Macron: Elus, patrons, médias... Qui sont les soutiens du candidat «hors système»?

PRESIDENTIELLE De la gauche à la droite, en passant par le milieu patronal, Emmanuel Macron agrège des soutiens très différents…

Olivier Philippe-Viela

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Emmanuel Macron entre dans la course à l'Elysée pour 2017

Emmanuel Macron entre dans la course à l'Elysée pour 2017 — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Pour Arnaud Montebourg, il est « le candidat des médias ». Celui « des banques », selon Marine Le Pen, et « l’incarnation de l’élite mondialisée » dixit le président des Républicains Laurent Wauquiez. Même registre sémantique du côté de Nicolas Dupont-Aignan, qui le voit en représentant de « l’élite déconnectée du peuple ». Emmanuel Macron, tout frais candidat à l’élection présidentielle, a un talent certain pour mettre d’accord tout le reste du paysage politique contre lui.

Il faut dire que l’ancien ministre de l’Economie, passé par le lycée Henri IV, l’ENA, la banque Rothschild et l’Inspection générale des Finances, pourfend régulièrement un « système politique » dont il dénonce « la vacuité ». Tout en revendiquant près de 100.000 adhérents à son mouvement En Marche !, lancé indépendamment d’un parti politique traditionnel, ce qui agace logiquement la concurrence. Mais Emmanuel Macron est-il vraiment si indépendant du « système » sur lequel il tape ? Un tour d’horizon de ses soutiens actuels dessine au contraire le profil d’un candidat ayant des accointances avec toutes les sphères dudit « système ».

Dans le monde politique

C’est LE problème pour le chef d’En Marche !, il ne compte pas pléthore d’élus prêts à le suivre. Une quarantaine de parlementaires seraient enclins à le soutenir. Le premier d’entre eux, le plus visible aussi, est Gérard Collomb, le sénateur-maire de Lyon, classé à l’aile droite du PS.

Parmi les socialistes, certains l’ont déjà ouvertement rallié, comme le sénateur de la Côte-d’Or François Patriat, le député du Finistère Richard Ferrand, nommé secrétaire général d’En Marche !, le député de la Manche Stéphane Travert, délégué du mouvement, le député des Français de l’étranger Arnaud Leroy, auparavant proche d’Arnaud Montebourg, ainsi que l’ex-ministre et sénatrice de Seine-et-Marne Nicole Bricq. Le député de l’Ardèche Pascal Terrasse hésite encore. Mais sinon, Macron ne connaît pas un succès monstre parmi les socialistes, ce qui l’a poussé mardi soir, veille de son annonce de candidature, à adresser un sms à plusieurs députés PS pour les inviter à rejoindre sa campagne, raconte Marianne.

Ses autres soutiens politiques sont d’ailleurs plus éclairants sur le type de candidat qu’il sera. On retrouve pêle-mêle Daniel Cohn-Bendit, le ministre et figure du Parti radical de gauche Jean-Michel Baylet ( sous conditions, si François Hollande ne passe pas la primaire) et quelques appuis venus du centre, comme l’eurodéputée Sylvie Goulard, du Modem, et l’ancien ministre sous Chirac Renaud Dutreil, créateur du controversé RSI.

Point commun à tous, qu’ils soient de gauche, du centre ou de droite, ce sont des partisans du libéralisme économique. Pour le politologue de gauche Laurent Bouvet, qui connaît bien Macron, c’est l’une des caractéristiques de ces soutiens hétérogènes, mais pas la seule : « Il peut rassembler des colbertistes, des libéraux comme des libertaires type Cohn-Bendit, des gens qui pensent qu’il est nécessaire de renouveler le milieu politique, des gens qui vont le rallier car ils ne seront pas contents du résultat de la primaire, etc... Il va être capable de réunir des gens très différents, de droite et de gauche, de tous les horizons. Et puis avec la déliquescence des partis, il va aussi attirer les opportunistes : s’il a une dynamique qui se maintient en janvier-février, il y aura mal de défection dans les autres équipes pour le rejoindre. »

Les deux principaux atouts de Macron dans le monde politique sont d’ailleurs issus de l’aile droite du PS : Gérard Collomb donc, mais aussi le réseau de communication de Dominique Strauss-Kahn, dont il profite grâce à son conseiller Ismaël Emelien, formé au sein de la puissante agence de com’Euro RSCG et qui avait participé à la campagne de DSK pour la primaire PS de 2006.

Dans les milieux patronaux et les think tanks

C’est ici que l’on trouve le plus de ferveur pour le candidat d’En Marche ! L’homme d’affaires Henry Hermand, mort début novembre, a été son premier soutien dans le monde de l’entreprise. « Il y avait là un jeune stagiaire. J’ai vite découvert que c’était un garçon brillant, très intelligent », racontait-il à 20 Minutes en septembre pour décrire leur rencontre lors d’un déjeuner avec le préfet de l’Oise en 2002.

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Henry Hermand, homme d'affaires et mentor d'Emmanuel Macron
Henry Hermand, homme d'affaires et mentor d'Emmanuel Macron - DR

Il n’y a pas que son mentor politique qui porte un regard positif sur l’ancien ministre de l’Economie. Au Medef, Macron est le favori du patronat, plus encore que Hollande, Juppé et Fillon, rapportait Marianne en septembre, après les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Leur porte-parole, Pierre Gattaz, saluait la création d’En Marche ! en ces termes sur France Inter : « J’aime bien l’initiative d’Emmanuel Macron, je trouve que c’est rafraîchissant ».

Selon Marianne, parmi les soutiens patronaux plus ou moins officiels figurent Bernard Arnault (LVMH), Alexandre Bompard (Darty et la Fnac), Marc Simoncini (Meetic) et Vincent Bolloré (Vivendi), ce dernier le surnommant « Pompidou », rapporte l’hebdomadaire. Et comme autre soutien de poids, selon Mediapart, Emmanuel Macron s’est épanché sur ses ambitions avec Henri de Castries, ex-PDG d’Axa. A la tête du premier assureur français pendant seize ans, Castries a quitté ses fonctions en août pour se consacrer à l’Institut Montaigne, think tank libéral dont il est le président.

D’un think tank à l’autre

Ce club d’échanges, qui avait fait parler récemment à cause d’une étude polémique sur les musulmans de France, a été fondé par Claude Bébéar, créateur d’Axa, et est dirigé par Laurent Bigorgne, dont le domicile a servi à héberger En Marche ! à son lancement en avril, comme le révélait Mediapart. « Cette association a été domiciliée au domicile privé de Véronique Bolhuis […]. Mme Bolhuis est également la femme de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, mais cela ne saurait vous autoriser à faire un tel raccourci puisqu’il conduit à travestir totalement la réalité », a répondu celui qui était encore ministre.

Mais s’il se défend de toute affinité avec l’Institut Montaigne, Emmanuel Macron a été en revanche membre du conseil d’administration d’un autre think tank, En Temps réel, classé au centre-gauche, jusqu’à… cette semaine. Son visage a disparu du board juste avant son annonce de candidature. Il y côtoyait ceux du président de l’association Jean-Jacques Barbéris, ancien conseiller éco de François Hollande parti chez Amundi, une société de gestion d’actifs ; du vice-président Stéphane Boujnah, PDG d’Euronext, principal marché financier de la zone euro ; de son secrétaire Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d’assurances et cadre du Medef ; et de Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération. Ce dernier n’étant pas le seul lien d’Emmanuel Macron avec le monde médiatique.

Dans les médias

« Dans les bons milieux parisiens, il est adoré. J’aime bien Emmanuel pour son côté volontariste et libéral. » Qui a prononcé ces mots ? Xavier Niel, dans une interview à Society au mois de mai. Marianne assurait en septembre que l’homme d’affaires lui avait discrètement assuré de son soutien. L’un des nombreux médias qu’il possède accorde d’ailleurs régulièrement sa Une à Emmanuel Macron. C’est le même hebdomadaire qui a été choisi le 9 novembre pour annoncer quelques-unes de ses premières propositions. En outre, pour gérer l’aspect numérique d’En Marche !, l’ancien ministre a fait appel à un ex-dirigeant de l’école 42 fondée par Niel, rapportait Libération fin septembre.

Le mentor Henry Hermand, qui a fait fortune dans la grande distribution, avait aussi un goût certain pour la presse. Il a fondé et financé en 2014 Le 1, hebdomadaire qui a accordé une très longue interview à Emmanuel Macron en juillet 2015. Enfin, l’ex-ministre d’un gouvernement socialiste et ancien membre du PS a l’appui d’Yves de Kerdrel, directeur du groupe Valmonde, directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles et chroniqueur au Figaro. Dans les colonnes du journal de Serge Dassault, Kerdrel a déjà écrit « pourquoi il faut écouter Macron » et multiplie les marques de soutien, y compris sur Twitter. Les deux hommes se connaissent depuis 2007, quand ils étaient membres de la commission Attali (ainsi que Claude Bébéar d’Axa et de l’Institut Montaigne). Yves de Kerdrel, « un ami avec lequel il continue à échanger des SMS », écrivait Le Monde fin 2015.

Le normalien Sylvain Fort, qui supervise la communication du candidat Macron, outre son passé de communicant auprès de la BNP, de Bernard Arnault et de Vincent Bolloré, s’est justement fait connaître en 2015 par une « lettre à un jeune qui n’apprendra ni le grec ni le latin », publiée dans Valeurs Actuelles. En somme, Macron, candidat « ni de droite ni de gauche » et « hors système », la ficelle est un peu grosse. Mais elle a une chance de fonctionner, pense Laurent Bouvet : « Il peut réussir à installer quelque chose au-delà du clivage traditionnel droite-gauche. Il tiendra son discours "hors-système" jusqu’à la présidentielle. Vu l’état de délitement des structures politiques, c’est une posture beaucoup plus facile à adopter que par le passé. »