Marine Le Pen n’a pas été la seule personne surprise en découvrant l’invité-mystère de David Pujadas et Léa Salamé sur le plateau de L’Emission politique, jeudi soir. Ce « ooooh » mi-étonné mi-agacé a été transformé en gif dès sa diffusion, pendant que plusieurs internautes s’indignaient de la présence de Patrick Buisson, DG de la chaîne Histoire, ancien directeur de la rédaction du journal d’extrême-droite Minute et ex-conseiller très spécial de Nicolas Sarkozy, pour apporter la contradiction à la candidate du Front national à la présidentielle.

Le principal reproche adressé à France 2 par ces utilisateurs de Twitter porte sur le côté ton sur ton du débat, Marine Le Pen étant politiquement originaire de l’extrême droite, comme Patrick Buisson. L’éditorialiste de Slate Claude Askolovitch a critiqué le procédé ce vendredi, l’assimilant à une tribune offerte à la grande famille de l’extrême droite : « Pour qui veut comprendre, cet homme n’est pas venu là pour rien. Il s’agit d’autre chose. Une soumission, selon ce mot utilisé surtout en islamophobie, au vent dominant de ce pays. Une allégeance de fait à l’atmosphère d’extrême droite, qui devient non pas la norme, mais le point de départ des raisonnements et des dialectiques. »

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Contactée par 20 Minutes, le directeur de l’information de France 2 Michel Field n’a pas répondu à nos sollicitations, mais se présente comme un  « ami » de Patrick Buisson, dont il disait dans un portrait du Figaro qu’il « est un des rares intellectuels de droite, un intellectuel organique de droite ». Entre la fin des années 90 et le milieu des années 2000, Patrick Buisson est passé par la chaîne LCI, où il a co-animé avec David Pujadas 100 % Politique et avec Michel Field Politiquement Show. La communication de France 2 déclare que la présence de Buisson est « totalement assumée, cette séquence de l’émission consistant à faire venir quelqu’un d’inattendu, à contre-courant, choisi en fonction des thématiques de l’invité principal ».

La rédactrice en chef de L’Emission politique, Alix Bouilhaguet, a justifié à Franceinfo le choix d’opposer à Marine Le Pen un contradicteur avec un tel pedigree : « On cherchait quelqu’un qui pouvait être à même de pointer du doigt ses failles, ses incohérences, ses faiblesses. On a beaucoup réfléchi et puis on s’est dit que Patrick Buisson pouvait tenir ce rôle. Parce qu’il est lui-même issu de l’extrême droite, qu’il a dirigé le journal Minute, qu’il est connu pour avoir aidé Nicolas Sarkozy à siphonner les voix du FN en 2007. »

Deux lignes au sein de la droite extrême

Le politologue spécialiste des droites radicales Jean-Yves Camus juge « l’idée intéressante et le pari inhabituel » car Patrick Buisson est « un homme d’une grande culture et d’une grande intelligence ». Selon lui, apporter la contradiction à la candidate du Front national par le biais d’une figure de l’extrême-droite change des oppositions auxquelles Marine Le Pen est habituée, à savoir un responsable politique de gauche (rôle joué par la ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem jeudi soir par exemple).

Pour Jean-Yves Camus, comme l’espérait la rédactrice en chef de l’émission, l’exercice a eu l’avantage de révéler deux lignes au sein de la droite radicale :

  • « Celle de Patrick Buisson, attachée aux racines chrétiennes de la France, d’inspiration catholique traditionnelle, qui structure la droite hors les murs dont font également partie Eric Zemmour et Robert Ménard. »
  • « Celle de Marine Le Pen, une droite que Buisson juge révolutionnaire pour ses emprunts aux idées de gauche. »

En somme, l’objectif de Patrick Buisson était de rappeler qu’il existe plusieurs droites radicales ou extrêmes, et de faire dire à la candidate FN laquelle a sa préférence. « Ce débat entre deux lignes a toujours été présent au sein de ce courant de pensée, mais devient beaucoup plus visible avec l’engagement de Marine Le Pen dans une voie opposée à celle de Buisson », conclut le chercheur et politologue. Contacté par 20 Minutes, l’ancien conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy n’a pas souhaité réagir.