Présidentielle 2017: On a trouvé les atomes crochus entre Mélenchon et Macron

ELECTION PRESIDENTIELLE Juste à gauche et à droite du PS, les deux candidats hors partis misent sur le numérique, le participatif et une volonté de «casser/transgresser» les codes...

Olivier Philippe-Viela

— 

Jean-Luc Mélenchon à Saint-André-lez-Lille le 16 octobre 2016 et Emmanuel Macron à Montpellier le 18 octobre.

Jean-Luc Mélenchon à Saint-André-lez-Lille le 16 octobre 2016 et Emmanuel Macron à Montpellier le 18 octobre. — NICOLAS MESSYASZ/XAVIER MALAFOSSE/SIPA

A priori, les points communs entre Jean-Luc Mélenchon, qui bouclait la préparation de son programme dimanche à côté de Lille, et Emmanuel Macron, arrivé au bout de son « diagnostic de la France » à Montpellier mardi, ne sont pas légion. Le premier voit dans le leader d’En marche « un arriviste ami du fric » qu’il a fait huer dans le Nord, quand le second affiche des convictions politiques plus proches des Républicains que de la France insoumise de l’ancien ministre de l’Enseignement professionnel. A gauche et à droite du Parti socialiste, ils sont pourtant les deux personnalités politiques qui rassemblent le plus d‘intentions de vote en dehors du trident PS-LR-FN.

Fin septembre, dans un sondage Elabe pour Les Echos et Radio Classique, le candidat de la gauche radicale rassemblait environ 15 % des voix quel que soit ses rivaux, tandis que le toujours-pas-candidat Macron, qui ne le sera peut-être pas du tout, réunissait entre 14 et 16 % des votes suivant les représentants socialistes et LR désignés d’ici avril. Mais les deux ne partagent pas que leurs cartes périmées d’adhérent au PS et des projections de score semblables. Ils ont surtout une tactique électorale analogue.

La posture antisystème et hors parti

Au-delà d’une dynamique comparable, le parallèle entre Mélenchon et Macron, clairement pas idéologique, peut être établi dans la posture adoptée, celle du candidat hors système. Et par système, il faut entendre celui des partis, dont ont souhaité s’affranchir les deux hommes. De part en part du nuancier socialiste, Macron/Mélenchon, Mélenchon/Macron jouent la carte de l’individu émergeant au-delà des institutions, une stratégie en phase avec le climat de rejet des partis politiques, à l’image négative pour 9 Français sur 10.

Mais l’un comme l’autre ont d’abord subi la situation avant d’essayer de la tourner à leur avantage, selon Olivier Rouquan, politologue et enseignant à l’Institut supérieur du management public et politique : « Mélenchon est confronté à une désorganisation de son courant d’idées, du fait de l’affaiblissement du Parti communiste et de sa propre incapacité à fusionner le PC avec d’autres courants de la gauche radicale. La France insoumise, c’est en quelque sorte l’échec du Front de gauche à se transformer en parti politique. Il doit faire avec et joue donc de son charisme. Macron est lui sorti de l’affaiblissement constant du PS et de l’incapacité de ce parti à résoudre sa fracture idéologique entre social-démocratie traditionnelle et libéralisme social. »

>> A lire aussi : Un zeste de Balladur, une pincée de Giscard… Quelle est la recette du docteur Macron ?

La posture antisystème que les deux anciens du PS adoptent n’est pas que l’apanage du Front national, explique-t-il : « En 2007, Sarkozy et Bayrou, qui avait fait 18 %, utilisaient beaucoup le registre antisystème, de contestation des élites, etc. Les élections indiquent qu’il y a une vraie défiance profonde, durable, vis-à-vis du système élitaire à la française, et pas seulement les gouvernants. » Macron et Mélenchon n’ont plus de parti, mais ce serait donc un mal pour un bien dans leur stratégie.

Une plate-forme web participative comme base de travail

Ils ne sont là aussi pas les seuls sur ce point. Mais les leaders d’En Marche et de la France insoumise misent particulièrement sur les « civic tech », les nouvelles technologies qui permettent de concerner les citoyens. Chez Mélenchon, cela donne un site sur lequel les quelque 130.000 sympathisants du mouvement ont pu contribuer à la rédaction des 357 mesures du candidat.

Du côté de l’ancien ministre de l’Economie, cela se traduit par des comptes rendus sur son site de ses « marcheurs », les adhérents du mouvement. Les « diagnostics » du docteur Macron sont construits, écrit-il, « à partir des témoignages de 25.000 personnes partout en France, issues de tous milieux socioprofessionnels, mais surtout grâce à la mobilisation de plus de 5.000 volontaires de la Grande Marche ».

>> A lire aussi : Convention de «La France insoumise»: Mélenchon expérimente d’autres formes de participation politique

« La civic tech est quelque chose d’intéressant qui permettra à moyen terme de renouveler la vie démocratique. Comme une partie de leur message se fonde sur le dépassement des institutions classiques, il est logique qu’ils se revendiquent du numérique et de ce qui permettra de régénérer la vie politique », commente Olivier Rouquan. « Ce n’est pas étonnant que ceux qui proposent cela soient deux acteurs politiques qui jouent les rôles d’outsiders dans leur camp. Ça correspond à leur stratégie politique de vouloir se passer des institutions », confirme Clément Mabi, chercheur à l’UTC de Compiègne et spécialiste des usages politiques du numérique.

Pour lui, les deux hommes ont pris une longueur d’avance sur la concurrence dans ce domaine : « Chez Macron, il y a une logique d’optimisation et de rationalisation des techniques de campagne, en utilisant le big data pour ses "marcheurs". Il a pour cela mobilisé la même start-up qui s’était occupée du porte-à-porte de François Hollande en 2012. Mélenchon a une volonté de décentraliser. Lui utilise internet pour horizontaliser sa campagne et s’affranchir des structures, ce qui est une caractéristique du web. Le numérique déplace progressivement le centre de gravité de la démocratie des institutions représentatives vers le public. Il essaie d’épouser cette dynamique politique du web. »

Des éléments de langage communs

Ils n’aimeront pas la comparaison, mais les deux hommes utilisent des termes similaires sur beaucoup de points. Manuel Bompard, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, justifie le choix d’une campagne très numérique (JLM expliquait d’ailleurs mardi vouloir se mettre en retrait des médias car il dispose déjà de sa chaîne YouTube pour s’exprimer « à son aise ») par une volonté de « casser les codes politiques traditionnels ». Qui d’autre veut éparpiller les codes façon puzzle ? Bingo, Emmanuel Macron, qui s’en expliquait à Challenges : « Le système politique, avec ses codes et ses usages, je ne cherche pas à le respecter parce que je ne lui appartiens pas. Ça ne me pose donc aucun problème de transgresser ses codes. »

Quand l’un rassemble autour de lui sa « France insoumise », l’autre offre son « diagnostic » de « la France qui subit » (et qui ne le veut plus, cqfd) lors de ses meetings. Et quand Mélenchon ne rejetait pas en 2010 auprès de L’Express son étiquette « populiste » (« Je n’ai plus du tout envie de me défendre de l’accusation de populisme. C’est le dégoût des élites - méritent-elles mieux ? Qu’ils s’en aillent tous ! Populiste, moi ? J’assume ! »), Macron tourne également l’accusation par Manuel Valls de « populisme light » à son avantage : « Ils croient ainsi m’insulter car pour eux, vouloir se rapprocher du peuple est la dernière offense ».

Et à propos de leur stratégie de campagne ? « Ce mouvement est un prototype. Tout est nouveau. Personne n’a jamais fait cela ! », assure Mélenchon dans le JDD, alors que Macron a choisi comme mantra la promesse de « faire de la politique autrement ». Bref, si les deux anciens ministres ne tomberont probablement jamais d’accord sur le fond, ils leur restent quand même quelques sujets de discussions possibles, en matière de communication politique par exemple.