Une démonstration de force. Pour son meeting de samedi, Emmanuel Macron a vu grand. L’immense salle du Parc des expositions de la porte de Versailles a accueilli entre 10 000 et 15 000 personnes dans une atmosphère électrique, le tout avec captation vidéo et écrans géants. Un dispositif qui a un coût, évalué à 400 000 euros par l’intéressé sur LCI dimanche. Une somme pas exorbitante au regard des dépenses d’autres candidats en meeting présidentiel. Mais comment l’ancien locataire de Bercy finance-t-il sa campagne ?

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Pas de subventions publiques

Le chantre du « hors système » politique le clame haut et fort : « Chez moi on ne vit pas du contribuable. » Il souligne régulièrement que son mouvement En marche ! « n’a aucune subvention publique ».

En France, les partis politiques reçoivent en effet des attributions publiques calculées en fonction de leurs résultats aux élections législatives et du nombre d’élus parlementaires ralliés. En 2016, ces subventions allaient jusqu’à plus de 10 millions d’euros pour le Parti socialiste. Seulement, pour y prétendre, il faut avoir obtenu au moins 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions aux dernières élections législatives. Le parti d’Emmanuel Macron, l’Association pour le renouvellement de la vie politique, dont les statuts ont été déposés fin février 2016 (rebaptisée En marche ! en avril) n’est donc pas éligible.

3,5 millions d’euros levés auprès de plus de 11 000 donateurs

L’adhésion au mouvement étant gratuite, Emmanuel Macron ne peut compter que sur des dons privés. Il espère en récolter à hauteur de 9 millions d’euros. Pour les collecter, l’ancien ministre de l’Economie a fait comme de nombreux autres candidats : une association de financement (l’Afema) a été adossée au mouvement En marche ! dès sa création. Dès la page d’accueil du site, les internautes sont d’ailleurs invités à faire un don. Pour les y inciter, un simulateur permet de calculer instantanément le coût de ce don après réduction d’impôts.

A ce jour, « 3,5 millions d’euros sont effectivement rentrés dans nos caisses », expliquait lundi l’équipe d’Emmanuel Macron à 20 Minutes. Les fonds proviennent d’environ 11 000 donateurs, ce qui permet d’établir que le don moyen se situe autour de 300 euros. Selon l’équipe d’Emmanuel Macron, 60 % des dons sont inférieurs à 60 euros, tandis que 3 % sont supérieurs à 5 000 euros. Enfin, entre 100 et 150 personnes ont fait un chèque de 7 500 euros, le montant maximum autorisé par la loi, par particulier et par année. Dès le 1er janvier 2017, ces généreux soutiens pourront à nouveau faire un don s’ils le souhaitent, avant le début officiel de la campagne, le 9 avril 2017. A compter de cette date, les dons sont limités à 4 600 euros par personne pour la durée de la campagne.

En comptant les promesses de dons, le butin se chiffre à 3,7 millions, comme l’expliquait Sylvain Fort, responsable communication, à 20 Minutes lors du meeting du candidat samedi, ce qui représente plus d’un tiers de l’objectif fixé. Un montant « ambitieux » selon Abel François, professeur à l’université de Lille 1. « Attendre autant de dons n’est pas une pratique très courante en France. L’appel aux dons a une finalité financière et permet aussi de mobiliser les électeurs. Une personne qui fait un don à un candidat a de très grandes chances de se déplacer le jour du vote pour voter en sa faveur. Donc aller chercher de petits dons garantit le soutien de plus d’électeurs, ce que l’on a observé lors de la campagne d’Obama. »

C’est d’ailleurs outre-Atlantique qu’Emmanuel Macron est parti à la chasse aux « gros » donateurs – qu’ils soient français ou étrangers –, plus précisément à New York début décembre. Selon l’émission C Politique (France 5), trois levées de fonds ont eu lieu, lors d’un cocktail dans un restaurant français et de deux réceptions chez des particuliers. S’il n’y a pas de ticket d’entrée pour ces événements, les participants sont clairement incités à faire un don (également plafonné aussi à 7 500 euros par an et par personne) à En marche ! dans le carton d’invitation. L’ancien ministre de l’Economie avait déjà organisé des collectes à Londres en mai et en septembre dernier.

Neuf millions d’euros empruntés aux banques ?

La loi autorise aussi les candidats à puiser sans limite dans leurs économies. Très peu s’autofinancent. Comme bien d’autres candidats avant lui, Emmanuel Macron compte compléter cette somme en empruntant 9 autres millions d’euros auprès des banques. Le problème, c’est que, depuis 2014, les établissements bancaires semblent un peu frileux. « Nous ne prêtons plus aux partis politiques », assurait le patron de la Société générale Frédéric Oudéa en décembre 2014 au micro de France Inter. D’autres banques sont sur la même ligne.

Entre juin 2013 et juillet 2014, le Front national (FN), qui souhaitait emprunter 5 millions d’euros, avait essuyé des refus auprès de plusieurs banques françaises. Mais l’affaire devrait être bien plus aisée pour Emmanuel Macron selon l’historien de la vie politique Jean Garrigues. « Une partie du monde de la finance est rétive aux positions du FN. En revanche, le programme d’Emmanuel Macron est banco-compatible », estime le chercheur auprès de 20 Minutes. A sa sortie de l’ENA, il a intégré l’inspection générale des finances, avant d’entrer en 2008 chez la banque d’affaires Rothschild & Cie où il a été promu associé en 2010. « Avec un tel cursus, le prêt ne devrait poser aucun problème », estime Abel François, qui souligne les liens entre inspecteurs des finances et dirigeants de banques.

Pour mettre toutes les chances de son côté, le candidat s’est bien entouré. A la tête de l’association de financement d’En marche !, on retrouve Christian Dargnat, ancien directeur général de BNP Paribas Asset Management, selon L’Obs. Les banques scruteront également les sondages avant d’accorder un prêt à Emmanuel Macron. « Le prêt bancaire pour financer une campagne est une spécificité bien française, liée au mécanisme de remboursement par l’Etat », souligne Abel François. Les candidats qui obtiennent au moins 5 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle 2017 se verront rembourser 47 % de leurs frais de campagne, dans la limite du plafond de dépenses, fixé à 16,851 millions d’euros, soit un amortissement de 7,9 millions d’euros. Pour les deux finalistes, le remboursement maximal est de 10,7 millions. Au vu de ses objectifs financiers, Abel François conclut : « Macron veut faire une campagne de second tour de la présidentielle. »