Brûlot d’Aquilino Morelle: Un quinquennat de trahisons pour François Hollande

POLITIQUE La publication d'un ouvrage critique concernant François Hollande s'ajoute à une liste de plusieurs trahisons pour le chef de l'Etat...

A.-L.B.

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Le président François Hollande le 10 janvier 2016 à l'Elysée

Le président François Hollande le 10 janvier 2016 à l'Elysée — VILLARD/SIPA

Aquilino Morelle, viré de l’Elysée pour son goût pour les chaussures cirées et les accusations de prise illégale d’intérêts avec des labos pharmaceutiques, publie un brûlot ce mercredi. L’ancien conseiller du président raconte dans L’abdication (Grasset) son expérience du pouvoir auprès de François Hollande. Le récit sonne la charge contre le président. François Hollande trahi par les siens, une grande première ? Pas vraiment… 20 Minutes revient sur les petites et grandes trahisons de ce quinquennat.

L’ex-étoile montante du PS Jérôme Cahuzac

Chantre de la « République exemplaire » voulue par François Hollande, le premier coup est signé Jérôme Cahuzac, alors ministre délégué au Budget. L’étoile montante socialiste est accusée le 4 décembre 2012 par Mediapart d’avoir détenu un compte bancaire non déclaré en Suisse. Le ministre dément formellement auprès du président puis devant les députés. La justice ouvre une enquête en mars 2013, et Jérôme Cahuzac quitte le gouvernement avant de reconnaître, le 2 avril, avoir eu un compte à l’étranger… « Cahuzac représente une vraie trahison pour le chef de l’Etat, car la droiture et la confiance que souhaitait François Hollande ont été bafouées », estime Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en communication politique à l’université de Bourgogne-Franche-Comté.

Valérie Trierweiler et les « sans-dents »

Compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler quitte l’Elysée en 2014 après les révélations concernant la liaison du président avec Julie Gayet. L’ancienne journaliste publie quelques mois plus tard Merci pour ce moment (septembre 2014, Les Arènes), où elle attribue à François Hollande le terme de « sans-dents » pour qualifier les pauvres. Des paroles que François Hollande réfute. En octobre 2016, elle enfonce le clou et publie sur Twitter un SMS de 2008 attribué au chef de l’Etat, dans lequel il évoque des « sans-dents ». Dans le livre Un président ne devrait pas dire ça (Stock) publié en octobre 2016, François Hollande qualifie de « trahison » la révélation de ce terme par son ex-compagne. « Avec Valérie Trierweiler, on atteint un rare degré d’ignominie et d’indignité dans la trahison », juge Alexandre Eyries. « Ses paroles ont porté un énorme coup à la fonction présidentielle déjà dévalorisée », ajoute l’enseignant-chercheur.

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La « fronde » des parlementaires

Depuis 2014, lesparlementaires PS « frondeurs » se dressent contre l’orientation économique des gouvernements de Jean-Marc Ayrault puis de Manuel Valls. S’estimant trahis par la politique menée par François Hollande, les élus ont plusieurs fois menacé de ne pas voter la politique du gouvernement, Manuel Valls usant de son côté de l’arme du 49-3...

Les ministres claquent la porte

A cette fronde parlementaire s’ajoute la démission de ministres qui, tout d’abord alliés, se sont finalement retournés contre les orientations de l’exécutif. La ministre écologiste Cécile Duflot quitte le gouvernement à la nomination de Manuel Valls à Matignon et tire de son expérience de deux au pouvoir le livre De l’intérieur : Voyage au pays de la désillusion (Fayard, 2014). Dix-huit mois plus tard, fin août 2014, les ministres socialistes Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon prennent publiquement leurs distances avec la politique économique de l’exécutif et démissionnent.

Opposée à la déchéance de nationalité, c’est au tour de la ministre de la Justice Christiane Taubira de partir le 27 janvier 2016. Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron quitte le gouvernement le 30 août 2016 pour se lancer dans la course présidentielle. « Cette dernière trahison est la plus hors-norme, à l’image du personnage Macron et de son parcours », relève l’enseignant-chercheur. François Hollande se serait d’ailleurs estimé « trahi avec méthode » par Emmanuel Macron, selon des propos rapportés par Le Monde.

François Hollande aurait-il été le président le plus trahi ? « Assurément », estime Alexandre Eyries. « Nicolas Sarkozy a bien eu son ex-conseiller Patrick Buisson, Rachida Dati ou Rama Yade. Mais François Hollande est tombé de Charybde et Scylla, avec des démissions et des trahisons à répétition. C’est en partie lié à sa communication catastrophique, mais aussi à son choix des personnes pas vraiment judicieux. »

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