Emmanuel Macron lors de son meeting à Lyon le 4 février 2017.
Emmanuel Macron lors de son meeting à Lyon le 4 février 2017. - Michel Euler/AP/SIPA

« On me reproche de n’avoir pas de programme, mais, ce qui compte, c’est le projet ». Dans l’Obs daté du 16 février, Emmanuel Macron, à la tête du mouvement En marche !, répond aux critiques qui lui reprochent de ne pas avoir énoncé de propositions concrètes. Officiellement candidat à la présidentielle depuis le 16 novembre, cela ne l’a pourtant pas empêché de remplir des salles de meeting, comme à Paris ou à Lyon récemment.

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« Macron incarne une attitude ou une vision générale. Et ça fonctionne. Son succès n’est pas une bulle médiatique. Rien que pour ça, on peut dire qu’il a déjà réussi sa campagne présidentielle », analyse Bruno Cautrès chercheur CNRS au Cevipof. Le candidat dévoilera tout de même les grands axes de son projet le 2 mars. « Il annoncera dix priorités pour la France. Dix axes qui méritent une véritable transformation », explique Benjamin Griveaux, son porte-parole. « Il est temps que les politiques appliquent vraiment ce qui est annoncé. »

S’appuyer sur sa personnalité plutôt que sur des promesses, rien de nouveau dans la Ve République selon Christian Delporte, spécialiste d’histoire politique. « De Gaulle et Pompidou ont été élus pour leur stature. Ils n’avaient pas de programme. Même Mitterrand, qui avait émis ses 110 propositions. A l’époque, les électeurs ont surtout voté pour la gauche. » La notion de propositions concrètes ne serait apparue qu’à partir de 2002.

Les engagements, rien que des mirages

Pas impossible de se passer de propositions, donc, quand on sait haranguer les foules. « Le programme est un document alors qu’une campagne présidentielle constitue surtout un exercice oral », explique Julien Vaulpré, expert en opinion et directeur général de Taddeo, un cabinet de conseil en communication. Selon lui, l’absence d’annonces permettrait de se protéger. « Les programmes sont désormais vus comme une machine à mensonges par les électeurs. Car les programmes sont truffés de promesses non tenues. »

« Même sur le plan sémantique, les candidats tentent de s’éloigner le plus possible du terme de promesse », poursuit Bruno Cautrès. Tandis que Benoît Hamon parle de « projet » sur son site internet, Marine Le Pen a choisi de dévoiler 144 « engagements » et Emmanuel Macron passe « un contrat » avec les Français.

L’extrême inverse : 1000 pages très détaillées

Certains candidats ont choisi le parti-pris inverse, comme Bruno Le Maire. Le candidat à la primaire des Républicains, qui a recueilli 2,4 % des suffrages, avait mis en ligne un e-book de plus de 1000 pages pour détailler ses propositions.

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« Si c’était à refaire, on publierait le même ouvrage mais en mettant plus en avant les messages essentiels », explique Olivier Bouchery, responsable à l’époque du programme de Bruno Le Maire, qui a aujourd’hui rejoint l’équipe programme de François Fillon. « Nous avons vraiment la conviction qu’il faut en dire le plus possible. Il n’y a rien de pire que de se contenter de slogans et d’entretenir de l’ambiguïté avec le corps électoral. »


« Les électeurs sont désabusés mais pourtant, ils attendent des propositions. C’est d’ailleurs ce qui explique le succès de Benoît Hamon. Il est associé à des mesures très précises », complète Julien Vaulpré. « Et puis il faut bien une base pour évaluer la réussite d’un quinquennat », renchérit Olivier Bouchery.

« Aujourd’hui, tout le monde doit s’y retrouver. Les femmes, les cadres, les ouvriers, les pêcheurs… Il doit y avoir une mesure qui plaît à chacun pour recueillir leur vote », analyse Christian Delporte. Alors, faut-il encore avoir un programme en 2017 ? Oui, à condition qu’il ne ressemble pas à un catalogue. Il faut privilégier des propositions ciblées, qui permettent aux électeurs de s’y identifier.

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