Un militant UPR en plein collage d'affiches à Gennevilliers le 10 janvier 2017.
Un militant UPR en plein collage d'affiches à Gennevilliers le 10 janvier 2017. - OPV/20Minutes

Pour qui emprunte régulièrement le périphérique parisien, la figure de François Asselineau est devenu familière. Le fondateur et unique image publique de l’Union populaire républicaine (UPR) a son visage placardé sur à peu près tout le pourtour de la capitale.

Mais pas besoin d’être francilien pour avoir entendu parler de l’UPR. Une connexion Internet suffit, tant les militants du mouvement sont actifs sur les réseaux sociaux et les sites d’actualité. Chez 20 Minutes, notre sondage maison lancé début décembre sur les prétendants aux 500 parrainages d’élus en vue de la présidentielle avait ainsi été pris d’assaut par ses cyberactivistes.

« Europhobe » et « ultra-souverainiste »

La ligne de l’UPR en bref : « On veut sortir de l’Union européenne et de la monnaie unique, quitter l’Otan, et rendre à la France sa souveraineté en se basant sur le programme du Conseil national de la résistance », résume Mimoun Ziani, médiateur à la mairie de Clichy-la-Garenne et tête de liste dans les Hauts-de-Seine lors des régionales 2015. Lors de ce scrutin, l’UPR avait présenté 1.971 candidats et obtenu 0,87 % des voix au niveau national.

Mimoun fait partie des quasiment 15.000 adhérents revendiqués par le parti à ce jour. Des effectifs souvent très jeunes (comme ce candidat aux régionales que 20 Minutes avait rencontré à Bordeaux) mais aussi exagérés, selon le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste des mouvements radicaux. « Mais on ne peut pas reprocher à Asselineau de pratiquer la gonflette, tous les partis le font », ajoute le spécialiste.

Radicaux, les membres de l’UPR le sont. « Ni de droite, ni de gauche », affirment-ils. Le ministère de l’Intérieur classe le mouvement dans la catégorie « divers ». Le Monde le qualifie d’« europhobe », les journalistes Dominique Albertini et David Doucet, auteurs d'un livre sur la «fachosphère», d’« ultra-souverainiste », et StreetPress ajoute l’adjectif « conspirationniste ». Et ses membres, comment se définissent-ils ? « Nous sommes un mouvement de libération nationale qui se veut réaliste », synthétise Julien*, 33 ans, vêtu d’un coupe-vent siglé UPR qu’il porte par-dessus son t-shirt représentant une pièce d’un franc.

« Si M. Asselineau n’était pas là pour signaler ces textes, personne ne le saurait ! »

Ce mardi soir de janvier, Julien, Mimoun et Nicolas, un ancien croupier de 28 ans, adhérent depuis quelques mois, embarquent pour l’une de leurs récurrentes tournées de collage d’affiches dans la périphérie parisienne. Ils le font quatre à cinq fois par semaine, à leurs frais (le parti fournit quand même la colle et les affiches). Ce sera à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, où Mimoun a ses marques. « J’ai arrêté l’athlétisme pour coller des affiches, l’endurance, ça me connaît », sourit-il.

Pendant qu’ils recouvrent un tiers de chacun des panneaux d’affichage occupés par les élus PCF du coin (« un tiers parce qu’on veut juste faire entendre notre voix, pas écraser celle des autres »), les trois hommes récitent par cœur les articles des textes de lois qui les intéressent. La sortie de l’UE : « L’article 50 du traité sur l’Union européenne », cite Nicolas, qui indique se balader avec la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen sur lui. La sortie de l’Otan : «  Article 13 du traité de l’Atlantique Nord », complète Julien. « Si M. Asselineau n’était pas là pour signaler ces textes, personne ne le saurait ! », s’agace Mimoun.

Un militant UPR en plein collage d'affiches à Gennevilliers le 10 janvier 2017.
Un militant UPR en plein collage d'affiches à Gennevilliers le 10 janvier 2017. - OPV/20Minutes

Dans leur viseur, la construction européenne, qu’ils décrivent en dictature mise en place par les Etats-Unis pour retirer à la France sa souveraineté, quitte à flirter, voire franchir à la vitesse Mach 3 les limites du complotisme décrit par StreetPress. « Poutine l’a résumé, quand on veut parler avec les pays européens, faut aller à Washington », pense Julien, qui assure « qu’on censure certains de nos commentaires sur YouTube » et que « Daesh est financé par la CIA et l’Arabie saoudite ».

Mystère sur les 500 signatures

Les médias n’ont pas non plus leurs faveurs. « 20 Minutes c’est Serge Dassault non ? – Nope. – Même pas un peu ? – Nope (bis). – Bon alors Wikipédia m’a menti ! » (nope x3, Wikipédia n’a pas menti). « Mais la vidéo où Ségolène Royal dit à la BBC que la France ne fera jamais de référendum sur la sortie de l’UE parce qu’il faut poser les bonnes questions pour avoir la bonne réponse, ça, aucun média français n’en a parlé ! », assène Mimoun.

Sur le chemin du retour, les trois militants montrent leur travail, réalisé avec les autres équipes de l’UPR qui sillonnent la bordure parisienne : on peut voir les affiches de François Asselineau tous les 50 mètres sur le périphérique. De quoi contribuer à la notoriété du parti. Mais pas suffisant pour ramener les 500 signatures d’élus nécessaires afin de se présenter à l’élection présidentielle. Asselineau avait échoué dans sa quête en 2012. Où en est-il pour 2017 ? « On a beaucoup de promesses », garantit le chef. Mais encore ? « Vous le saurez bien assez tôt. » Les militants ne sont pas plus au courant de l’avancée des recherches : « On ne sait pas, il ne nous dit pas. Mais il n’a jamais menti grossièrement. C’est qu’il doit dire la vérité ».

*Prénom d’emprunt, il craint des conséquences sur son emploi

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