Présidentielle 2017: Pourquoi Nicolas Sarkozy souhaite-t-il placer l'identité au cœur de sa campagne?

POLITIQUE Le candidat à la présidentielle met en avant les questions identitaires dans son ouvrage… pour mieux se démarquer d’Alain Juppé ?….

Thibaut Le Gal

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Nicolas Sarkozy, 2016.

Nicolas Sarkozy, 2016. — JEFF PACHOUD / AFP

Tout pour… l’identité ? Nicolas Sarkozy est sorti du bois lundi, se déclarant officiellement candidat à la présidentielle. Dans son ouvrage Tout pour la France, l’ancien chef de l’Etat trace les contours de son futur programme. Un des axes principaux : l’identité de la France, érigé en « premier combat ». Il écrit : « Tout doit commencer par un principe simple, c’est le dernier arrivé qui doit s’adapter à ceux qui sont déjà là, pas le contraire », défendant l’« assimilation et non pas seulement l’intégration ».

L’ex-patron des Républicains avait déjà laissé entendre à plusieurs reprises son intention de mettre au centre de la campagne les questions identitaires. « La République ne reculera plus sur rien », déclarait-il, dans un entretien à Valeurs Actuelles au début du mois, reprenant une formule revendiquée par un mouvement d’extrême droite, comme le révèle Libération.

L’identité, déjà là en 2007 et 2012

Le candidat LR reprend ici un de ses thèmes de prédilection. « En 2007, sa promesse d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale avait été un élément de sa victoire, lui permettant de gagner des voix chez les électeurs de Jean-Marie Le Pen », rappelle Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. « En 2012, il avait également droitisé sa campagne autour de l’identité, mais cela avait moins bien marché ».

Depuis son retour, sa stratégie identitaire est critiquée par plusieurs cadres du parti. En juin dernier, le pas-encore-candidat Sarkozy enfonçait pourtant le clou lors d’un meeting dans le Nord, avec un long discours sur « l’identité culturelle, morale et même spirituelle » de la France.

« En chef de guerre, Monsieur Sarkozy choisit le terrain sur lequel il veut mener la bataille »

Un pari gagnant pour 2017 ? « On ne peut pas dire avec certitude que l’identité sera une thématique centrale de la campagne. Ce concept n’est d’ailleurs pas testé dans nos enquêtes car il est trop vague, disparate », répond Frédéric Dabi. Le sondeur rappelle que ce sont les questions économiques et le rejet de Nicolas Sarkozy, qui avaient fait la victoire de François Hollande en 2012.

« En chef de guerre, Monsieur Sarkozy choisit le terrain sur lequel il veut mener la bataille », remarque Alexis Corbière. « Il y a une volonté de contourner la question sociale, très présente avant l’été avec la loi Travail, en alimentant des polémiques inutiles sur le burkini par exemple. Les victoires électorales sont toujours précédées d’une victoire idéologique. A nous de rappeler que le chômage et les inégalités sont les questions cruciales pour les Français », développe le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon.

Un moyen de se démarquer de « l’identité heureuse » de Juppé

« Nicolas Sarkozy est malin et cible d’abord la primaire. L’électeur de droite est plus radical sur les questions de terrorisme et de sécurité, qu’il associe parfois aux questions identitaires », prévient Frédéric Dabi. Mettre en avant l’identité permet à Nicolas Sarkozy de se différencier de son principal rival.

Pas étonnant donc, de retrouver dans son livre une anaphore cinglante contre l’« identité heureuse » chère à Alain Juppé. « Il n’y a pas d’identité heureuse quand la politique menée conduit à ce qu’il n’y ait plus une seule France, mais une agrégation de communautés, d’identités particulières », écrit-il notamment.

« Il va y avoir des désaccords de fond sur l’objectif à atteindre. Nous, on considère qu’il faut intégrer les trois millions de Français de confession ou tradition musulmanes à la concorde nationale », assure Benoist Apparu, soutien d’Alain Juppé. « L’assimilation, ce serait nier les différences. Notre objectif politique est de retrouver le plaisir de vivre ensemble, et pas seulement aux Jeux olympiques ». Le député de la Marne ajoute : « L’identité sera un thème central, mais pas le thème unique », citant l’école, l’économie, ou la question européenne. Dans la journée, Nathalie Kosciusko-Morizet a également émis des réserves sur l’accent trop identitaire du livre de Nicolas Sarkozy. Nul n’en doutait, la campagne est bel et bien lancée.