Nicolas Sarkozy a-t-il supprimé 13 000 postes de policiers et de gendarmes au cours de son quinquennat?

DESINTOX L’ancien président s’est arrangé avec les statistiques au micro d’Europe 1…

O. P.-V.

— 

Le candidat à la primaire de la droite et du centre Nicolas Sarkozy

Le candidat à la primaire de la droite et du centre Nicolas Sarkozy — ALAIN JOCARD / AFP

Alors que des policiers manifestent depuis plusieurs jours pour exprimer leur « ras-le-bol », la question des moyens alloués aux forces de l’ordre revient dans l’actualité. Et quand on fait de la sécurité l’un de ses thèmes de campagne en vue de l’élection présidentielle, il faut s’attendre à être interrogé sur son propre bilan en la matière, surtout quand on a déjà été président de la République.

>> A lire aussi : Les profs travaillent-ils «six mois dans l'année», comme le déclare Sarkozy?

Nicolas Sarkozy doit donc régulièrement se justifier face aux accusations de la gauche, Bernard Cazeneuve en tête qui, en tant qu’actuel ministre de l’Intérieur, assurait fin juin, puis fin septembre et de nouveau le 12 octobre que l’ancien chef de l’Etat était responsable d’une baisse de 13.000 postes dans les effectifs de police et de gendarmerie pendant son mandat.  Sur Europe 1 ce jeudi matin, interrogé sur un bilan de 10.000 postes supprimés (pas 13.000, détail de taille), le candidat à la primaire de la droite a rétorqué qu’il s’agissait d’un « mensonge ».

Pour y voir plus clair, 20 Minutes a compilé les chiffres de la Cour des comptes et les projections pour 2016 et 2017 par l’Assemblée nationale et le Sénat pour observer la tendance depuis 2007, en choisissant comme indicateur le schéma d’emploi, exprimé en « équivalent temps plein » (ETP). C’est la ligne statistique la « plus lisible en matière d’évolution des effectifs », selon l’ancien conseiller maître à la Cour des comptes François Ecalle, cité par Libération. A noter que 2012 est incorporée au bilan de la droite, qui avait voté le budget prévu pour cette année-là en 2011.

Effectifs de police et gendarmerie 2007-2017
Create line charts

Les deux tordent les chiffres, mais l’un plus que l’autre

Le prédécesseur de François Hollande a l’habitude de présenter des chiffres couvrant la période 2002-2012, englobant donc son passage au ministère de l’Intérieur et son mandat présidentiel. Mais les accusations de l’actuelle majorité portent uniquement sur 2007-2012. Quand Sarkozy était place Beauvau, les effectifs avaient bien augmenté (+7000). Avant une chute plus importante que cette hausse pendant son quinquennat, due à la Révision générale des politiques publiques qui prévoyait le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Nicolas Sarkozy a affirmé au micro de Jean-Pierre Elkabach que Bernard Cazeneuve mentait et qu’il n’avait pas supprimé 10.000 postes. Qui a raison ? Un peu des deux : il y a bien eu 13.000 suppressions de postes, comme l’affirme le ministre de l’Intérieur, réparties équitablement entre police et gendarmerie, mais aussi des emplois créés, comme les 2.700 adjoints de sécurité dans la police. Résultat, les effectifs cumulés sont passés de près de 249.700 fonctionnaires en 2007 à environ 240.500 en 2012. Plus de 9.000 emplois en moins, de fait, et un solde négatif proche des 10.000 suppressions dont se défend Nicolas Sarkozy.