Présidentielle 2017: Pour sa campagne, Jean-Luc Mélenchon veut être l'idole des jeunes

ELECTION Le candidat du mouvement France insoumise, qui a publié son programme ce jeudi, s’inspire de la campagne de Bernie Sanders…

Olivier Philippe-Viela

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Jean-Luc Mélenchon en meeting le 29 novembre 2016 à Bordeaux.

Jean-Luc Mélenchon en meeting le 29 novembre 2016 à Bordeaux. — UGO AMEZ/SIPA

Droit de vote à 16 ans, mise en place d’une allocation d’autonomie pour les 18-25 ans pendant trois ans sous conditions de ressources, et service citoyen de neuf mois obligatoire, par conscription avant 25 ans… Dans le programme qu’il a publié ce jeudi, L’avenir en commun (Seuil), le candidat de la « France insoumise » Jean-Luc Mélenchon avance plusieurs propositions radicales à destination de l’électorat jeune, le plus abstentionniste.

Le discours est dans la continuité de son début de campagne. Si son équipe assure ne pas vouloir en faire « le candidat de la jeunesse », l’ancien sénateur et ministre, âgé de 65 ans, met pourtant en place une stratégie de communication susceptible de toucher la génération Y, ces « digital natives » nés dans les années 80-90 et en âge de voter.

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Sa chaîne YouTube comme média personnel

Les canaux de communication ne sont pas neufs. L’eurodéputé a recours à YouTube, aux notes de blog ou encore à Snapchat ( Bruno Le Maire en était friand pendant la primaire de la droite). Mais ils restent sous-utilisés en France. « Mélenchon applique la stratégie Obama, qui consiste à être présent sur toutes les nouvelles plateformes. Barack Obama utilisait Reddit en 2012. Mélenchon fait pareil aujourd’hui », note Philippe Moreau Chevrolet, communicant et dirigeant de MCBG Conseil.

Plus proche dans le temps, la campagne de Bernie Sanders pour l’investiture démocrate face à Hillary Clinton a été observée de près par la directrice de la communication du candidat, qui s’est rendue aux Etats-Unis pour cela. Sanders a réalisé ses meilleurs scores chez les démocrates de moins de 30 ans, dans des proportions bien supérieures à sa concurrente. Depuis, Mélenchon joue sur des codes et des références propres à cette génération. Comme l’avait relevé Slate, il ponctuait le 17 novembre l’une de ses vidéos YouTube ( son compte est le plus suivi des personnalités politiques françaises), où on le voit discourir dans un canapé pendant plusieurs minutes, d’un clin d’œil « au forum 18-25 ans de jeuxvideo.com, car ils ont dit des choses sympas sur moi, donc à mon tour je dis : “vive le forum 18-25 ans de jeuxvideo.com” ».

« Can’t Stenchon The Melenchon »

Les internautes pro-Mélenchon de ce site particulièrement influent, « pilier de la cyberculture » comme le décrit Le Monde, lui ont inventé un slogan (« Can’t Stenchon The Melenchon », détournement qui ne veut rien dire d’un slogan pro-Trump sur Reddit) à la manière du « Feel the Bern » de Sanders, le bombardent de commentaires sous ses vidéos YouTube, et s’enflamment quand le candidat répond à la question hautement politique d’un utilisateur de Twitter : « Voilà Lucio qui me dit : “Quel est le secret de votre swag ?” Bon. C’est naturel », s’en amuse Mélenchon.

« On observe que nos vidéos marchent bien, elles sont très prisées par les jeunes, mais ça ne se veut pas “jeune” pour autant. A aucun moment, Jean-Luc Mélenchon n’adopte une attitude ou un vocabulaire en fonction d’une cible. La jeunesse, si je peux me permettre l’expression, on gagne son cœur et sa conscience en donnant du fond. En revanche, nous allons la chercher là où elle se trouve », explique le porte-parole Alexis Corbière.

Mais le leader de la France insoumise peut-il vraiment se transformer en Sanders français ? Philippe Moreau Chevrolet en doute : « Bernie Sanders bénéficiait d’un effet de nouveauté, personne ne l’a vu venir. Mélenchon n’est pas nouveau dans le paysage. C’est plus compliqué pour lui. D’autant que l’électorat jeune vote plutôt Front national. »