En 2013, Fillon a dû payer 1.000 euros pour racheter le site fillon2017.fr à un internaute

CYBERSQUATTAGE Le vainqueur de la primaire à droite s'était fait chiper le nom de domaine fillon2017.fr par un internaute avisé...

Laure Cometti

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François Fillon, vainqueur de la primaire à droite, le 27 novembre 2016 à Paris.

François Fillon, vainqueur de la primaire à droite, le 27 novembre 2016 à Paris. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Pour faire campagne, il faut une équipe, des fonds, des militants, et bien sûr un site web. En 2013, François Fillon est le premier à se lancer officiellement dans la course pour la primaire de la droite. Malheureusement, le nom de domaine fillon2017.fr n’est pas disponible. La faute à un jeune homme d’à peine 20 ans qui l’a acheté plus d’un an auparavant. Il raconte à 20 Minutes comment et pourquoi il a finalement transféré le nom de domaine aux équipes du vainqueur de la primaire.

« Fillon2017.fr était le seul vacant »

« J’ai eu l’idée en entendant parler de ce qui était arrivé à François Hollande », se souvient Sammy Dia. Fin 2011, le vainqueur de la primaire socialiste a en effet été victime de cybersquattage, une pratique, punie par la loi, qui consiste à usurper le nom d’une marque ou d’une personne pour enregistrer un site web. Résultat : le site hollande2012.fr renvoyait l’internaute vers le site de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), qui ne s’appelait pas encore Les Républicains. De quoi inspirer le diplômé en informatique. « J’ai fait le tour des noms de domaines composés de noms d’hommes politique et de l’année 2017, en. fr. Ils étaient tous pris, même Copé », s’amuse le jeune homme, qui achète donc « le seul vacant », fillon2017.fr pour une quinzaine d’euros.

Sur son nouveau site, il affiche la vidéo du lipdub « Tous ceux qui veulent changer le monde », « parce que son potentiel comique est fabuleux », et une adresse de contact inspirée de la NSA, l’agence américaine de sécurité – « j’avais aussi acheté le domaine nationalsecurityagency.fr, pour rigoler », précise-t-il. La même année, Sammy Dia s’est présenté sur les listes du Parti pirate lors des législatives à Lyon, par adhésion aux valeurs de « transparence et de liberté individuelle », mais surtout pour l’expérience de « vivre une élection ». Il affirme n’être « ni militant de gauche, ni de droite ».

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« Combien est-ce que vous voulez ? »

Début 2013, il reçoit un appel d’un membre de Force républicaine, l’association réactivée par François Fillon qui met le cap sur la présidentielle de 2017 dès le printemps 2013. « On m’a demandé si je partageais les idées de François Fillon et les valeurs de Force républicaine. J’ai répondu : pas forcément ». Ils m’ont dit « on a peu de moyens, on fonctionne avec l’énergie de nos sympathisants ». Mais je ne voulais pas le céder gratuitement, ne serait-ce que pour rembourser les frais d’hébergements et de renouvellement [au total, 27 euros selon lui] ».

Trois mois plus tard, Sammy Dia reçoit un nouvel appel des équipes de François Fillon. « Combien est-ce que vous voulez ? » Le jeune homme demande 1.500 euros. « Je voulais tester, savoir quelle valeur ce nom de domaine avait pour eux. Je n’imaginais pas du tout qu’ils accepteraient ». Le lendemain, on lui propose 1.000 euros. Il accepte. « J’ai eu du mal à rester calme au téléphone », se souvient-il, amusé. Après avoir signé un document scellant la transaction, il transfère le nom de domaine aux équipes fillonistes et reçoit quelques semaines plus tard un chèque.

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Fillon2022.fr a été acheté il y a quatre mois

Dimanche 27 novembre 2016, la victoire de François Fillon à la primaire de droite a réveillé ce souvenir de jeunesse. « J’avais un sourire jusqu’aux oreilles, je ressentais un peu de fierté. J’ai essayé d’expliquer à mes colocs que j’avais vendu son site au gagnant de l’élection », raconte Sammy Dia, qui vit désormais à l’étranger.

Contactée par 20 Minutes, l’équipe de François Fillon confirme la transaction. « On aurait pu faire sans », nuance-t-on. « Ce qui compte, c’est d’être bien référencé. Même avec un bon nom de domaine, un site n’aura jamais un trafic très significatif s’il est peu ou mal référencé. Fillon2017.fr serait resté largement invisible », estime-t-on. Les fillonistes avaient d’ailleurs essayé d’anticiper les cas de cybersquattage : un militant filloniste avait préempté le domaine francoisfillon2017.fr dès février 2013 (le nom de domaine redirige vers fillon2017.fr). Force est de constater que le site fillon2017.fr est le site le mieux référencé quand on tape le nom du candidat de la droite dans les moteurs de recherche.

Sammy a-t-il été tenté de renouveler l’opération après ce premier essai ? « J’ai regardé s’il y avait des domaines disponibles pour 2022 », avoue-t-il. « Mais le seul de libre, c’était fillon2022.fr ! J’ai pas osé l’acheter, je me suis dit que j’allais pas leur faire le même coup deux fois », rit le jeune homme qui ne s’est plus adonné au cybersquattage depuis. Quelqu’un s’en est toutefois chargé à sa place, puisque fillon2022.fr a été enregistré il y a quatre mois, le 1er août 2016, de manière anonyme. Une fois de plus, cela n'émane pas de l'équipe de François Fillon.

« Il y a quelques années, le cybersquattage faisait peur. Il fait toujours peur, mais un peu moins, car il y a une prise de conscience. Aujourd’hui, ce qui prime, c’est le référencement qui va déterminer si un site est visible et s’il touche un public », observe Anaïs Théviot, docteure en science politique au Centre Emile Durkheim. « Peu de monde tape directement l’adresse d’un site de personnalité politique dans son navigateur ». 

Parmi les cybersquatteurs de politiques, Anaïs Théviot, distingue ceux qui cherchent le profit en revendant le nom de domaine (sur le site Sedo, on peut acheter francoisfillon2017.com pour 9.999 euros) des militants qui veulent discréditer le camp adverse (le site tedcruz.com affichait un message pro-Clinton) et des internautes qui cherchent à se moquer – « ce qui fait partie intégrante de la culture numérique » – ou à « faire le buzz ».

Les victimes et auteurs de cybersquattage choisissent souvent de négocier pour trouver un accord à l'amiable, car la procédure judiciaire de contestation peut être longue et coûteuse, indique l'avocat Anthony Bem, spécialisée dans la défense de réputation en ligne.