sa présidente après  le refus de cette dernière de se voiler lors d’une rencontre avec le mufti de Beyrouth, dans le cadre de son déplacement au Liban. « Un magnifique message de liberté et d’émancipation envoyé aux femmes de France et du monde entier », a tweeté le député européen.

Cette polémique, que beaucoup qualifient déjà de belle opération de com', tombe à point nommé dans la campagne électorale. Depuis quelques mois, le parti d’extrême droite cherche à séduire l’électorat féminin, Marine Le Pen s’étant à plusieurs reprises posée en gardienne du droit des femmes. Mais qu’en est-il réellement ? Décryptage avec Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’ Osez le féminisme, une des principales associations de défense du droit des femmes en France.

Refuser de se voiler, est-ce un acte féministe ?

« La question n’est pas là. Ce qui s’est passé au Liban est une vaste opération d’enfumage, une stratégie de com' montée de toutes pièces, une scène ultra-théâtralisée. Si Marine Le Pen ne voulait pas se voiler, alors pourquoi a-t-elle pris rendez-vous avec le mufti de Beyrouth ? La défense du droit des femmes, ça n’est malheureusement pas un sketch. C’est un vrai combat pour lequel nous luttons tous les jours, et avec ce genre d’action, Marine Le Pen considère les femmes comme des cruches. A ses yeux, nous ne sommes qu’une cagnotte électorale ».

Marine Le Pen est une femme politique, présidente de parti, divorcée et mère de trois enfants. N’est-ce pas une forme de féminisme ?

« On juge les gens par ce qu’ils font, sur leur programme, leurs idées. Il y a une différence entre être une femme et être une féministe. Marine Le Pen n’a jamais défendu le droit des femmes, et je pense, ne le fera jamais. Elle a beau citer Simone Veil ou Elisabeth Badinter dans ses discours, ça ne change rien. Une personne, et, d’une manière générale, un parti qui construit ses idées autour de la haine, du rejet de l’autre ne peut pas se revendiquer féministe. A notre concours sur « les grandes arnaques sexistes » que nous organisons pour le 8 mars [Journée de la femme], elle va finir sans problème sur le haut du podium. »

Le Front national défend-il le droit des femmes ?

« Le programme du FN pour la présidentielle 2017, c’est 24 pages pour 144 propositions. Et le mot « femmes » n’est cité que deux fois. Tout est résumé... Le parti parle d’égalité salariale hommes-femmes, mais ne développe aucune mesure. Le FN évoque aussi la mise en place d’un « salaire maternel », [une proposition du FN qui permettrait aux femmes d’abandonner leur travail et de bénéficier de 80 % du Smic pendant trois ans pour élever leurs enfants], c’est une mesure mal pensée, et très critiquable sur le fond. Rien n’est fait au FN pour défendre les femmes. Au contraire, ils nous mettent des bâtons dans les roues. Ce qu’il se passe en Ile-de-France avec le centre Hubertine-Auclair en est une belle illustration. Le conseiller régional et trésorier du FN Wallerand de Saint-Just a proposé de couper les subventions allouées à ce centre francilien de ressources sur l’égalité femmes-hommes. Et il a ouvertement déclaré combattre l’égalité hommes-femmes… »