La secrétaire d'Etat à la politique de la Ville Fadela Amara a plaidé vendredi à Clichy-sous-Bois et Montfermeil pour un désenclavement rapide de ces deux villes.
Alors qu'elle a amorcé début octobre la seconde phase de sa concertation dans l'élaboration du «plan banlieue» promis par Nicolas Sarkozy, la secrétaire d'Etat a fait une étape, symbolique, dans les deux villes de Seine-Saint-Denis d'où étaient parties les émeutes urbaines de novembre 2005, après la mort de Zyed et Bouna à Clichy, poursuivis par la police.
Pendant plusieurs heures, sous l'oeil médusé ou agacé des habitants, elle a enchaîné au pas de charge les visites, s'est arrêtée dans deux appartements où les mères, qui avaient mis les petits plats dans les grands, ont évoqué les problèmes d'ascenseurs et des charges.
Dans la rue, puis lors du débat organisé dans la soirée avec la population, le dialogue avec les jeunes a été plus tendu. «Arrêtez la visite du zoo», ont raillé d'entrée certains.
«Une fille des cités»
Pendant près d'une heure, Ahmad Ly, l'un des fondateurs d'Au-delà des mots, association créée pour honorer la mémoire de Zyed et Bouna, n'a pas lâché la secrétaire d'Etat. «Est-ce que vous venez faire de la politique, avec les caméras, ou pour réhabiliter et reconstruire correctement?», a-t-il demandé en l'invitant à visiter le B12, «un bâtiment qui doit être démoli depuis 7 ans et où les habitants continuent à payer 700 à 800 euros par mois».
«Si je viens, c'est pas pour faire la belle comme tu dis», a répondu Fadela, répétant qu'elle était «une fille de cité». Lors du débat, violemment prise à partie, elle a dû élever la voix pour réclamer un peu de «respect» et justifier sa présence auprès de ceux qui lui disaient «vous n'êtes pas la bienvenue». «Avec ou sans vous, je ferai le plan Marshall», a-t-elle rétorqué.
Le gouvernement dans le RER
A la différence des autres ministres, Fadela Amara était venue en transports en commun depuis Paris, pour «voir la galère au quotidien», «sentir et vérifier l'horreur», alors que les maires des deux villes réclament depuis une dizaine d'années le «désenclavement» de cette zone.
Accompagnée du secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement Roger Karoutchi, elle a pris le RER jusqu'à la gare Raincy-Villemomble, puis le bus, seul moyen d'accès aux villes de Clichy et Montfermeil.
«L'Etat mettra les moyens»
Au Raincy, les maires lui ont offert un T-shirt avec le slogan «Vite un tram». Ils souhaitent voir clairement inscrit au contrat de plan Etat-région le prolongement du tramway T4 pour desservir ce bassin d'habitants (60.000 personnes), dont le grand ensemble des Bosquets et La Forestière (3.700 logements dégradés, 28.000 habitants) où la rénovation urbaine est lancée.
«L'Etat sera au rendez-vous», «il mettra les moyens pour le tram-train» pour «que les travaux soient engagés le plus rapidement possible», a promis ensuite à Clichy Fadela Amara.
Elle a reconnu que, sans désenclavement, la rénovation urbaine des deux villes (550 millions d'euros d'ici 2013) ne servirait à rien.