Pourquoi Laurence Haïm se retrouve dans l’équipe de Macron

EN MARCHE! Le candidat d’En Marche ! s’inspire de la stratégie de campagne de Barack Obama…

O. P.-V.

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La journaliste Laurence Haïm à la sortie du procès Madoff, à New York, en juin 2009.

La journaliste Laurence Haïm à la sortie du procès Madoff, à New York, en juin 2009. — TIMOTHY A. CLARY / AFP

C’est l’annonce politico-médiatique de ce mercredi : Laurence Haïm, la correspondante d' iTélé aux Etats-Unis, quitte la chaîne pour rejoindre le mouvement d’Emmanuel Macron, En Marche !, en tant que porte-parole spécialisée sur les questions internationales. Rien d’autre ne filtrera dans l’immédiat sur son futur rôle, ni la date de sa prise de fonction, indique-t-elle à 20 Minutes : « Pour le moment je ne fais pas d’interview, je suis encore de l’autre côté et je m’en tiens à cette ligne de conduite. »

Sylvain Fort, le directeur de communication de Macron, explique que c’est la journaliste elle-même qui a démarché son équipe avant Noël. « Elle cherchait un autre engagement, elle a proposé de mettre son temps et son énergie au service d’En Marche ! », a-t-il précisé à FranceInfo.

« Elle a besoin d’exister, de faire entendre sa voix »

Son désormais ancien collègue d’iTélé Antoine Estève a été un poil surpris par cette reconversion radicale. « Un engagement aussi fort, aussi vite, ça m’étonne », explique celui qui a couvert deux campagnes américaines à ses côtés, en 2012 et 2016. « Elle a besoin d’exister, de faire entendre sa voix, elle aime briller. Dans ce sens, c’est compréhensible. » Sa réaction en direct à la réélection de Georges W. Bush en 2004 avait par exemple contribué à forger son image de journaliste passionnée.

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« Elle a toujours donné de grandes leçons de journalisme. Disons qu’entre sa volonté farouche et revendiquée d’être indépendante et déontologique dans l’exercice de son métier, et ce passage aussi radical dans le monde politique, c’est une petite surprise », ajoute Antoine Estève.

Mais au-delà du débat sur la porosité entre politique et médias, quel intérêt Emmanuel Macron a-t-il à recruter l’ancienne correspondante aux Etats-Unis de Canal + pour en faire sa porte-parole ? Françoise Degois, aujourd’hui chroniqueuse sur BFMTV et RMC, un temps conseillère spéciale de Ségolène Royal entre 2009 et 2012 après avoir été journaliste politique sur France Inter, y voit une manière d’adopter les codes de la politique américaine, et plus particulièrement les méthodes de campagne de Barack Obama.

« S’il la cantonne à un rôle de porte-parole, ça ne marchera pas. Un journaliste juste pour la communication, c’est forcément un échec. Elle apportera son expertise internationale. Ségolène Royal me faisait bosser sur le fond, je participais à l’écriture des discours, etc. Là est l’intérêt de prendre un journaliste, il faut l’installer au même niveau que les élus qui composent le reste de l’équipe. Dans le monde anglo-saxon, c’est beaucoup plus courant. Obama a fait campagne de cette manière », décrit-elle.

Le style Laurence Haïm conviendra parfaitement à la stratégie de Macron, estime la chroniqueuse : « Elle est transgressive, sans langue de bois. Ça dit quelque chose de la tonalité qu’il veut imprimer à sa campagne, qui ne répondra pas aux codes de la politique traditionnelle. Macron est très anglo-saxon dans l’esprit. Elle, c’est une grande pro qui adore la politique et qui a eu un vrai engouement pour le candidat. »