Qui sont les militants de «En marche!»?

POLITIQUE Emmanuel Macron tient ce soir son premier meeting à Paris, et ils seront nombreux à venir le soutenir…

Audrey Chauvet

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Emmanuel Macron et un militant de son mouvement

Emmanuel Macron et un militant de son mouvement — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Ce n’est pas un fan-club, ce n’est pas un parti politique, c’est un « mouvement » qui compte aujourd’hui plus de 40.000 adhérents. « En marche ! », le mouvement lancé par Emmanuel Macron en avril, va faire ce mardi soir ses débuts sur les planches avec le meeting organisé à la Mutualité, à Paris. Si aucune annonce fracassante, sortie du gouvernement ou annonce de candidature à la présidentielle, n’est à attendre de ce meeting, les membres des « grandes marches » locales viennent de toute la France pour soutenir leur champion.

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« Combattre les déterminismes du monde politique »

Léo, 18 ans, vient de Toulouse pour assister à son premier meeting. Tout juste titulaire du baccalauréat, il vit ses premiers mois de militantisme politique aux côtés des « marcheurs » de Toulouse. « J’avais envisagé de m’engager avec le Parti socialiste, mais c’était trop compliqué, c’était plein de petites réunions, ça ne m’a pas convaincu », explique-t-il. Avant d’entamer ses études de droit, il s’est donc mis au porte-à-porte, emballé par « le renouveau, les idées réformistes et les valeurs qu’Emmanuel Macron partage : le travail, le progrès, l’égalité des chances, l’Europe… ». « Ca me plait totalement de faire du porte-à-porte, s’enthousiasme Léo. Cela permet de voir des gens proches de chez nous, de toucher la réalité, de sortir des clivages et de l’ambiance des vieux partis ».

Comme Léo, environ 70 % des « marcheurs » vivent leur premier engagement politique aux côtés du ministre de l’Economie. Mais « En marche ! » séduit aussi des militants socialistes désabusés. Florian Humez, 24 ans, était membre des Jeunes socialistes avant de se lancer en juin 2015 dans la création des « Jeunes avec Macron ». « Pendant les débats sur la loi Macron, on a voulu défendre la parole du ministre et faire de la pédagogie autour de cette loi, témoigne-t-il. « On souhaitait mobiliser les jeunes car ils ne sont pas présents dans les organisations traditionnelles : on peut faire aux mouvements de jeunesse les mêmes critiques qu’aux partis, ils sont sclérosés et vivent sur de vieux clivages. » Dans « En Marche ! », Florian a trouvé une diversité de profils qui évite, selon lui, « la reproduction des profils type Sciences Po ou fac de droit » : « Parmi les 7.000 membres des Jeunes avec Macron, on retrouve tous les milieux : éducateurs sportifs, chômeurs, étudiants, jeunes actifs, ouvriers, cadres… Je suis fils d’ouvrier, je ne viens pas d’un milieu engagé. On essaye de combattre tous les déterminismes du monde politique. »

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« Le jeune de cité est fondamentalement macronien »

Pourtant, on retrouve aussi parmi les « marcheurs » des « pros » de la politique. Natacha, 26 ans, est militante socialiste et travaille comme collaboratrice parlementaire. Ce qui l’a attirée dans le mouvement d’Emmanuel Macron, c’est « la volonté d’impliquer la base alors que le PS est très structuré et hiérarchique », explique-t-elle. Mais « il n’y a pas de tensions entre les militants socialistes et ceux qui soutiennent Macron. Tout le monde reconnaît son intelligence et son charisme. » A Caluire-et-Cuire (Rhône), Natacha s’est prêtée au jeu du porte-à-porte, comme elle l’avait déjà fait pour la campagne municipale. « J’aime bien faire ça car je pense que la politique doit se rapprocher des citoyens, on ne vient pas leur vendre un programme mais les écouter, et c’est une différence fondamentale », estime la jeune femme.

La méthode rencontre un certain succès, y compris dans les quartiers sensibles, assure Ludovic, marcheur en Moselle. « Les retours sont plutôt positifs dans les quartiers difficiles, témoigne-t-il. Ils aiment qu’on vienne les écouter et le discours de Macron leur plaît bien. Le jeune de cité est fondamentalement macronien : il pense qu’il faut se battre pour réussir. » A 29 ans, Ludovic a déjà dix ans de militantisme au PS derrière lui. Mais il se sent désormais plus proche « de la personnalité d’Emmanuel Macron », sans toutefois en faire l’homme providentiel : « Si ce n’est pas lui qui va à la présidentielle mais que son projet est porté par quelqu’un d’autre, ça ne me dérange pas. On n’est pas là pour un homme. Mais s’il décide d’y aller, on sera tous là pour le soutenir. »

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Natacha, Léo, Florian et Ludovic se croiseront ce mardi soir à la Mutualité. Ils n’attendent rien de particulier de ce meeting, sinon de maintenir la dynamique qui anime les « marcheurs ». « J’aimerais qu’il fasse un discours fédérateur, rassembleur, énergique », confie Natacha. « Ce serait bien qu’il aille plus loin dans la dynamique en sortant du gouvernement et en se portant candidat à la présidentielle, mais je ne lui demande pas de le faire demain, sourit Florian. Il ne veut pas sortir sur un clash et je trouve ça plutôt noble, donc je le soutiendrai quoi qu’il arrive. »