On a analysé la playlist de Benoît Hamon avec André Manoukian

MUSIQUE Le candidat socialiste a publié une dizaine de titres sur son site de campagne…

Coralie Lemke

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Dans les oreilles de Benoît Hamon,  surtout des chanteuses aux voix suaves.

Dans les oreilles de Benoît Hamon, surtout des chanteuses aux voix suaves. — CAPTURE D'ECRAN/SOUNDSGOOD

C’est jazzy, ça swingue un peu et on se demande si c’est ce que Benoît Hamon écoute vraiment en peaufinant ses discours. Une playlist intitulée Dans les oreilles de Benoît Hamon se trouve en page d’accueil de son site de campagne. Huit titres en tout, avec des chansons de Melody Gardot, Nina Simone et Ella Fitzgerald, entre autres.

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A priori, pas de rapport direct avec son ambition politique. « Il y a vraiment beaucoup de choses folles qui font que je continuerai à t’aimer », « Comment puis-je lui dire que je l’aime », « Avec ton baiser, ma vie commence », toutes les chansons parlent d’amour ou de séduction. « Clairement, on ne peut pas dire que ce soit une playlist de gauche ou une playlist très engagée. Sinon, il aurait plutôt mis du reggae ou du Tryo. Là c’est sensible et sans remous », sourit Elodie Mielczareck, sémiologue comportementaliste.

Selon elle, la musique et ses stimuli auditifs sont une bonne stratégie pour se rapprocher des électeurs. « Ça permet de faire parler de lui avec autre chose que de la politique politicienne. C’est une manière d’entrer dans son intimité. Même le titre, Dans les oreilles de Benoît Hamon, suggère qu’on puisse entrer dans ses pensées. Quand on connaît les goûts musicaux de quelqu’un c’est qu’on en est proche. »

Son équipe de campagne assure pourtant que la démarche est spontanée. « Benoît écoute de la musique toute la journée. Un jour, il est arrivé en réunion et nous a proposé de mettre un peu de musique sur son site. Il a regardé quels titres il avait écouté les dernières semaines et on les a mis en ligne », explique Emma Ghariani, chargée de mission auprès du candidat PS.

 

Pour savoir ce que disent ces choix musicaux, 20 Minutes a analysé les huit morceaux avec André Manoukian, pianiste et spécialiste de jazz.

Concha Buika - Cancion de las simples cosas

André Manoukian : « Avec ce titre, Benoît Hamon explore son côté latin. C’est un peu caliente. « Il faut parler avec le Sud » disait François Mitterrand. Là, Benoît Hamon met en application les conseils d’un ancien président socialiste. »

Lisa Ekdahl - Stranger on earth

A.M. : « Lisa Ekdahl, c’est le grand Nord. Un jazz sans affect mais pas froid pour autant. On voit le côté janséniste de Benoît Hamon. Sobre, tendance Ikea. »

Melody Gardot - Baby I’m a fool

A.M. : « Cette chanson est à tomber par terre. On est en plein dans les années 40 et on s’imagine entre Marylin Monroe et Calamity Jane. »

Nina Simone - Wild is the wind

A. M. : « Voilà une chanson pleine de spiritualité, interprétée par Nina Simone, une véritable papesse. »

Jan Johansson - Visa från Utanmyra

A. M. : « Je ne connaissais pas du tout ce titre. On voit que Benoît Hamon est un formidable curateur et qu’il est porteur de nouveauté. »

Eliane Elias - The Girl From Ipanema

A. M. : « Alors là, Benoît Hamon nous fait une petite Jean-François Copé ! The girl from Ipanema, c’est ce qu’il jouait au piano. Je mets un bémol ! »

Ella Fitzgerald, Louis Armstrong - They can’t take that away from me

A.M. : « '' Ça, ils ne me l’enlèveront pas.'' Il y a peut-être un message caché dans le titre de cette chanson ? En tout cas, c’est un grand classique qui s’est bonifié avec le temps. On fait du moderne avec de vieilles recettes. Un peu comme Benoît Hamon en fait. »

Django Reinhardt - Minor swing

A.M. : « Django Reinhardt est passé d’une roulotte à Saint-Ouen à Carnegie Hall à New-York. C’est sûrement ce genre de trajectoire que se souhaite aussi Benoît Hamon. »