Pourquoi les politiques continuent-ils à se planter sur le coût de la vie?

ECONOMIE Jean-François Copé, interrogé ce lundi sur le prix du pain au chocolat, a donné une réponse très éloignée de la réalité...

Laure Cometti

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Des pains au chocolat.

Des pains au chocolat. — JOEL SAGET / AFP

Se faire piéger en direct sur une question concernant le coût de la vie quotidienne est un classique pour les personnalités politiques. Jean-François Copé en a fait les frais ce lundi. Interrogé par un internaute sur le prix d’un pain au chocolat, le maire de Meaux a séché à l’antenne d’ Europe 1. « Je n’en ai aucune idée », a concédé le député (LR) de Seine-et-Marne. « Je pense que ça doit être aux alentours de 10 ou 15 centimes d’euros peut-être ». Il faut multiplier la réponse du candidat à la primaire de la droite par au moins dix pour s’approcher du prix moyen d’un pain en chocolat vendu en boulangerie dans l’Hexagone, une viennoiserie dont il avait fait l’un des symboles de son discours de Draguignan en 2013.

Une déconnexion liée aux « ors de la République » ?

L’erreur de Jean-François Copé peut sembler anecdotique, pourtant elle est « révélatrice d’une distance avec la réalité des Français », note William Genyes, directeur de recherche au CNRS et à l’université de Montpellier. « Elle donne en outre l’impression de ne pas maîtriser un sujet très simple ».

Selon le chercheur qui a travaillé notamment sur la sociologie des élites politiques, la bévue de Jean-François Copé est surtout l’occasion de se poser des questions sur le système politique français et en particulier sur le cumul des mandats dans le temps et la professionnalisation de la politique. « Au début, elle a été pensée pour permettre aux classes populaires de faire de la politique, en touchant une rémunération. Mais aujourd’hui on peut exercer la politique comme un métier dont on tire des ressources et des avantages. On parle d’ailleurs des ors de la République pour désigner les arcanes du pouvoir. Lorsque l’on en fait partie, on n’est pas vraiment en phase avec la réalité ».

C’est ce qu’avait admis Nathalie Kosciusko-Morizet en février 2012, après avoir évalué le prix du ticket de métro à 4 euros alors qu’il était vendu à Paris à 1,70 euro l’unité. La ministre des Transports avait fait son mea culpa, expliquant que cela faisait « bien longtemps » qu’elle n’avait pas acheté de ticket. « Quand on est ministre, on prend peu le métro, c’est vrai, je le reconnais. Et quand on le prend, on a le métro gratuit, notamment quand on est ministre des Transports. »

« Le décalage entre les élites et le peuple a toujours existé »

Bien avant les « questions pratiques » de Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Valéry Giscard d’Estaing, candidat à la présidentielle en 1974 interrogé par Françoise Giroud sur le prix de la baguette de pain, avait séché. Résultat, les prix de certains produits intègrent même les fiches de révision de Lionel Jospin, sur le point de débattre avec Jacques Chirac en 1995, comme le rappelle Libération. « Rien n’a été oublié, et surtout pas le prix de la baguette de pain ou du ticket de métro, histoire de ne pas se faire bêtement piéger… »

Une précaution qui n’est pas infaillible puisque les personnalités politiques sont régulièrement épinglées pour des erreurs sur le coût de la vie ou le droit du travail, entre autres. Avec d’autant plus d’exigence qu'« en période de crise, les discours sur les comportements des élites résonnent plus fort et la dénonciation du manque de représentativité est plus fréquente », estime William Genyes. « Le décalage entre les élites et le peuple a toujours existé. Le système politique français est fait comme cela », poursuit le chercheur. A l’ère de l’accélération de la diffusion des discours politiques et du fact-checking, les erreurs des élus ont de moins en moins de chances de passer inaperçues.