Primaire à gauche: Pour Malek Boutih, «Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste»

INTERVIEW Soutien de Manuel Valls, le député critique fortement les positions de Benoît Hamon sur la laïcité...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Le député PS Malek Boutih

Le député PS Malek Boutih — BERTRAND GUAY / AFP

La tension monte encore d’un cran. Manuel Valls a fustigé la position de Benoît Hamon sur la laïcité mardi, à la veille du dernier débat de la primaire à gauche. L’ancien Premier ministre a accusé son adversaire d'« ambiguïtés », et dénoncé les « risques d’accommodements » du député des Yvelines sur ces sujets. Contacté par 20 Minutes, Malek Boutih, député de l’Essonne, et soutien de Manuel Valls, tire à boulets rouges sur Benoît Hamon.

Benoît Hamon est-il « ambigu » sur les questions de laïcité ?

Ceux qui défendent la laïcité ont toujours un propos clair. Benoît Hamon, comme tous les Tartuffe, cultive une ambiguïté. C’est un peu, « cachez ce voile que je ne saurais voir ». Sa théorie est claire : il est normal qu’il y ait du communautarisme car les musulmans sont maltraités. Il justifie des comportements sexistes, mais aussi une montée de la radicalité.

Ces accusations rejoignent celles que faisait Manuel Valls contre l’« islamo-gauchisme », visant Clémentine Autain…

Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste et fait un appel du pied électoral. C’est une stratégie d’attrape-tout. Pour obtenir un vote, tout est valable. C’est le pire des discours possibles, un discours de faiblesse. Autour de lui, il y a un certain nombre de gens, comme Pascal Cherki [porte-parole de Benoît Hamon], qui vont encore plus loin et ont soutenu par exemple une réunion qui était interdite aux blancs.

Benoît Hamon a réagi ce matin, en estimant qu’il s’agissait d’accusations « graves »…

Elles sont graves. Mais les propos de Benoît Hamon sur le reportage de France 2* sont certainement les plus choquants que j’ai entendus depuis des années dans la classe politique (je mets de côté l’extrême droite). C’est la première fois que j’entends un leader politique donner une justification à l’interdiction des femmes dans les cafés, en disant que ce serait une tradition ouvrière

Pourquoi êtes vous contre le terme « d’islamophobe » ?

Ce mot est imposé par des forces islamistes, et a été importé en France par Tariq Ramadan. Quelle est la technique de ces gens-là ? Transformer toute réalité politique en réalité identitaire. Il faut voir sur les réseaux sociaux, tous les réseaux crypto-islamistes qui sont mobilisés contre Manuel Valls.

Valls est sur un terrain républicain. Benoît Hamon et ses amis sont dans une dérive identitaire lorsqu’ils justifient des comportements non-républicains. Ils sont absorbés par des termes et des concepts importés par des islamistes. Bien sûr, il peut y avoir un racisme anti-musulman qui existe. Mais il y a une deuxième question, qui est très grave aussi : Hamon et ses amis considèrent qu’on peut critiquer l’Église catholique mais pas les musulmans. Vous ne les verrez jamais utiliser le terme christiannophobe par exemple.

Gilles Clavreul [délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme] est sorti de sa neutralité pour soutenir Manuel Valls, qu’il considère le mieux placé pour combattre « le communautarisme et l’intégrisme ».

Il est sensible à ce débat et son soutien est important. J’appelle d’ailleurs tous les hauts fonctionnaires à ne pas accepter cette neutralité, qui revient à fermer sa bouche contre les fondamentalismes. La neutralité ne peut pas laisser notre espace public être mis en cause par les intégristes. Il faut sortir d’une neutralité qui peut s’apparenter à une lâcheté.

*Benoît Hamon avait déclenché une polémique mi-décembre. Invité à commenter un reportage montrant l’absence de mixité dans certains cafés de banlieues, notamment à Sevran (Seine-Saint-Denis), l’élu de Trappes avait souligné qu'« historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes ».