Affaire Penelope Fillon: La situation peut-elle bénéficier à Marine Le Pen, elle aussi visée par des accusations d'emplois fictifs?

PRÉSIDENTIELLE L’affaire Penelope Fillon est « du pain béni pour le FN qui dénonce depuis 30 ans les élites politiques »...

L.C.

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Marine Le Pen à Paris, le 5 janvier 2017. François Fillon, lors d'un débat organisé par EBG (Electronic Business Group), le 31 janvier 2017, à Paris.

Marine Le Pen à Paris, le 5 janvier 2017. François Fillon, lors d'un débat organisé par EBG (Electronic Business Group), le 31 janvier 2017, à Paris. — CHAMUSSY/SIPA // Witt/SIPA

Elle est sortie de son silence. A son tour, Marine Le Pen a réagi mercredi à « l’affaire Fillon ». Chantre du rejet des élites corrompues, la candidate du Front national pourrait bénéficier de l’effondrement de l’image du candidat Les Républicains. Pourtant, elle est elle-même empêtrée dans une affaire d’assistant parlementaire européen.

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« Du pain béni pour le FN »

Au sujet de l’emploi fictif présumé de l’épouse de l’ancien Premier ministre, Marine Le Pen a estimé qu'« une relation de confiance est rompue (…) c’est à lui de tirer les conséquences ou à sa famille politique ». « Il s’est présenté en fondant sa candidature sur : « je suis le chevalier blanc », et en réalité au fur et à mesure on s’aperçoit que manifestement il a utilisé un certain nombre de manœuvres pour s’enrichir personnellement, en tout cas enrichir personnellement sa famille », a-t-elle poursuivi lors de l’émission Questions d’Info (LCP-AFP-Le Monde-France Info).

L’affaire Fillon est « du pain béni pour le FN qui dénonce depuis 30 ans les élites politiques », observe Gilles Ivaldi, chargé de recherches en sciences politiques au CNRS et à l’université de Nice-Sophia Antipolis. « Marine Le Pen va profiter en partie de la baisse de François Fillon dans les intentions de vote. Avec le morcellement de la gauche entre les candidats Hamon, Mélenchon et Macron, le contexte est favorable à la candidate », poursuit-il. A ces facteurs conjoncturels s’ajoute une tendance plus ancienne de progression du FN dans les intentions de vote. « C’est le scénario idéal pour se qualifier au second tour ».

L’affaire Fillon pourrait-elle rapporter des voix au FN ? Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Montpellier, est plus réservée : « il n’y a pas de transferts automatiques des électeurs de Fillon vers Marine Le Pen ».

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Stratégie de victimisation face à l’UE

L’exercice est toutefois délicat pour Marine Le Pen : comment taper sur l’emploi fictif de Penelope Fillon alors que la candidate doit rembourser 300.000 euros au Parlement européen qui l’accuse d’avoir employé sur des fonds européens deux assistants parlementaires qui auraient en réalité travaillé essentiellement comme permanent pour le FN ? Cette affaire « va à l’encontre d’une des lignes de communication du FN : « tête haute et mains propres », comme disait Jean-Marie Le Pen », note Emmanuelle Reungoat. « Cela met le parti en contradiction avec sa communication sur ses élus intègres, par opposition à une classe politique corrompue ».

Pour s’en sortir, Gilles Ivaldi remarque que « Marine Le Pen utilise un avantage : le FN est depuis toujours hors du système, contrairement à un candidat comme François Fillon. Marine Le Pen se pose en victime du système et de l’Union européenne, qui s’acharnerait sur elle car elle s’oppose à Bruxelles », explique Gilles Ivaldi.

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Retour en force dans l’agenda politico-médiatique

Après avoir été un peu éclipsée par les deux primaires, la candidate du FN a récemment dégainé quelques mesures fortes à J-80 du premier tour. Elle a annoncé ce jeudi une taxe pour les employés étrangers pour inciter à la préférence nationale. Elle a également déclaré mercredi que le rétablissement de la peine de mort, marqueur du FN historique, ne figure pas dans son programme (même si les Français pourront se prononcer via un référendum d’initiative populaire).

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« Elle avait anticipé que les primaires monopoliseraient les médias. Pendant cette séquence, des thèmes chers au FN ont été peu abordés, comme l’immigration, le chômage. Marine Le Pen vise désormais à réoccuper l’espace et à remettre ses enjeux au cœur de la campagne, reprendre la main sur l’agenda politique ». Dans cette optique, la candidate a participé le 21 janvier dernier au sommet de Coblence. Ce grand raout des europhobes « est un coup de pub et un bonus pour la légitimité et la stature internationale de Marine Le Pen », juge Emmanuelle Reungoat. Une forme d’instrumentalisation de l’Europe ? « L’affaire des assistants parlementaires révèle comment le FN utilise l’UE comme base arrière. Cela apporte une couverture médiatique et des ressources économiques ».

Prochain rendez-vous dans l’agenda de Marine Le Pen : la candidate lancera officiellement sa campagne présidentielle ce week-end à Lyon.